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Le credo enfumeur d’un journaliste engagé et de ses comparses

Une nouvelle abjection de Jean-Hébert Armengaud, du Courrier international *

Le numéro du 1er décembre de Courrier international annonçait en « une » que Cuba était libérée et proposait un éditorial dont le titre affichait toute la neutralité, tout le désir d’objective information, toute la délicatesse qu’on peut attendre de celui qu’il faut bien présenter d’emblée comme un fieffé menteur. Je vais en faire la démonstration.

L’abjection éditoriale, signée du rédacteur en chef, Jean-Hébert Armengaud, est titrée : « Fidel Castro : la momie est morte ». Tout le reste est de ce niveau.

Cet homme participe activement au discrédit des médias et il œuvre inconsciemment à la future disparition d’un hebdomadaire en déclin (1) dont il est devenu le rédacteur en chef après avoir, naguère, semé ses mensonges dans Libération où il fut Chef adjoint du service étranger.

Ses mensonges ? Vous voulez parler, minimiserez-vous, d’articles dont l’orientation politique est différente de la vôtre. Que nenni ! Je parle de mensonges. Vous allez découvrir (ou vérifier) ce que toute lacune dans la déontologie, toute absence de sens moral, tout mépris envers le lecteur, toute l’arrogance de celui qui écrit sans risquer d’être contredit par son lectorat et ses confrères, peuvent donner dans nos médias.

Sans être contredit ? Pas tout à fait. Il y a Le Grand Soir, Acrimed (voir ICI l’irréfutable article d’Henri Maler) et quelques autres.

Le credo antisémite de Hugo Chavez

Le 9 janvier 2006, Jean-Hébert Armengaud publie dans Libération, sous le titre : « Le credo antisémite de Hugo Chavez » (2) un article où il affirme que le président du Venezuela :
- s’adressant à des SDF
- dans un centre de réinsertion à Miranda,
- dans l’Etat de Zulia
- a évoqué la minorité qui a tué le Christ pour s’emparer des richesses du monde.

Dans les colonnes du GS, Viktor Dedaj a persiflé en écrivant qu’Armengaud « s’est cru permis de colporter auprès de la gauche réactionnaire (connue aussi sous le nom de "lecteurs de Libé") l’idée que Chavez était un antisémite ».

Chacun comprend en effet que le journaliste de Libération met en avant le stéréotype qui supporte l’antisémitisme en France et en Europe. Parler de minorité qui tua le Christ et possède les richesses mondiales renvoie malheureusement une partie de nos concitoyens à la communauté juive (déicide) et c’est une croyance qu’Armengaud va réactiver. Insidieusement. Dangereusement.

Le journalisme de divination.

L’information donnée par Libération est largement inexacte, même dans des détails sans connotation idéologique, mais qui marquent une fainéantise intellectuelle appuyée sur la certitude que le lecteur gobera l’article sans en vérifier la véracité. En effet :
- Le seul « credo » de Chavez est catholique (on sait qu’il était croyant et pratiquant).
- Chavez ne visitait pas des SDF mais un « Noyau de Développement Endogène », modèle bolivarien d’économie alternative.
- Cela se passait près d’Acevedo dans l’Etat du Miranda (Miranda est un Etat, pas une ville).
- L’Etat de Miranda ne peut se trouver dans l’Etat de Zulia,
- Chavez a parlé des minorités
- Il n’a pas dénoncé une minorité juive (il ne prononce pas ce mot. Armengaud a des dons divinatoires quand il parle de credo antisémite).

Il a dit : « Le monde dispose d’assez de richesse pour tous, donc, mais dans les faits des minorités, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d’ici et le crucifièrent aussi à leur manière à Santa Marta en Colombie... » (= les impérialistes, romains, espagnols). Il ajoute alors : « Une minorité s’est appropriée les richesses du monde [...] » mais nullement, comme le dit Armengaud : « la minorité qui a tué le Christ pour s’emparer des richesses du monde ».

C’est beaucoup d’erreurs de détails pour enrober une troncature perverse. Ceux qui ont écouté Chavez ce soir-là ont bien compris ce qu’il disait (d’autant plus qu’ils avaient sa phrase en entier, ce qui précédait et ce qui suivait).

Armengaud va pousser l’impudence jusqu’à proposer à ses lecteurs de vérifier ses sources via un lien du site du gouvernement bolivarien. Il sait bien que peu le feront, que le site est en espagnol et qu’il faudra y lire 15 pages sur 26 pour y découvrir quoi ? La phrase qui prouve qu’Armengaud a menti.

Depuis Caracas, un journaliste français découvre la supercherie.

Un journaliste français, Romain Migus, ami et collaborateur du Grand Soir est en poste à Caracas. Quelques semaines plus tôt, le 9 novembre 2005 il a lu une déclaration de David Bachenheimer, secrétaire général de la communauté juive vénézuélienne, qui déclarait à l’un des principaux quotidiens d’opposition de Caracas, El Nacional, qu’il n’y pas d’antisémitisme au Venezuela. Il s’étonne donc que Chavez ait pu faire brusquement preuve d’antisémitisme. Il vérifie, il lit le vrai discours, il ameute la blogosphère. Le Grand Soir a consacré plusieurs articles à cette affaire.

Que fait alors le coupable pris la main dans le sac ? Il persiste. Que fait alors son supérieur Pierre Haski, directeur adjoint de la rédaction de Libération ? Il soutient son journaliste manipulateur. Il se plaint que «  Les accusations les plus violentes pleuvent depuis que Libération s’est fait l’écho, le 9 janvier, d’une déclaration du président vénézuélien Hugo Chavez, datant du 24 décembre, interprétée dans nos colonnes comme un dérapage antisémite... ».

Admirez les astuces puisqu’en vérité Libération ne s’est pas fait l’écho d’une déclaration, mais il l’a traficotée et son titre ne parlait pas de dérapage (d’un accident) mais il fabriquait un credo. C’est très différent.

La polémique se poursuivant, Pierre Haski clôt le débat ainsi : « Aurions-nous inventé des mots que Chavez n’aurait pas prononcés ? Il suffit de se référer au texte du discours en espagnol pour constater que pas un mot n’a été mis dans sa bouche qu’il n’aurait pas prononcés, en particulier la référence aux « descendants de ceux qui ont crucifié le Christ ». »

Bolivar ? A nouveau disparu. Vous prouvez la troncature à ces lascars et la réponse est que l’article de Libération n’a rien ajouté !

Mais le bobard est lancé et il va courir.

La Calomnie. « La calomnie, monsieur ! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse !... D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’oeil. Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ? » (Beaumarchais, Le Barbier de Séville).

Pierre Haski a crée par la suite le site Rue 89 (aujourd’hui propriété de l’Obs) avec Pascal Riché qui dirigeait les pages « débats » de Libération, un « young leader », membre de la Fondation Franco-américaine, la principale organisation états-unienne qui se consacre à « renforcer les liens » entre la France et les États-Unis (3).

Quant à son petit protégé menteur, Jean-Hébert Armengaud, il accueille dans son hebdomadaire des gens comme Philippe Thureau-Dangin, capable d’écrire : « Quant aux élites vénézuéliennes, elles n’ont guère pris au sérieux jusqu’à tout récemment ce militaire métis au verbe haut... » (Courrier International, N 891, 29 novembre 2007).

Chávez étant désigné comme « militaire métis », il eut fallu ajouter, pour bien nous informer, l’origine et les métiers des « élites » vénézuéliennes qui parlent bas. Mais la précision équilibrante paraît superfétatoire dans le média d’Armengaud.

De Libération à Courrier International en passant par Rue89, quelle constance dans la dégringolade !

Quelle tristesse pour ceux qui ont aimé un des fondateurs de Libération, Jean-Paul Sartre, qui a écrit : « La première chose sur laquelle on fait beaucoup d’erreurs, c’est qu’on croit que la liberté d’information, le droit à la liberté de la presse, c’est un droit du journaliste. Mais pas du tout, c’est un droit du lecteur du journal. C’est-à -dire que ce sont les gens, les gens dans la rue, les gens qui achètent le journal, qui ont le droit d’être informés. Ce sont les gens qui travaillent dans une entreprise, dans un chantier, dans un bureau qui ont le droit de savoir ce qu’il se passe et d’en tirer les conséquences ». (Conférence de presse de présentation du quotidien Libération, 4 janvier 1973, cité par François-Marie Samuelson, « Il était une fois Libé », Seuil, 1979.

On peut lire ce texte de Sartre à Caracas où il occupe tout un panneau mural, orné de la photo du philosophe, dans l’entrée de ViVeTV. Il me plait de le rapprocher de cette devise qui figure en bandeau sous le titre du Grand Soir  : « Informer n’est pas une liberté pour la presse mais un devoir ».

Vladimir MARCIAC

* Certains éléments de cet article sont repris d’articles publiés sur le sujet par Le Grand Soir .

PS. Courrier international est contrôlé par la holding LMPA (Le Monde partenaires et associés). Le Monde est la propriété des hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse.

Notes :

(1) L’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias donne les chiffres suivants pour les ventes de Courrier international : Diffusion France payée en 2016.
Janvier : 172 964, février : 168 464, mars : 162 857, avril : 162 252, mai : 160 323, juin : 158 233, juillet : 182 482, août : 155 370, septembre : 153 954. Chiffres non communiqués pour les autres mois, mais on notera la descente depuis le début de l’année.

(2) http://www.liberation.fr/planete/2006/01/09/le-credo-antisemite-de-hug...

(3) Hasard ou ligne éditoriale ? Le 30 mai 2012, au détour d’un article, Rue 89 épingle «  un des animateurs du site rouge-brun LeGrandSoir.info, Maxime Vivas. » Cette nouvelle diffamation n’est pas étayée, par une citation (même tronquée) d’un de ses nombreux livres ou articles. Nous sommes là dans le 100% de troncature ! Quelques semaines avant ce mensonge, le 25 janvier 2012, les deux transfuges de Libération et protecteurs d’Armengaud avaient invité Marine Le Pen à passer une heure dans les locaux de Rue89, pour dialoguer avec les « riverains ».

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