RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Rim Banna et la guerre culturelle que les Palestiniens doivent gagner. (Counterpunch)

Rim Banna s’est éteinte à l’âge de 51 ans. Sa mort le 24 mars, après une bataille de dix ans contre le cancer, a endeuillé les Palestiniens partout dans le monde.

Rim, la palestinienne chrétienne de Nazareth, a uni le peuple palestinien au delà les divisions politiques et géographiques.

Quand elle chantait pour la terre natale, seule la Palestine comptait. Chrétiens et musulmans, Fatah et Hamas, Gaza et Ramallah, tous devenaient un.

Sa voix chaude qui sortait de l’âme, racontait le déchirement et célébrait la vie. Ses chansons « Fares Odeh » et « Sarah » étaient l’écho poétique des précieuses vies des jeunes Palestiniens, fauchées trop tôt par les soldats israéliens.

« Le papillon te portera jusqu’au dos d’un nuage
La gazelle courra avec toi jusqu’au creux du sycomore
L’odeur du pain t’emportera, martyr, vers le sein maternel
L’étoile lui dit, emmène-moi dans la cours de ma maison
Ramène-moi vers le lit de mon sommeil
La torpeur a gravi mes membres
Elle occupe, les jambes croisées, le creux de ma tête »

La musique unit les Palestiniens alors que les politiciens ont failli. Pendant des années les appels collectifs pour « l’unité palestinienne » sont restés lettre morte mais la musique palestinienne a continué à rapprocher les Palestiniens.

C’est la culture palestinienne profondément enracinée qui fait des Palestiniens ce qu’ils sont, un peuple avec une identité unique et claire, malgré 70 ans d’exil, de nettoyage ethnique, de sièges, de nombreuses frontières et d’exécutions arbitraires.

Et quand Rim chantait, sa voix traversait les murs prétendument imprenables de l’apartheid, les checkpoints, les couvre-feux militaires et les distances infranchissables.

C’est lors de la première Intifada (soulèvement populaire) de 1987 que Rim a pénétré les cœurs et les maisons de beaucoup de Palestiniens ; d’abord en Palestine et, finalement, dans le monde entier. Sa voix, douce et rassurante, a apporté l’espoir à ceux qui vivaient sous l’implacable offensive israélienne qui dure depuis 7 ans. Les manœuvres israéliennes ont alors voulu briser l’esprit de rébellion du peuple palestinien.

La musique de Rim a offert des interprétations nouvelles et modernes des chansons traditionnelles palestiniennes, mais sans effacer l’identité historique et culturelle de cette musique.

Sa musique appartient au genre musical palestinien, une forme d’art centrée sur la nation et la culture, visant à réintroduire – et parfois réinventer – le passé de façon à mieux s’en rapprocher.

Alors qu’Israël fait tout son possible pour nier et effacer la culture palestinienne, des icônes culturelles comme Rim Banna mais également Reem Kelani, Kamilya Jubran et Shadia Mansour, ainsi que d’autres, ont réaffirmé la culture palestinienne, et donc l’identité palestinienne, autour du globe.

Bien que cette forme de résistance soit rarement médiatisée, la résistance culturelle est dans le cœur de la lutte pour la liberté des Palestiniens.

Le penseur italien Antonio Gramsci, emprisonné à l’époque de l’Italie fasciste pendant une grande partie de sa vie, surtout pour ses idées sur la résistance culturelle, nous a mis en garde contre l’hégémonie culturelle qui est l’ennemi autant que la dictature pure et dure.

Les Palestiniens luttent contre l’hégémonie culturelle, non pas en tant qu’idée théorique, mais en tant que réalité quotidienne.

Israël a passé des décennies à lancer et perfectionner sa guerre culturelle contre les Palestiniens, visant à éradiquer leur culture tout en imposant ses propres alternatives culturelles.

Curieusement, la plus grande partie de ce qu’Israël qualifie de culture israélienne, est en fait, la culture même palestinienne et arabe, elle couvre des millénaires d’existence ; de la nourriture à la musique, à la mode et tout le reste, la marque « Israël » est essentiellement une marque palestinienne et arabe, volée et rebaptisée.

Cependant, contrairement aux guerres militaires et politiques, les guerres culturelles sont souvent invisibles et graduelles. Pendant que le gouvernement israélien remplace les noms de rues arabes par des noms hébreux et interdit la commémoration de la Nakba – la destruction de la patrie palestinienne en 1947-1948 – il vise également à briser complètement l’unité de la culture palestinienne.

Historiquement, les premiers sionistes ont répandu la fausse idée que la Palestine était une terre sans peuple et que les natifs de cette terre étaient des nomades, des passants, sans racines culturelles, sans identité et donc sans aspirations politiques collectives.

Une telle propagande était essentielle pour promouvoir l’idée d’un État juif en Palestine. Les prétendus « nomades » qui existaient en Palestine ont finalement évolué pour devenir le « problème des réfugiés. » A ce jour, les sionistes et leurs soutiens de droite continuent d’encourager l’idée cruelle que les Palestiniens sont un « peuple inventé ».

Ainsi, lorsque Rim Banna, Reem Kelani, Mohammed Assaf et beaucoup d’autres – rejoints par des poètes, des artistes et d’autres guerriers de la culture palestinienne – célèbrent les traditions, la musique et la culture de leur peuple, ils se battent en première ligne contre un violent discours sioniste, dont le but depuis un siècle est l’effacement total de la Palestine.

Dans sa musique, Rim se battait contre les tentatives israéliennes de dépossession culturelle du peuple palestinien, tout en humanisant les Fares, Sarah et tant d’autres.
C’est pourquoi beaucoup de palestiniens l’ont pleurée lorsqu’elle s’est éteinte ; c’est aussi pourquoi des millions ont pleuré des larmes de joie lorsque Mohammad Assaf – un réfugié de Gaza – a gagné la compétition « Arab idol » en 2013.

Ce n’est pas seulement parce que Mohammad a une belle voix et qu’il méritait de gagner, mais à cause de ce que cette voix tonitruante et affirmée, ses paroles et, bien sûr, le chanteur lui-même symbolisaient.

Assaf est un réfugié de Gaza. Sa famille a été chassée de la Palestine historique durant la violente campagne de nettoyage ethnique sioniste de 1947-1948. Il est né dans le « shattat » (diaspora) et il est ensuite retourné à Gaza, pour vivre sous le siège hermétique israélien. Il a brisé le siège pour participer à la compétition.

Quand Assaf a chanté, des millions l’ont regardé émerveillés car il a démoli avec talent tous les murs, il a effacé les checkpoints et il a réduit toutes les distances. Soudain, Gaza, Ramallah, Nazareth, Haïfa étaient de nouveau unies. Ceux de la diaspora étaient rentrés. La patrie est redevenue une.

Rim a aussi offert cette symbolique aux multiples couches, qui supplante la politique et la géographie dans un univers où la nation palestinienne est composée d’une culture partagée, de deuil, de résistance, de poésie et d’espoir.

Rim a disparu, mais la génération d’artistes qu’elle a patiemment nourrie continuera de chanter, de célébrer la culture et la civilisation qui ne peuvent être domptées par les armes ni emprisonnées par des murs.

Rim Banna était la voix de la Palestine qu’on ne taira jamais.

Ramzy Baroud

Traduction par Vagabond pour atténuer l’horreur de certains textes

Ramzi Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Ses articles sont repris dans de nombreuses langues. Il est consultant en communication, auteur de plusieurs livres et a fondé PalestineChronicle.com. Son dernier livre est Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire inédite de Gaza (Pluto Press, Londres). Son site web est : ramzybaroud.net

»» https://www.counterpunch.org/2018/04/04/rim-banna-and-the-cultural-war...
URL de cet article 33177
  
Communication aux lecteurs
JULIAN ASSANGE : Le documentaire "Hacking Justice" à Paris

Le 17 novembre à 20h
au cinéma Espace St Michel
7 Pl St Michel, Paris 75005

Les Amis du Monde Diplo & Les Mutins de Pangée organisent une projection du film "Hacking Justice Julian Assange" de Clara Lopez Rubio et Juan Pancorbo suivie d’un débat avec la réalisatrice.

Même Auteur
Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza.
Ramzy BAROUD
Comprenez, de l’intérieur de Gaza, comment le peuple palestinien a vécu la signature des Accords d’Oslo : les espoirs suscités et immédiatement déçus, la désillusion et la colère suscitée par l’occupation et la colonisation israéliennes qui continuent... La seconde Intifada, et la montée politique du Hamas... Né à Gaza en 1972, Ramzy BAROUD est un journaliste et écrivain américano-palestinien de renommée internationale. Rédacteur en chef de The Brunei Times (version papier et en ligne) et du site Internet (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Ceux qui croient connaître le monde à travers les médias connaissent en réalité un monde qui n’existe pas. D’où la difficulté de communiquer avec eux.

Viktor Dedaj

Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
122 
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
55 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.