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Les Etats UNIS ont besoin de quelque chose pour la prochaine élection présidentielle...


Interview de Noam Chomsky par Atilio A.Boron :

- Les Etats UNIS ont besoin de quelque chose pour la prochaine élection présidentielle et
pour cela ils continueront leurs aventures bélliqueuses.


Atilio A. Boron : Si on examine les récentes politiques des USA en relation
avec l’Irak, quels sont selon vous les véritables objectifs de cette guerre
 ?

Noam Chomsky : Bien, nous pouvons être au moins complétement assurés d’une
chose c’est que les raisons qui ont été avancées ne sont pas les
"véritables" raisons. .Nous le savons parce qu’elles sont pleines de
contradictions. Un jour Bush et Powell affirment que l’unique problème est
de savoir si l’Irak désarme ou non. Le jour suivant ils disent qu’importe
peu le désarmement de l’Irak puisque de toute façon, ils envahiront. Peu
après, ils disent que si Saddam et son entourage quittent l’Irak alors le
problème sera résolu . Et le jour suivant , au sommet des Açores, quans ils
ont lancé leur ultimatum aux Nations Unis, ils ont dit que même si Saddam
et sa bande sortaient d’Irak, ils envahiraient de tout façon. Et ils ont
continué comme ça tout le temps. Quand des propositions contradictoires
était apportées en réponse à ce qu’ils disaient la seule chose qu’ils
trouvaient à répondre était :"Nous ne croyons pas un mot de ce qu’il dit".

De telle sorte que nous pouvons rejeter les dites "raisons officielles" de
l’invasion.

Je crois que les véritables motifs ne sont pas très obscurs ni difficiles à 
comprendre. En premier lieu, il existe depuis longtemps un intérêt pour
cette zone. Ceci n’explique pas le moment choisi pour l’invasion mais nous
éclaire définitivement sur les intérêts fondamentaux qui la motivent.Je
fais référence au fait que l’Irak possède la segonde réserve de pétrole du
monde et, en ce sens, contrôler le pétrole iraquien et, de surcroît ,
établir des bases militaires nord américaine en Irak, placeraient les Etats
Unis dans une position plus forte qu’aujourd’hui pour dominer le système
énergétique international. Ceci est en soi, extrêmement important en vue du
contrôle mondial et l’accumulation de profits qui dériveront d’une telle
domination. Probablement les Etats Unis n’essayent pas de s’approprier pour
leur usage le pétrole irakien, peut-être qu’ils prétendent utiliser pour
eux-mêmes les bassins pétrolifères de l’hémisphère occidental, de
l’Afrique. Cependant contrôler l’approvisionnement mondial du pétrole a
toujours été l’axe directif de la politique des Etats-unis depuis la
seconde guerre mondiale, et l’Irak est particulièrement essentiel sous cet
angle. De sorte qu’il y a là depuis lontemps un intérêt majeur. Cependant
cela n’explique pas le choix de ce moment pour l’invasion.

Si nous voulons comprendre le moment, ou l’opportunité de l’invasion, il
est nécessaire de se rappeler qu’en septembre 2002 a commencé une campagne
massive de propagande en faveur de la guerre. Avant cette date le régime
irakien était critiqué d’une manière acerbe mais il n’y avait pas de
projet de développer dans la population nord américaine une fibre
belliciste. C’est pour cela que nous devons nous interroger sur ce qu’il
est advenu de plus en septembre 2002. Deux choses importantes ont eu lieu.
La première fut l’ouverture de la campagne pour les élections législatives
à mi-chemin du mandat présidentiel de George W. Bush. Monsieur. Karl Rove -son chef de campagne- expliqua clairement ce qui devait être oublié par
tout le monde : qu’il ne serait pas possible pour les Républicains d’entrer
en campagne avec un programme qui tournerait autour des thèmes économiques
et sociaux. La raison en était que l’administration Bush avait mené une
politique absolument préjudiciable à la majeure partie de la population et
favorable seulement à un petit groupe de grandes entreprises et aux
secteurs corrompus les plus proches du pouvoir. Ce motif était suffisant
pour ne pouvoir affronter l’électorat avec des propositions économiques et
sociales. Aussi comme Rove l’a dit, si nous pouvions faire de la sécurité
nationale le thème prioritaire de la campagne alors nous serons en capacité
de gagner parce que les gens-comme vous le savez- s’agglutinent autour du
pouvoir s’ils se sentent menacés. Et cette conviction est devenue "une
seconde nature" chez les actuels dirigeants nord américains. Ces gens ont
dirigé le pays depuis les années quatre vingt avec un programme de
politique intérieure très anti-populaires mais toujours disposés à presser
le bouton de la panique de masse d’un autre côté. Les exemples utilisés
varient - les menaces peuvent être le Nicaragua, Grenade, le crime,
l’insécurité urbaine, etc...- mais toujours ils provoquent l’insécurité de
la population nord américaine. Rove aussi pronostiqua que stratégie
semblable serait nécessaire pour la future élection présidentielle.

Tout ceux qui antérieurement cherchèrent à agir ainsi le firent non
seulement pour conserver leur poste mais en voulant institutionnaliser,
dans les affaires intérieure, un programme de gouvernement hautement
regressif qui leur permettait de supprimer tous les vestiges d’une
politique social démocrate dans le style du New Deal, en convertissant le
pays en une société non démocratique et passive, contrôlée totalement par
un secteur capitaliste très concentré et puissant. Ce qui impliquait par
exemple de revenir sur les acquis publics dans la santé, s"curité sociale,
probabement l’éducation et dans le même temps aller vers une énorme
augmentation du pouvoir d’Etat. Cs groupes dominants ne sont pas des
conservateurs au sens traditionnel du budget fédéral, ils amènent le pays à 
contracter un déficit fiscal énorme grâce à la plus grande augmentation du
budget fédéral des 20 dernières années et les fabuleuses réductions
d’impôts en faveur des riches et c’est cela qu’il cherchaient précisemment
à institutionnaliser dans leur projet. Ce qu’ils cherchent alors est un
désastre fiscal qui rende impossible le financement des mesures sociales.
Ils savent qu’ils ne peuvent affronter une élection en déclarant qu’ils
cherchent à détruire les programmes d’aide à la population, mais s’ils
peuvent lever les mains en l’air avec désespoir et déclarer : "Que pouvons
nous faire si nous n’avons pas d’argent ?" Une fois qu’ils se sont assurés
les moyens pour les grandes réductions d’impôts consenties aux riches et
les forts investissement dans les dépenses militaires (incluant les
industries de "hautes technologies") et autres programmes en faveur des
grandes entreprises et les riches.Ceci est, par conséquent , le second
aspect à prendre en compte et qu’il faut voir comme un des aspects réussis
de la campagne de propagande lancée par le gouvernement.

Cette campagne médiatique, qui commença en septembre 2002, convainquit
rapidement la plus grande partie de la population que l’Irak représentait
une menace pour la sécurité des Etats-Unis et également que ce pays était
responsable des attentats du 11 septembre. Certes il n’existait pas le
moinde grain de vérité dans tout cela, mais pour l’heure la majorité de la
population croyait en de telles histoires et ces attitudes débouchérent sur
un fort mouvement en faveur de la guerre, ce qui est bien compréhensible.
Si les gens croient qu’il y a un ennemi qui veut les détruire et qu’ils
vont être attaqués il est probable qu’ils accepteront de faire la guerre.
En effet si vous regardez sur les journaux des articles en train de dire
aux soldats : "Nous sommes ici pour venger, ils savent, parce qu’ils ont
volé dans les World Trade Center, ou parce qu’ils nous ont attaqués" ou
d’autres choses semblables . Ces croyances étaient complétement propres aux
USA. je veux dire que personne dans le monde croyait dans des histoires
pareilles. Il y a pas mal de gens au Koweit ou en Iran qui haissent Saddam
Hussein, mais ils ne le craignaient pas, parce qu’ils savaient que son pays
était le plus affaibli de la région. De toute manière, la campagne
médiatique gouvernementale a fonctionné brillamment , en terrorisant la
population jusqu’à lui faire accepter la guerre alors qu’avant il existait
une forte opposition à l’option belliciste. Ce fut alors le second facteur
qui explique le moment choisi pour l’invasion.

Finalement, il y avait un troisième facteur , cette fois plus important que
les autres. En septembre de 2002, le gouvernement a annoncé la nouvelle
stratégie de sécurité nationale. Celle-ci n’était pas une mesure sans
précédent dans ses contenus, mais elle l’était en tant que formulation
officielle de la politique de l’Etat. Ce qui était annoncé était que les
USA se devaient de détruire le système de droit iunternational dans sa
totalité et la fin de la charte des Nations Unies et que les USA méneraient
une guerre agressive- qu’ils appelaient "préventive" - là et quand ça leur
paraîtrait opportun et qu’ils gouverneraient le monde par la force. Et en
plus, nous serions sûrs qu’il n’existerait aucun défi à notre domination,
parce que nous sommes tellement supérieur en matériel militaire que nous
anéantirions quiconque tenterait de défier notre primauté.

Comme on peut l’imaginer, cette déclaration fit passer un frisson sur le
monde et un tremblement d’effroi à l’élite diplomatique nord américaine.
Pareilles choses avaient été entendue dans le passé mais jamais elles
avaient été formulées comme la politique officielle des Etats Unis.Je
suppose qu’il faudrait que nous remontions jusqu’à Hitler pour trouver une
analogie à cette situation. Maintenant bien, quand quiconque propose de
nouvelles règles et de nouvelles politiques pour les relations
internationales, il faut qu’il les illustre, il faut qu’il soit sur que les
gens ont compris ce qu’il disait. En plus il doit y avoir ce qu’un
historien de harvard a appellé une "guerre exemplaire", une guerre modèle,
qui démontre réellement que nous ferons ce que nous disons.

Pour cela il est nécessaire de disposer d’une cible ou d’une victime
appropriée, et celle-ci doit réunir divers attributs. En premier lieu, il
doit s’agir d’un objectif complétement sans défense. Personne ne choisirait
une cible capable de se défendre, ce serait imprudent. Irak remplissait
cette condition d’une manière exemplaire ; il était devenu le pays de la
région le plus faible et il était dévasté par les sanctions prises à son
encontre et complétement désarmé. De plus les Etats Unis avaient scruté
chaque pouce du territoire irakien dpuis les satellites, avaient effectué
des survols d’espionnage et plus récemment avec des U-2. Alors oui l’Irak
est extremement faible et satisfait la première condition.

En second, il doit s’agir d’un objectif important et valable. Cela
manquerait de sens d’envahir le Burundi , par exemple ; la cible doit être
un pays que, par ses ressources et ses richesses, vaut la peine d’être
dominé. L’Irak satisfait aussi cette deuxième condition. Comme je l’ai
mentionné , il s’agit du second plus grand producteur pétrolier au monde,
il est l’exemple parfait et un cas idéal pour cette "guerre exemplaire",
dont le fond sera de mettre le monde en garde sur le fait que nous sommes
disposés à agir dans le moment que nous choisirons. Nous avons le pouvoir
et nous déclarons que notre objectif est la domination par la force et
qu’aucun défi à notre domination ne sera toléré. Nous avons démontré que
c’est ainsi et que nous sommes prêts pour le suivant. Nous procéderons,
alors, à notre prochaine opération. Avant cette série de conditions, la
guerre apparaissait comme une très raisonnable alternative entre les effets
et quelques commencements de preuve.


Atilio A. Boron : Maintenant, si nous sommes d’accord avec votre analyse,
quel régime sera le prochain objectif ? Parce que je retire de ce que vous
avez dit que les USA ne s’en tiendront pas à l’Irak, ou si ?

Noam Chomsky : Non il ne s’en tiendront pas là . Ils en ont besoin pour la
prochaine élection présidentielle, et à cause de cela ils poursuivront
leurs aventures belliqueuses. Durant ses douze premières années de
gouvernement (1980-1992) c’est ce qui s’est passé et ainsi c’est ce qui se
passera jusqu’à ce qu’ils réussissent à institutionaliser les politiques
intérieures visées plus haut et à disposer d’un sytème international
correspondant à leurs plans. De sorte que l’on peut se demander quelle est
la prochaine cible ? Bon, le prochain objectif doit réunir des conditions
similaires à celles mentionnées ultérieurement. Il doit être suffisamment
de valeur et sans défense pour être attaqué. Il existe plusieurs options.
La Syrie est une possibilité. Israel serait ravi de participer. Israel est
un tout petit pays mais du point de vue puissance c’est une véritable base
militaire "off shore" des USA, de telle sorte qu’il détient une force
militaire énorme avec des centaines d’armes nucléaires (et probablement
certains types d’armes chimiques et biologiques). Ses forces aériennes et
terrestres sont plus importantes et plus avancées que tous ceux des pays
qui forment l’OTAN, et les Etats-Unis sont derrière tout cet énorme
appareil militaire.

C’est pourquoi la Syrie est une possibilité. L’iran est une autre option
bien que plus difficile parce que c’est un pays qu’il est compliqué à 
dominer et à contrôler. Cependant il existe une raison de croire que depuis
un ou deux ans la voie du démantélement de l’Iran est en marche, de le
fracturer en groupes irreconciliables. Ces opérations orchestrées depuis
les bases nord américaines des provinces orientales de Turquie, de la sont
partis également les vols de reconnaissance et d’espionnage sur la
frontière iranienne. De sorte qu’il y a là une autre possibilité. La
troisème possibilité qui ne peut être considérée à la légère est la région
Andine. Il s’agit d’une zone qui possède de grandes ressources et qui sont
hors contrôle dans des pays comme la Colombie, le Vénézuela et probablement
l’Equateur. Il existe des bases militaires tout autour de la zone, et les
forces des USA se sont installées là . Le contrôle de l’Amérique latin est
extremement importante, évidement, spécialement avec les événements qui se
passent au Vénézueal, Colombie, Equateur, Brésil et Bolivie. Il est clair
que la domination des USA est menacée et ceci ne peut être toléré, en
particulier dans une région aussi proche et essentielle par la richesse de
ses ressources nationale. Alors c’est une autre possibilité.


Atilio A. Boron : Tout cela est trés préoccupant. La question alors est :
’"Croyez-vous qque ce qui se passe en irak, l’invasion et ses conséquences,
afecteront d’une manière irreversible la stabilité politique du
Moyen-orient ? Quels seront les probables "effets collatéraux" de cette
invasion dans des pays fragilisés par la fragilité de leur système
politique, comme par exemple l’Arabie saoudite, la Syrie, l’iran ou ncore
les territoires Kurdes. Qu’adviendra-t-il du problème de la Palestine, qui
est le noeud politique de la région ?

Noam Chomsky : Ce qu’il adviendra dans le monde arabe est extremement
difficile à prédir . C’est un monde désorganisé et chaotique, ou existent
des régimes hautement autoritaires et brutaux. Nous ne savons pas quelles
sont les attitudes populaires les plus fortes. Je peux dire, les USA sont
très préoccupés à propos des attitudes qui prévalent dans la région et les
académies nord américaines spécialisées dans les pays du Moyens orient ont
réalisé des enquêtes assez bonnes sur la zone et leurs résultats sont
dramatiques. une des études les plus récentes, de l’Université du Maryland,
portant sepuis le Maroc jusqu’au Golfe Persique et au Liban . Dans cette
zone, une majorité écrasante de la population manifeste le désir que les
leaders religieux aient un rôle plus important dans les gouvernements. Un
pourcentage semblable, de l’ordre de 95%, croie que l’unique intérêt nord
américain pour la région est d’avoir accès au pétrole,et de fortifier
Israel et la possibilité d’humilier les Arabes. Il s’agit d’une opinion
quasi unanime. Aussi, s’il existe une quelconque expression populaire qui
peut surgir dans la région, ou un quelconque type de mouvement
démocratique, il pourra se convertir en une chose semblable à ce que nous
connaissons en Algérie depuis dix ans. Ce ne sera pas nécessairement un
gouvernement islamiste radical en tout cas un courant islamiste plus
énergique que celui qui actuellement existe en divers pays. Je crois que ce
serait le dernier souhait des USA, toute alternative d’ouverture
démocratique se transformera immédiatement en une féroce opposition à la
Maison Blanche. Mais les voix en faveur d’une démocratie laïque sont
également hostiles aux USA. Si elles pouvent parler, librement, par
exemple, sur la violation des résolutions des Nations Unies, ces voix
présenteraient le cas d’Israel qui bat les records de l’Irak en cette
matière. Mais, il est clair qu’Israel jouit de la protection des
Etats-Unis. Ces voix-là aussi exprimeraient leur préoccupation pour
l’indépendance, que les Etats Unis ne favorisent pas, de sorte que l’on
pourra en déduire que Washington contnuera à appuyer les régimes
non-démocratiqueset oppressifs comme par le passé, et de la manière dont
cela se passe en Amérique latine depuis de nombreuses années, à moins que
l’on puisse leur garantir que les nouveaux gouvernements s’ajusteront
strictement sur les priorités de Washington.

D’un autre côté ces mouvements populaires du monde arabe sont si chaotiques
qu’il est difficile d’en prévoir les résultats. On peut dire que ceux qui
participent à ceux-ci ne savent ou ne peuvent savoir ce qu’ils cherchent
exactement ; mais nous savons que la tragique haine, le conflit et la peur-
probablement comme jamais auparavant-existent en relation avec les
Etats-Unis. Le problème israelo-palestinien est, on peut en fair
l’hypothèse, le problème crucial dans le monde arabe. L’administration Bush
devrait avoir soin d’y prendre garde, et de ne pas prendre position pour
aucune partie. Cependant ses actions sapent les perspectives d’une
résolution pacifique du conflit. Par exemple , par le financement de
nouveux programmes d’installation des Israeliens dans les territoires
arabes.

C’est pour cela que nos gouvernants ne disent rien. Ils disent à chaque
fois "nous avons une vision" sans le moindre sens. Pendant que le silence
officiel contraste avec l’apppui effectif aux positions les plus
extrémistes d’Israel. Parmi elles ce que la presse a signalé comme
l’expression la plus significative de George Bush - redite un peu plus
tard par Collin Powell- fut que la colonisatión des territoires arabes
occupés continuerait jusqu’à ce que les EtatUnis déterminent les conditions
pour la paix sont réunies, et puisse avancer dans sa mythique "feuille de
route" tracée
Washington.

Cette affirmation qui fut saluée comme "significative" implique de fait,un
changement de politique d’une direction chaque fois plus extrémiste.
Jusqu’à maintenant la position officielle devait être qu’il ne devait plus
y avoir d’installations dans les territoires arabes. On peut supposer,
qu’il s’agissait d’un positionnement hypocrite de la part des USA, pendant
qu’ils apportaient leur soutien militaire, économique et diplomatique à la
création de nouvelles installations il soutenaient une position officielle
oppposée d’un point de vue rethorique à ce cours des choses. Maintenant la
politique officielle a changé en faveur des installations jusqu’au moment
où les USA détermineront unilatéralement que "le processus de paix" a
progressé suffisament, ce qui signifie pour l’essentiel, qu’elles seront
indéfiniment avalisées. Pas plus il n’a été pris note de ce que au mois de
décembre l’administration Bush a modifié, dans l’Assemblée Générale des
Nations Unies, la position des Etats Unis sur un point important. Jusqu’à 
ce moment la maison Blanche avait avalisé les résolutions du Conseil de
sécurité de 1968 s’opposant à l’annexion de Jérusalem par Israel, et
ordonnant aux autorités israeliennes de mettre fin à toute initiative
destinée à prendre possession de Jérusalem est et d’agrandir Jérusalem, qui
aujourd’hui en une zone énorme. Officiellement les Etats Unis toujours
s’étaient opposés à cette expansion, bien sûr d’une manière hypocrite.
Cependant, en décembre dernier l’administration Bush appuie cette politique
en opérant un changement assez abrupte par rapport à sa position antérieure
et d’une manière significative comme on en voit aucun exemple dans
l’histoire diplomatique des USA. Il est significatif, en soi même, qu’un
changement de cette envergure n’ait pas été perçu aux Etats-Unis. Pourtant,
quand un tel changement a eu lieu, il est passé presque inaperçu. Dans le
passé les Etats-Unis mettaient leur veto aux efforts européens d’implanter
une inspection internationale dans les territoires occupés - une initiative
qui cherchait à réduire les violentes confrontations politiques de la
région. Les Etats Unis ont saboté les réunions programmées en décembre 2001
à Gènes, quand il était tenté d’élaborer la convention de Gênes, et pendant
que les autres parties contractantes se réunissaient, les Etats Unis
refusèrent de participer à la réunion qui fut bloquée. Non seulement ils
sabotèrent la conférence mais ils déclarèrent que Sharon était un homme de
paix et soutinrent sa politique répressive. Alors que tout laissait voir
que les Etats Unis impulsaient une politique plus dure sur les territoires
occupés, on concédait aux Palestiniens un statut formel - et vide de sens-
d’"Etat" de la région. On peut supposer que ceci serait surement présenté
comme une grande victoire démocratique, le triomphe de la paix et de la
liberté, et tout ce qui d’habitude se dit en pareille circonstance. Ils
montèrent une immense opération de relations publiques et ils essayèrent de
présenter la nouvelle politique sous cet emballage mais la réalité ne
semblait pas très encourageante.


Atilio A. Boron : J’ai deux questions à vous poser dans ce sens. Une est sur
le futur des Nations Unies. Un article récent d’ Henry Kissinger,
reproduit par la presse argentine, disait que le multilatéralisme était
terminé et que le monde avait a accepter les conditions qui résultaient de
la supériorité absolue des forces armées nord américaines aboutissant à ce
que l’ancien ordre international était terminé. Quelle est votre analyse
sur le futur système des Nations Unies et des accords internationaux ?

Noam Chomsky : Bon, vous savez, il s’agit d’une formule plus effrontée de
politiques qui s’inscrivent dans la même ligne que toujours.
L’unilatéralisme a toujours existé et Henry Kissinger le sait
parfaitement. C’est quelque chose qui vient de plus loin. Je veux dire :
Est ce qu’il y a eu une approbation de l’invasion nord américaine au Viet
Nam, il y a quarante ans ? En réalité le thème n’a jamais pu être inscrit
sur l’agenda des Nations Unies. L’ONU et quasiment tous les pays
s’opposaient violmement aux opérations US au Viet nam, mais la question
jamais n’a pu aparaître et être soumis à la discussion parce que tous
savaient que si une telle chose arrivait les Nations Unies seraient
purement et simplement démantélées par les USA. Quand la Cour Interntionale
de Justice a condamné Washington pour ses attaques au Nicaragua, la
réponse officielle de l’administration Reagan -qui,j’insiste, correspond
aux mêmes gens actuellement au pouvoir- la réponse officielle quand il
rejeta la juridiction de la Cour Internationale fut que si les autres
nations n’étaient pas d’accord avec nous autres pourtant nous nous
réservions le droit de déterminer ce qui relève de la juridiction
intérieure des Etats Unis. Je suis en train de citer textuellement. Dans ce
cas il s’agissait d’une agression contre le Nicaragua. Il sera diffile de
trouver un unilatéralisme plus extrême que celui-ci. Et les élites nord
américaines l’acceptèrent, et l’applaudirent, en réalité l’affaire fut
rapidement oubliée. Dans un de vos proches voyages aux Etats Unis parlez
avec vos collègues dans un quelconque département de sciences Politique et
vous trouverez des gens qui jamais n’ont entendu parler de cela. Cela fut
complétement rayé de la scène. C’est la raison pour laquelle les Etats Unis
apportèrent leur veto aux résolutions du Conseil de Sécurité en appui de la
décision de la Cour et exhortant tous les pays à approuver la législation
internationale. Ceci est un unilatéralisme sous sa forme la plus extrême
et il remonte à encore plus loin dans le temps.

Juste après la crise des missiles d’octobre 1962, laquelle pratiquement
conduisit le monde près d’une guerre nucléaire totale, l’administration
Kennedy a repris ses activités terroristes et sa guerre économique contre
Cuba, laquelle fut à l’origine de la crise. Dean Acheson, un respectable
homme d’etat, conseiller de Kennedy, appartenant à l’aile libérale nord
américaine, prononça un important discours à la Société Nord Américaine de
Droit International qui énonce dans ses lignes principales les contenus de
la doctrine Bush de septembre 2002. Ce qu’il dit est qu’il n’y a aucune
"contreverse légale" qui peut surgir dans le cas d’une réponse nord
américaine à un défi à son "pouvoir, position et prestige" Rien ne peut
être plus extrême que cela. La différence avec septembre 2002 est qu’au
lieu que ce soit une politique opératoire au cas par cas, elle s’est
convertie en la doctrine officielle du gouvernement nord américain. Là est
la différence. Les Nations Unies perdirent de leur importance dans la
mesure où les USA les empêchèrent de fonctionner. C’est pour cela que,
depuis les mesures de 1960, quand les Nations Unies s’étaient transformées
vers plus d’indépendance, à cause de la décolonisation et de l’entrée
d’autres pays issus de la seconde guerre mondiale, les Etats Unis devinrent
le pays qui opposa le plus son veto à beaucoup de résolution du Conseil de
Sécurité sur une ample série de questions- la grande Bretagne fut le
second- et aucun autre pays n’approche de près. Ceci a fait que les Nations
Unis ne purent agir effectivement. Ceci revenait à dire que " ou vous
faites ce que nous décidons ou snous le pietinnons par derrière".
Actuellement c’est beaucoup plus ehonté. Le seul mérite de
ce qu’a dit Kissinger est de reconnaître qu’aujourd’hui nous afirmons la
politique que nous menons.


Atilio A. Boron : Très bien. Ceci est ma dernière question. Quel est
l’impact de la guerre d’Irak sur les libertés publiques des Etats Unis ?
Nous avons entendu des histoires trés préoccupantes comme celles des
bibliothécaires qui seraient forcés d’indiquer les noms des gens qui
empruntent des livres considérés comme subversifs ? Quel est le véritable
impact de la guerre dans la politique intérieure et dans la vie quotidienne
des Etats Unis ?

Noam Chomsky : Ces choses sont arrivées mais je pense qu’elles ne sont pas
spécifiquement à mettre en relation avec la guerre en irak.
L’administratión de Bush, je me permets de le répéter, est formée non par
des conservateurs mais par des gouvernants réactionnaires. Ceux-ci veulent
un Etat trés puissant, énorme et violent et qui force à l’obeissance et à 
la soumission la population. Il s’agit d’un type de mentalité quasi
fasciste, comme toile de fond, et à cause de cela il est en train de saper
les droits civils de multiple manière. Ceci est un de leurs objectifs de
longue portée, et il veulent agir rapidement parce il existe aux Etats Unis
une tradition très forte de protection des droits civils. Le cas
d’espionnage que vous commentez en relation avec les bibliothèque est un
pas de plus dans cette direction. Ceux ci- revendiquent aussi le droit du
gouvernement à détenir un citoyen des Etats-Unis sans charge- et sans accès
à un avocat, ni à sa famille- et à le maintenir en détention indéfiniment.
Ceci, en plus, a été avalisé par la Cour, en cas d’atrocité. Mais
maintenant ils ont une nouvelle proposition, dans les occasions dénommées "
"Patriot Two", un document de quatre vingt pages produit par le Département
de la Justice et que quelqu’un a bien laissé filtrer dans la presse pour
sa publication. A la suite de ceci furent publiés quelques articles de
professeurs de droit qui se sentaient outragés par le contenu du dit
document. Celui-ci jusqu’à maintenant reste à l’état d’ébauche, mais à plus
d’un il conviendrait l’imposer aussi secrétement qu’il se peut. Ces
propositions permettent au trésorier général, par exemple, de priver de la
citoyenneté nord américaine quelque individu que ce soit suspect d’être
impliqué dans des actes de quelque forme que ce soit qui pourrait être
préjudiciables aux intérêts nord américains. On peut dire que tout ceci va
beaucoup plus loin que quoique ce soit observable dans une quelconque
société démocratique. Un professeur de Droit de l’Université de New York a
écrit que cette administration évidement tentera, dans la mesure de ses
possibilités, d’éliminer ou diminuer d’une manière significative les droits
civils des citoyens. Ceci va de pair avec ses politiques réactionnaires,
qui se manifestent dans la vie internationale, l’économie, la vie sociale
et aussi dans la vie politique.


Atilio A. Boron : Bien. Ce fut un grand plaisir de pouvoir faire arriver vos
paroles au public argentin . je vous remercie beaucoup pour cet entretien
et j’espère que nous resterons en contact dans cette bataille non achevée
pour la paix et la démocratie dans le monde.

Noam Chomsky : Surement nous le serons.


Atilio A. Boron : A nouveau, merci beaucoup.


Transmitida por Radio Del Plata, Buenos Aires, Argentina, 12 de Abril de 2003

(Desgrabación y traducción al castellano de Jessica L. González - Revisión técnica de Atilio A. Boron).


Texte original Rebelion

Traduction française [Danielle Bleitrach


Source : CUBA SOLIDARITY PROJECT

"Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n’avons rien dit, nous n’étions pas Cubains."


- Du même auteur :

Un Negroponte pour Bagdad. L’âme damnée, par Noam Chomsky.

Noam Chomsky : Bush a récupéré les éléments les "plus extrémistes, arrogants, violents et dangereux" de l’ère Reagan.

Le Brésil et la ZLEA : entretien avec Noam Chomsky

Etats-Unis - Haïti, par Noam Chomsky

D’une mauvaise réputation... Lire Noam Chomsky en France, par Jean Bricmont

Noam Chomsky et les médias français

Cuba en ligne de mire - Noam Chomsky

L’Irak n’est qu’un test. Entretien avec Noam Chomsky.



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Noam CHOMSKY, Ilan PAPPE
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Lorsque l’on tente, comme ce fut le cas récemment en France, d’obliger une femme à quitter la Burqa plutôt que de créer les conditions où elle aurait le choix, ce n’est pas une question de libération mais de déshabillage. Cela devient un acte d’humiliation et d’impérialisme culturel. Ce n’est pas une question de Burqa. C’est une question de coercition. Contraindre une femme à quitter une Burqa est autant un acte de coercition que l’obliger à la porter. Considérer le genre sous cet angle, débarrassé de tout contexte social, politique ou économique, c’est le transformer en une question d’identité, une bataille d’accessoires et de costumes. C’est ce qui a permis au gouvernement des Etats-Unis de faire appel à des groupes féministes pour servir de caution morale à l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Sous les Talibans, les femmes afghanes étaient (et sont) dans une situation très difficile. Mais larguer des "faucheuses de marguerites" (bombes particulièrement meurtrières) n’allait pas résoudre leurs problèmes.

Arundhati Roy - Capitalism : A Ghost Story (2014), p. 37

Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
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La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’Occident
Il y a des sujets qui sont aux journalistes ce que les récifs sont aux marins : à éviter. Une fois repérés et cartographiés, les routes de l’information les contourneront systématiquement et sans se poser de questions. Et si d’aventure un voyageur imprudent se décidait à entrer dans une de ces zones en ignorant les panneaux avec des têtes de mort, et en revenait indemne, on dira qu’il a simplement eu de la chance ou qu’il est fou - ou les deux à la fois. Pour ce voyageur-là, il n’y aura pas de défilé (...)
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