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Le Monde Diplomatique (décembre 2020)

Pour Serge Halimi, qui présente un dossier sur les États-Unis, la victoire des démocrates aux EU est « amère » : « Les premiers choix de M. Joseph Biden pour les postes-clés de son administration (politique étrangère, finance, environnement) risquent de décevoir ceux qui espèrent des changements profonds à Washington. Pourtant, même une politique peu ambitieuse se heurtera à un Parti républicain qui n’a pas subi la déroute attendue. »

Timothée de Rauglaudre et Maïlys Khider nous disent ce qui se passe dans les réseaux féministes du CAC40 : « Aussi discrète qu’efficace, l’action de réseaux de patronnes a permis l’adoption en 2011 d’une loi imposant la quasi-parité dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises. Mais l’influence des femmes d’affaires auprès du gouvernement évince les associations féministes, tandis que leur activisme permet à des multinationales peu soucieuses des droits des salariées de redorer leur image. »

Un article très intéressant de Benoît Bréville sur la revanche des campagnes : « Une maison avec jardin, à l’abri du stress des grandes villes… L’idée séduit de nombreux citadins échaudés par la crise sanitaire. Mais à quelle « revanche des campagnes » assiste-t-on exactement ? Impossible de les manquer dans le métro parisien. « Alès, la capitale qui ne manque pas d’air », « Sologne, de l’air », « Seine-et-Marne, le vrai grand pari »… : depuis mai, ces publicités s’affichent dans les couloirs et sur les quais pour inciter les usagers à changer de vie, avec une insistance toute particulière sur la ligne 1, celle qui mène au quartier d’affaires de la Défense. Il y a encore un an, Paris affrontait Londres, New York ou Singapour dans la compétition mondiale pour attirer sièges sociaux, grands événements et « cols blancs » surdiplômés. Désormais, des petites villes braconnent ses cadres dans les souterrains du métro. »

Pour Évelyne Pieiller, la bienveillance peut être tyrannique : « La gestion de la crise sanitaire s’est appuyée sur l’obligation pour chacun de se protéger et de protéger les autres, en particulier les « plus vulnérables ». Le gouvernement en appelle à l’altruisme, et à la pénalisation en cas de négligence. Mais cette injonction à la responsabilité relève-t-elle d’une incitation vertueuse ou d’une entreprise de redéfinition du citoyen ? »

Pour Lucie Elven, la monarchie britannique est inoxydable : « Après l’Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles, le nord de l’Angleterre connaît à son tour un mouvement en faveur de l’indépendance. Tensions nationalistes, chaos parlementaire à l’occasion du Brexit, fiasco de la lutte contre le Covid-19 : la tempête semble tout emporter au Royaume-Uni. Tout, sauf la Couronne, qui continue à offrir un sentiment de cohésion à une majorité de Britanniques. Ayant arpenté les rues en liesse de Londres le jour du couronnement de la reine, en 1953, les sociologues Michael Young et Edward Shils qualifièrent l’événement de « grand acte de communion nationale ». Il prenait tout son sens, écrivaient-ils, en tant qu’« expérience non individuelle, mais collective », qui fédérait des milliers de familles dans une ferveur populaire rappelant la célébration de la victoire sur l’Allemagne nazie. L’air vibrait de chaleur humaine ; même les pickpockets avaient cessé le travail, et il régnait un esprit de fraternité qui aurait fait horreur à « ceux qui ont le biais rationaliste des gens instruits de notre époque, surtout ceux d’une disposition politique radicale ou libérale ».
Aujourd’hui, alors que les inégalités ne cessent de se creuser au Royaume-Uni, la monarchie semble avoir conservé sa popularité. Presque deux Britanniques sur trois approuvent son existence. Ils ne sont que 22 % à souhaiter sa disparition, les plus hostiles étant les Écossais. Étonnant paradoxe : quand les temps sont durs, la famille royale paraît servir de dérivatif ou de consolation. Lors des noces royales des dix dernières années, il s’est toujours trouvé un badaud pour clamer que le moral de la nation avait besoin d’un remontant. Comme l’écrivait Walter Bagehot en 1867 dans La Constitution anglaise, le peuple s’incline devant le « spectacle théâtral de la société », dont la reine est le « point culminant ».

La justice est-elle possible au Kosovo, demandent Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin : « L’ombre des crimes imputés à l’ancienne guérilla plane sur le Kosovo depuis deux décennies. L’arrestation, en novembre, du président Hashim Thaçi et de plusieurs de ses anciens compagnons de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) sonnerait-elle enfin le glas de l’impunité ? Jusqu’à présent, les Occidentaux avaient soutenu sans faille le nouveau pouvoir, au nom de la stabilité et au mépris des victimes. »

Igor Delanoë décrit le bras de fer russo-turc dans le Caucase : « À travers son soutien à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabakh, la Turquie a enfoncé un coin dans la zone d’influence russe au Caucase, tout en défiant Moscou dans les airs grâce à ses drones de dernière génération. Cette nouvelle donne stratégique peut-elle conduire à l’escalade ? Pas nécessairement, car, par le passé, les deux puissances ont souvent préféré le compromis à la confrontation. »

Pour Jeanne Hughes, une offensive chinoise aux États-Unis relève du fantasme : « À la suite de M. Donald Trump, de nombreux commentateurs estiment que la Chine est en train de phagocyter l’Organisation des Nations unies. S’il est difficile de mesurer une influence diffuse, les données chiffrées montrent que la réalité est loin de correspondre aux fantasmes. Pour l’heure, Pékin se contente de cibler certaines directions d’agence, avec un but commercial ou de légitimation de son action. »

Pour Akram Belkaïd, les relations entre les pays du Golfe et Israël sont idylliques : « Rompant avec la politique d’isolement et de boycott d’Israël qui prévalait dans la région depuis plus de cinquante ans, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont signé le 15 septembre un accord de reconnaissance mutuelle avec Tel-Aviv. Alors que l’Arabie saoudite hésite à franchir officiellement le pas, d’autres pays arabes sont encouragés par les États-Unis à s’engager eux aussi dans la normalisation. »

Mathieu Rigouste revient sur les soulèvements algériens de décembre 1960 : « Après six ans de conflit, les populations musulmanes des villes algériennes investirent soudain la rue pour réclamer l’indépendance. Les protestations pacifiques de décembre 1960 prirent de court tant les autorités françaises que le Front de libération nationale (FLN). Malgré la répression, le mouvement mit en échec les tentatives du général de Gaulle d’imposer une solution politique aux dépens des nationalistes. »

Séverine Charon et Laurence Soustras envisager une industrie pharmaceutique africaine : « L’Afrique du Sud, alliée à l’Inde, demande à l’Organisation mondiale du commerce de suspendre les droits de propriété intellectuelle sur les vaccins et les médicaments durant la pandémie de Covid-19. Il s’agit d’assurer aux populations l’accès à des traitements peu coûteux. Malgré l’essor d’une production locale, l’Afrique reste dépendante des marchés et des groupes pharmaceutiques étrangers. »

Vincent Sizaire se demande s’il est possible d’enrayer la machine répressive : « Soutenue par les principaux syndicaux de policiers, la proposition de loi relative à la sécurité globale a été votée par l’Assemblée nationale le 24 novembre. Elle prolonge une fuite en avant répressive qui, de la lutte contre le terrorisme à l’état d’urgence sanitaire, indexe la sécurité sur la restriction des libertés. Et si cette stratégie, faite de démesure et d’arbitraire, s’avérait contre-productive ? »

Dominique Sicot explique pourquoi il n’y aura pas d’argent magique pour la santé : « Le Covid-19 aurait dû mettre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale au cœur du débat public. Certes, la réforme des retraites est suspendue, malgré le ballon d’essai des sénateurs pour reculer l’âge de départ, et la cinquième branche consacrée à la perte d’autonomie est créée. Mais le gouvernement se contente de parer au plus pressé, sans aucun changement de cap. Exceptionnel. C’est ainsi que M. Olivier Véran a qualifié le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021, lors de l’ouverture des débats sur le texte en première lecture à l’Assemblée nationale, le 27 octobre. « Il y a encore quelques mois, les chiffres que nous présentons ici seraient passés pour de la science-fiction », a insisté le ministre des solidarités et de la santé.

La pandémie de Covid-19 et ses conséquences ont en effet bouleversé les comptes de la Sécurité sociale. Tout particulièrement ceux de l’assurance-maladie, dont le déficit est passé de 1,4 milliard d’euros en 2018 à 48,4 milliards cette année. La quête de l’équilibre des comptes, unique boussole des politiques mises en œuvre depuis trois décennies, se heurte brutalement à la réalité. »

Julian Misch rappelle qu’il y a 100 ans naissait un parti authentiquement populaire : « Dès qu’il vit le jour, en décembre 1920, le Parti communiste français revendiqua une place singulière dans le paysage politique hexagonal : celle de la seule formation populaire, dirigée par des gens du peuple pour servir les intérêts de celui-ci. À l’heure où le fossé entre classes dirigeantes et classes laborieuses paraît plus profond que jamais, son histoire est riche d’enseignements. Derrière la tribune, une grande banderole reprend la formule de Karl Marx et Friedrich Engels : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Elle est surmontée d’une bannière arborant le slogan de la Ire internationale : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». En ce 25 décembre 1920 s’ouvre à Tours le 18e congrès de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), à l’issue duquel une très large majorité des délégués du Parti socialiste (70 % des mandats) décident d’adhérer à l’Internationale communiste (IC). Cette dernière, également dénommée IIIe Internationale, a été créée l’année précédente, en mars 1919, sous l’impulsion de Lénine et des bolcheviks russes dans l’espoir d’étendre leur révolution au monde entier. »

Après le désastre dans le monde de la musique, que va-t-il se passer, demande Éric Delhaye : « Le Centre national de la musique vient enfin d’ouvrir. Chargé notamment de mettre en œuvre une politique de soutien à la création non directement « rentable », il devra affronter les ravages dus à la crise sanitaire et, à plus long terme, la pression des intérêts marchands. Éviter les faillites. » Lors de sa conférence de presse, le 3 novembre 2020, le président du Centre national de la musique (CNM) en vient rapidement à ce qui est aujourd’hui la priorité. Longuement désirée, juridiquement créée en janvier, cette « maison commune », à peine installée, est sommée de parer au plus pressé, quand, en mars, les concerts sont interdits. Alors que son inauguration marquait le renouveau des politiques publiques de la musique après des décennies de tergiversations, la crise sanitaire vient souffler sur un château de cartes d’autant plus chancelant que l’écosystème de la musique (artistes, techniciens, producteurs, éditeurs, diffuseurs…) était déjà fragilisé par la dégringolade de l’industrie du disque depuis vingt ans. »

Dominique Pinsolle explique que les libertés universitaires sont en grand danger : « Les élucubrations du ministre de l’éducation nationale, M. Jean-Michel Blanquer, au sujet de l’« islamo-gauchisme » à l’université ont eu un effet qui ne déplaît probablement ni à leur auteur ni à sa collègue de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Mme Frédérique Vidal. Tandis que le très décrié projet de loi de programmation de la recherche (LPR) était en cours d’examen parlementaire, la focalisation des débats sur la liberté universitaire a éclipsé les revendications portées depuis un an par un large mouvement de contestation au sein des universités et des organismes de recherche. »

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