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Médine : « On nous interdit d’avoir un esprit critique »

Lorsque l’on dit « rap » en France, on pense à Paris ou Marseille. Mais ce n’est pas de là que vient Médine, le rappeur qui combat les communautarismes sans craindre les polémiques. C’est dans la ville portuaire du Havre qu’une des têtes d’affiche du prochain ManiFiesta a « jeté l’ancre ». Et l’encre.

« Ici, République et Nation, c’est que des stations de métro. » Les premiers mots de son dernier morceau, Speaker corner, résument le sentiment des jeunes des quartiers populaires par rapport à l’État français. Médine Zaouiche de son nom civil, 32 ans, joue de la provocation. C’est sa manière de lancer le débat. Fort, si possible. Interview.

Pourquoi ce titre, Speaker corner ?

Médine. Actuellement, en France, nous sommes dans un contexte de censure de plus en plus forte. Que ce soit sur les questions qui sont liées à la critique de la laïcité dévoyée ou de l’Etat d’Israël… Il y a tout un tas de sujets aujourd’hui en France qui sont censurés par la classe politique, médiatique, par une partie des faiseurs d’opinion. D’autant plus quand cette liberté d’expression souhaite être exercée par des personnes issues de la banlieue, des classes populaires. Ce qu’ils représentent, ce qu’ils sont, parle tellement fort qu’on finit par oublier ce qu’ils ont à dire. Et le nom « speaker corner » est une référence à tous ces petits coins qui existent un peu partout sur la planète et notamment à Londres, à Hyde park, où la liberté d’expression est pleinement utilisée, célébrée, tous les dimanche matin à cet endroit que l’on appelle le speakers’ corner.

Vu de Belgique, le climat en France est particulier. Le débat autour de la liberté d’expression se fait dans un contexte tendu. Comment l’expliquer ?

Médine. C’est très paradoxal. Tout le monde est descendu dans les rues le 11 janvier, main dans la main, pour protester contre ceux qui avaient assassiné la liberté d’expression, en tuant des journalistes, des dessinateurs. Mais certains ont brisé le deuil national le jour même du rassemblement du 11 janvier en essayant de lister qui était présent et qui ne l’était pas. Premières cibles des critiques : les jeunes de banlieues, les rappeurs et même, par extension maladroite, la communauté musulmane. Ce qui était faux.

On tue deux fois la liberté d’expression : quand ces terroristes ont tué des membres de Charlie Hebdo et puis en voulant nous interdire, nous, jeunes de banlieue, d’avoir un esprit critique, de vouloir comprendre et analyser le contexte dans lequel nous sommes.

Vous parlez beaucoup de laïcité dans vos textes. Est-ce un débat qui vit fortement en France ?

Médine. Clairement. Quand on est croyant, quand on vit dans un État de droit comme en France, on se doit d’avoir quelques notions de cette laïcité pour bien comprendre sa foi et surtout pour qu’elle n’empiète pas sur la liberté d’autrui.

Mais l’« intelligentsia » française utilise la laïcité pour masquer certains phénomènes, certaines politiques. Ce débat masque la crise économique. J’essaie de ramener le problème à sa source. Les véritables problèmes que connaît notre pays sont des problèmes économiques, de précarité, de chômage, de logement, des problèmes sociaux. Essayer d’ethniciser ces problèmes, leur donner un cause qui relèverait du communautarisme, c’est précisément rendre coupables des gens qui sont victimes d’une politique sociétale qui est en faillite.

D’où vient votre discours de classe ?

Médine. Des personnes qui sont de la classe ouvrière, ou qui ont des membres de leur famille qui en sont issus, ne peuvent que concevoir la société de cette façon. Si on se penche un peu sur notre situation, on en revient forcément à la lutte des classes. Naturellement, on grandit dans ce contexte, dans cette ambiance. Il est inéluctable de faire référence à la lutte de classes, car nous sommes confrontés de plein fouet à cette lutte.

Vous allez souvent à la rencontre de jeunes de banlieues qui sont le public-cible d’Alain Soral, ce polémiste d’extrême-droite qui cache son racisme sous un discours « anti-système ». Quels sont les arguments que vous avancez pour le combattre ?

Médine. Ce n’est pas forcément mon travail de démasquer les uns et les autres, dans ce marasme politique actuel où des Soral, il y en a à droite et à gauche, à l’UMP, au PS. Mon travail est de mettre en évidence leurs contradictions. Et Dieu sait que les contradictions chez monsieur Soral, cette distorsion de la réalité vont bon train dans ses discours. Mais cela se fait tout seul. Je n’ai pas besoin de le nommer, on comprend que les contradictions sont très présentes dans ce qu’on appelle aujourd’hui la « dissidence ». Cette prétendue dissidence ne fait finalement qu’amener beaucoup de complotisme, de désarroi, jette un peu plus de flou dans les quartiers populaires aujourd’hui.

Avec votre chanson 17 octobre, qui parle du massacre d’Algériens par la police française à Paris en 1961, vous êtes entré dans les livres d’histoire.

Médine. Ce n’était pas prévu, pas calculé. Pour moi, c’est peut-être la plus belle récompense que j’ai reçue aujourd’hui. Ça prouve que mon travail n’est pas vain et qu’il permet peut-être de mieux comprendre certaines périodes de l’histoire aujourd’hui en France. Non pas pour déterrer de vieux démons et jeter de l’huile sur le feu, mais pour mieux comprendre. Etre plus armé, aguerri pour analyser la situation dans laquelle nous nous trouvons, les gens issus de l’immigration.

Vous avez soutenu la candidate du Parti communiste (PCF) lors des dernières élections municipales. Pourquoi ?

Médine. J’ai été dans le comité de soutien car j’estimais que c’était la personne la plus active sur le terrain. Pour moi, c’est très important d’être proche des gens, proche du peuple, essayer de comprendre leurs problèmes, aller chez eux… Le programme de la candidate du PCF correspondait à ce que je développais dans mon activité artistique.

Pour un rappeur, n’est-ce pas singulier de rester dans une ville comme Le Havre ?

Médine. Je suis attaché à ma ville portuaire. J’y ai toute ma famille. Une vieille légende dit que, même si on quitte une ville portuaire, on finit toujours par revenir à « son » port. C’est ici que je me sens le mieux. Le milieu musical à Paris est frappé par le parisianisme qui gangrène le milieu. C’est beaucoup de paraître, de compromissions. Je préfère me tenir éloigné de tout ça. C’est ici au Havre que je préfère jeter l’ancre.

Est-ce important pour vous de jouer dans des festivals comme ManiFiesta ?

Médine. Je suis toujours heureux de venir jouer en Belgique. Il y a un esprit apaisé. Que ce soit sur le plan artistique ou sur le plan des relations entre les gens. Il y a moins de crispation. Ne me demandez pas d’où vient ce ressenti mais j’ai toujours eu un très bon feeling avec la communauté belge en général. Et d’autant plus quand il s’agit d’un festival qui met au cœur de ses préoccupations la solidarité, qui fait partie intégrante de mon action artistique aujourd’hui.

Médine sera à ManiFiesta le 19 septembre. Toutes les infos sur http://www.manifiesta.be

»» http://solidaire.org/articles/medine-nous-interdit-d-avoir-un-esprit-critique
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