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Le Monde Diplomatique (Mai 2023)

Dans son éditorial, Benoît Bréville nous ramène au XIXe siècle, quand les pauvres avaient honte et faim : « Jadis, on y voyait vertu. Avant d’obtenir pitance, les indigents devaient ressentir l’opprobre de la mendicité. On les obligeait à jouer des coudes devant les œuvres de charité, à patienter dans le froid sous l’œil méprisant des passants. Ainsi, ils chercheraient à s’extraire de leur condition.

Nul ne défend plus cette « pédagogie de la honte (1) », qui connut son heure de gloire au XIXe siècle. Les services sociaux et les organisations caritatives prétendent à présent restaurer l’« autonomie », la « dignité » des démunis, grâce à des épiceries sociales et des supermarchés solidaires qui offrent une apparence de liberté en proposant de choisir entre quelques produits souvent peu ragoûtants. Des applications relient même directement requérants et commerçants, afin d’« éviter à des étudiants ou à des travailleurs pauvres la stigmatisation et la honte qu’ils ressentent à se rendre dans des centres de secours alimentaire » — comme le vantent deux chercheurs qui rêvent de faire advenir une aide « socialement acceptable ».

Laurent Bonelli dénonce la brutalisation de l’ordre manifestant : « À partir du début du XXe siècle, la république a cherché à mieux encadrer les protestations populaires dans la rue en privilégiant l’évitement. Depuis les années 2000, l’approche est plus punitive. La priorité est donnée à l’arrestation des « fauteurs de troubles ». Une évolution qui favorise les violences et pose la question du respect du droit de manifester. »

Pour Evgeny Morozov, la guerre froide ,est 2.0 : « Qui remportera la bataille mondiale des algorithmes et des machines « apprenantes » ? Les États-Unis ou la Chine ? Derrière ces questions se cache une réalité plus prosaïque. Pour nombre d’entreprises de la Silicon Valley, c’est l’occasion de faire main basse sur des dizaines de milliards de dollars de subventions publiques, quitte à dramatiser le bras de fer avec Pékin. Lobbying intensif et réminiscences des affrontements d’antan entre blocs : la géopolitique de l’intelligence artificielle est aussi une affaire de gros sous. »

Sébastien Broca voit la liberté d’expression passer à droite : « Après trois décennies de développement spectaculaire d’Internet, l’utopie libertaire de la Toile est désormais revendiquée par l’extrême droite américaine. Au détriment d’une gauche légitimement soucieuse de protéger les plus vulnérables contre les discours outranciers, mais qui abandonne aux entreprises capitalistes le soin de réguler les réseaux. »

Le multimilliardaire du ciment au Nigéria s’appelle Aliko Dangote (Jean-Christophe Servant) : « Omniprésent sur la scène économique et financière africaine, M. Aliko Dangote, président-directeur général (PDG) de l’un des plus grands conglomérats du continent, incarne cette génération d’hommes d’affaires qui entendent faire du secteur privé le premier moteur du développement. Au prix d’alliances politiques tous azimuts et au mépris des considérations sociales et environnementales. »

Selon Thierry Brésillon, les Subsahariens sont indésirables en Tunisie : « Le 17 avril, M. Rached Ghannouchi, chef du parti islamo-conservateur Ennahda, était arrêté à son domicile puis placé sous mandat de dépôt. Ce nouveau tour de vis à l’égard des opposants au président Kaïs Saïed intervient alors que les flux migratoires clandestins augmentent entre la Tunisie et l’Italie. Nombre de candidats à l’exil sont originaires d’Afrique subsaharienne. »

Ariane Bonzon estime que la démocratie est en suspens en Turquie : « Près de soixante millions d’électeurs turcs sont appelés à voter le 14 mai pour désigner leurs députés et choisir leur président. Trois mois après le double séisme dévastateur et dans un contexte politique marqué par un autoritarisme accru, M. Recep Tayyip Erdoğan doit affronter le candidat d’une opposition hétéroclite mais unie. Au point de manipuler le scrutin ? »

En Amérique latine, le non-alignement est au service de la paix (Christophe Ventura) : « « Les États-Unis doivent cesser d’encourager la guerre et parler de paix », a déclaré le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva le 14 avril dernier à Pékin, à l’occasion d’une visite d’État. Pareille prise de position sur le conflit ukrainien a valeur de symbole, dans un contexte où nombre de pays latino-américains cherchent à se défaire de l’hégémonie de Washington. »

Le rêve progressiste, et libre-échangiste, de la gauche latina a retenu l’attention de Luis Alberto Reygada : « Le Marché commun du Sud unit l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Il fut créé il y a plus de trente ans par le traité d’Asunción, dont l’article premier stipulait que le nouvel ensemble adopterait une politique commune vis-à-vis des pays tiers. Mais, aujourd’hui, la ratification d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne fait débat au sein des gauches de la sous-région. »

Et au milieu coule le Mékong, nous dit Louis Raymond : « Une cinquantaine de frontières terrestres dans le monde font l’objet de litiges entre voisins. Certains conflits donnent lieu à des affrontements, d’autres sont gelés, d’autres encore sont en voie de résolution, les gouvernements ayant décidé de négocier. Tels ceux de Hanoï et Phnom Penh, qui ont engagé la discussion depuis plus de quinze ans. »

Pour Élisa Périgueur, l’odyssée des chemins de fer grecs est fatale : « Le heurt frontal entre deux trains le 28 février dernier fait écho, pour beaucoup de Grecs, à celui qui s’est produit il y a dix ans entre la volonté populaire et celle de l’Union européenne. Les cinquante-sept morts apparaissent comme autant de victimes des privatisations et de la dégradation des services publics. Peu d’espoirs sont placés dans les enquêtes diligentées par Athènes et Bruxelles. »

L’Arménie est en quête de soutien, selon Constant Léon : « Depuis septembre 2020, l’Azerbaïdjan multiplie offensives militaires et coups de force contre l’Arménie. Son objectif : la réintégration du Haut-Karabakh, une enclave arménienne enchâssée dans son territoire que Bakou a partiellement reconquise. À Erevan, on craint un nettoyage ethnique et la surenchère du président Ilham Aliev. Depuis septembre 2020, l’Azerbaïdjan multiplie offensives militaires et coups de force contre l’Arménie. Son objectif : la réintégration du Haut-Karabakh, une enclave arménienne enchâssée dans son territoire que Bakou a partiellement reconquise. À Erevan, on craint un nettoyage ethnique et la surenchère du président Ilham Aliev.

Un pouvoir parasite dévore le cœur de Londres, selon Frédéric Lemaire : « À l’automne dernier, Londres a décidé de supprimer le plafonnement des bonus des banquiers introduit à la suite de la crise de 2008. La classe politique se montre toujours très attentive à l’attractivité de sa place financière. Mais son importance pour l’économie britannique pourrait se révéler une malédiction, en particulier dans un contexte de forte instabilité des marchés mondiaux. »

Pour Selim Derkaoui, les médecins sont plutôt au service des employeurs : « Depuis 2007, les entreprises ont la possibilité de contester auprès de l’ordre des médecins les certificats médicaux qui établissent un lien entre le travail et la santé mentale et physique de leurs salariés. Une fois saisi, cet organisme peut aller jusqu’à demander aux médecins de modifier leurs écrits, voire les sanctionner. Une pression de plus en plus insoutenable. »

Kajsa Ekis Ekman dénonce les errements de l’adoption internationale : « Très largement répandue dans les années 1970, l’adoption internationale traverse une profonde crise morale. Du Tchad au Chili, de la France à la Suède, de nombreux scandales ont discrédité une pratique longtemps perçue comme un acte de générosité. Sur les ruines de ce secteur, un autre émerge : la gestation pour autrui (GPA), au risque d’une marchandisation accrue du vivant. »

Et Michel Husson, ceux des mauvais génies de la statistique : « Michel Husson est décédé en juillet 2021. Économiste et statisticien auteur de nombreux ouvrages, il s’est attaché à montrer les impasses et faux-semblants des théories et politiques dominantes, notamment en matière de lutte contre le chômage et les inégalités. Il travaillait à un ouvrage dont Odile Chagny et Norbert Holcblat, deux de ses proches, ont assuré la finalisation.

Pour Serge Halimi, les États-Unis ont voulu « punir la France, ignorer l’Allemagne » : « Le 1er mai 2003, le président George W. Bush annonçait — à tort — que les troupes de son pays avaient accompli leur « mission » en Irak. Pourtant, sur un point au moins, la victoire des États-Unis est réelle vingt ans plus tard : aucune sanction n’a suivi leur agression. Et ceux qui l’ont défendue (journalistes compris) continuent à privilégier la guerre dans les relations internationales. »

Qui fabrique le droit international, demandent Catherine Kessedjian et Anne-Thida Norodom ? : « Violation brutale de la Charte des Nations unies, l’agression de l’Ukraine par la Russie rappelle l’injustice des rapports de forces géopolitiques. Pourtant, aucun État, puissant ou faible, ne conteste la nécessité d’une règle du jeu mondiale. Tel est l’objet du droit international, dont le contenu et l’interprétation suscitent, en permanence, d’intenses guerres d’influence. »

Poutine sera-t-il jugé ? Mathias Delori en doute : « Comme l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo ou l’ancien dictateur soudanais Omar Al-Bachir, le numéro un russe dormira-t-il un jour dans une cellule du quartier pénitentiaire de la Cour pénale internationale ? En lançant un mandat d’arrêt contre l’homme fort de Moscou, l’institution de La Haye ne joue pas seulement sa crédibilité mais aussi son avenir. »

Jean-Numa Ducange revient sur le conseillisme : « Avant même la fin de la première guerre mondiale, des conseils d’ouvriers se forment un peu partout en Europe avec la volonté de casser les structures du pouvoir et de permettre aux travailleurs de défendre leurs intérêts. En Allemagne comme en Autriche, leur pression oblige gouvernements et patronat à faire d’importantes concessions. Mais l’institutionnalisation du « dialogue social » va contribuer à les neutraliser. »

Le bonheur est-il une affaire d’État, demande Frédéric Lebaron ? : « Il y a quinze ans, en janvier 2008, le président Nicolas Sarkozy confiait à des économistes réputés, dont Joseph Stiglitz, une mission de réflexion sur la mesure des performances économiques et du progrès social. Leur ambitieux rapport préconisait de recentrer les politiques publiques autour du bien-être et de la soutenabilité environnementale sans négliger le niveau de vie des populations. L’une des mesures consistait à tenir compte des revenus médians (niveau en dessous duquel se retrouve la moitié de la population) plutôt que du sacro-saint produit intérieur brut (PIB), qui mesure la richesse produite en un an, indifféremment de son effet bénéfique ou dommageable sur les sociétés.

Comme chacun pouvait s’y attendre, cette « révolution » statistique n’a pas eu lieu, et les dirigeants gardent l’œil rivé sur l’agrégat-phare de leur comptabilité nationale. Peu suivi d’effets politiques, le rapport Stiglitz a en revanche contribué au succès d’une discipline : l’économie du bonheur. Son indicateur s’obtient d’une façon très simple puisque chaque enquêté détermine dans un questionnaire son niveau de satisfaction dans la vie sur une échelle allant en général de 0 à 10. Les pays, régions ou villes mais aussi les groupes socio-démographiques peuvent ainsi être classés et le résultat obtenu corrélé à de nombreux facteurs, notamment socio-économiques. »

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