Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

54 

Les États-Unis dangereux comme un fauve blessé

Depuis le 11 septembre 2001, l’Amérique n’est plus l’Amérique. Avec l’élection de Donald Trump, elle poursuit sa descente aux enfers. Elle qu’on a connue triomphante, impériale, dominatrice, parfois magnanime, est méconnaissable. Voyez les débats sur Youtube, les talk-shows sur FoxNews, sur CBS, sur HBO... La paranoïa retrouve outre-Atlantique des niveaux inconnus depuis l’époque du Maccarthysme.

Le monde à l’envers : traversant le miroir des doubles standards, les bourreaux s’érigent en victimes. Hackant depuis des décennies serveurs et routeurs du monde entier, entreprises et États, alliés ou ennemis, ils pleurnichent sur les « cyber-attaques russes et chinoises » ; sponsors de centaines de groupes terroristes et d’ONG subversives, ils redoutent les attentats d’Al-Qaeda et de Daech ; champions de la manipulation d’élections étrangères, ils fulminent que Poutine leur aurait gâché la leur. Rumeurs, affirmations, rapports interprétés et réinterprétés jusqu’à la nausée... le complotisme se généralise comme un cancer, depuis les survivalistes des couches les plus modestes jusqu’aux castes les plus privilégiés de Washington. Barack Obama lui-même cède à l’hystérie ambiante et dénonce sans preuve la « main de Moscou » qui aurait fait élire M. Trump (sans toutefois, cherchez l’erreur, avoir influencé le vote ni le comptage des voix, dixit le rapport de la CIA, le FBI réservant sa position).

Expulsion de diplomates, renforcement des sanctions, diabolisation médiatique sans précédent de M. Poutine, il prend des mesures désespérées, quoique peu efficaces, pour brouiller autant que possible les relations de la future administration avec le Kremlin. Avant même l’entrée en fonctions du milliardaire, le populisme prend ses quartiers à la Maison Blanche, le futur pouvoir se dispute ouvertement entre magnats du pétrole et membres de la famille.

Népotisme, corruption, hystérie médiatique : effondrement d’un empire.

Les élections de novembre 2016 ont révélé l’ampleur du malaise. Pendant la campagne, de nombreux Étasuniens ont déploré le choix calamiteux dans lequel ils étaient enfermés. Dans un pays plein de gens créatifs, charismatiques et talentueux, cette alternative entre peste et choléra que leur laissait le système des primaires avait quelque chose de surréaliste, de scandaleux.

L’Amérique aborde une phase critique de son histoire, et le monde entier avec elle. Le risque est immense : dangereuse comme un fauve blessé, elle se trouve des ennemis aux quatre coins du monde. Impliquée dans des logiques contradictoires, elle se livre à elle-même, par alliés interposés, une guerre impitoyable. Aveuglée par la douleur, en proie à une terreur impuissante, elle sur-réagit, frappe, se déchaîne, et semble prête à entraîner à tout moment le reste du monde dans une guerre mondiale suicidaire.

Observant le discours qui fait rage sur les écrans étasuniens, on ne peut qu’y voir un remake de la fin de l’Union soviétique. L’ampleur du désastre n’est pas la même (pas encore), mais le syndrome est similaire. Un pays habitué à la suprématie, à une obéissance inconditionnelle de ses vassaux, à la crainte respectueuse de ses ennemis, se réveille soudain endetté, déculotté, ridiculisé. Sur tous les fronts où il étalait naguère sa force incomparable, des ennemis sont apparus ou se sont renforcés qui contestent sa suprématie. Sa supériorité militaire est contestée, sa domination économique n’est plus qu’un souvenir. Le privilège exorbitant du dollar, cœur du système, est menacé.

Il y a pire. Les politiques à court terme, la corruption massive, les dépenses inconsidérées entraînées par les récentes aventures militaires, ont provoqué un chaos intérieur bien analysé par quelques observateurs étrangers et parfaitement ignoré par la plupart des analystes étasuniens, dans un curieux exercice de déni médiatique. Bernie Sanders était bien seul à tirer la sonnette d’alarme, et même s’il fut écouté par un grand nombre de citoyens des classes modestes, il a rapidement été écarté par Mme Clinton et l’élite libérale du Congrès démocratique. Endettement massif des étudiants, surpopulation carcérale exponentielle, police détroussant impunément les citoyens, populisme échevelé des juges, ravages des prêts usuriers dans les classes populaires, absence de protection sociale des travailleurs pauvres, inégalités de revenus et de patrimoines dépassant tous les records historiques connus, retour des tensions raciales... La société étasunienne est malade, son état se dégrade, et la présence d’armes à feu dans chaque tiroir de commode du pays est une bombe à retardement qui attend son heure. D’un instant à l’autre, semble-t-il, dès que Donald Trump aura épuisé sa capacité déjà très limitée à rassembler, le désespoir va exploser et le pays se déchirer.

Les conséquences seront terribles pour l’Amérique et pour le monde. Tous les humoristes s’y sont collés et ont suggéré l’idée que Donald Trump serait non pas le 45e, mais le dernier président des USA. Et s’ils avaient raison ?

On a beaucoup glosé sur la dangerosité de Saddam Hussein ou de Kim Jong-un. Sur la nécessité de désarmer l’Iran. Sur la menace chinoise, sur l’interventionnisme de Poutine. Il faut constater que ces menaces et ces risques ne sont que broutilles face à une Amérique déstabilisée qui se bat contre ses fantômes, qui veut traiter tous les problèmes à coups de bombes et qui projette son chaos dans un nombre sans cesse croissant de pays. Qui la ramènera à la raison ? Qui la désarmera ? Qui provoquera l’indispensable changement de régime... à Washington ?

Plutôt que de ricaner des malheurs de l’ex-première puissance, le reste du monde ferait mieux de s’inquiéter des conséquences catastrophiques de son effondrement désormais probable. De prendre, comme le font la Chine et la Russie, et d’autres sans doute, de discrètes mesures préventives pour rester aussi loin que possible hors de portée des convulsions du titan épileptique.

Christophe Trontin

URL de cet article 31429
   
Même Thème
La Machine de guerre américaine
Peter Dale SCOTT
« J’avais dit du précédent livre éblouissant de Peter Dale Scott traitant de ce sujet, (Drugs, Oil and War) "qu’il faisait passer la plupart des explications journalistiques et universitaires concernant nos interventions passées et présentes pour une propagande gouvernementale écrite pour les enfants’. Son dernier ouvrage est encore meilleur. Lisez-le ! » - Daniel ELLSBERG, « l’homme qui fit tomber Nixon », auteur de Secrets : A Memoir of Vietnam and the Pentagone Papers Ce livre stimulant et (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"De toutes les ironies exprimées par la politique étrangère américaine, notre position vis-à -vis de Cuba est la plus paradoxale. Une forte dégradation de la situation économique a provoqué une poussée du nombre de Cubains entrant illégalement aux Etats-Unis.

Nous faisons tout ce que nous pouvons pour détériorer la situation économique et ainsi accroître le flux. Nous encourageons également cet exode en accordant aux Cubains, qui arrivent illégalement ou qui s’approchent par voie de mer, un statut de résident et une assistance pour s’installer.

Dans le même temps, nous n’avons pas respecté les quotas de visas pour les Cubains désireux d’immigrer aux Etats-Unis [...] quand Castro tente d’empêcher des cubains malheureux de quitter leur pays infortuné, nous l’accusons de violer des droits de l’homme. Mais quand il menace d’ouvrir grand les portes si nous continuons à accueillir sans limites des cubains sans visas - y compris ceux qui ont commis des actes de violence pour aboutir à leurs fins - nous brandissons des menaces imprécises mais aux conséquences terribles. "

Jay Taylor, responsable de la section des intérêts américains à Cuba entre 1987 et 1990, in "Playing into Castro’s hands", the Guardian, Londres, 9 août 1994.


Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
97 
Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
20 
Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
Question : Est-il possible de rédiger un article accusateur qui fait un buzz sur internet en fournissant des "sources" et des "documents" qui, une fois vérifiés, prouvent... le contraire de ce qui est affirmé ? Réponse : Oui, c’est possible. Question : Qui peut tomber dans un tel panneau ? Réponse : tout le monde - vous, par exemple. Question : Qui peut faire ça et comment font-ils ? Réponse : Marie-Anne Boutoleau, Article XI et CQFD, en comptant sur un phénomène connu : "l’inertie des (...)
91 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.