Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes

15 

Venezuela : comment les médias internationaux incitent à tuer

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, l’écrivain Primo Levi parlait de cette « zone grise » où la barbarie ne s’appuyait pas tant sur les plus visibles des chefs sanguinaires que sur le petit fonctionnaire qui se contentait d’ouvrir et fermer la porte d’un camp, de tourner la clef de contact d’un convoi (1).

Lorsqu’on fait le bilan de cent jours d’insurrection de la droite au Venezuela, on voit émerger comme pièce essentielle du dispositif la « zone grise » du pouvoir médiatique : combien de pigistes, de webmasters, de « spécialistes internationaux » qui ne voyagent plus depuis le rachat de leur journal par la Bourse et qui relaient l’AFP ou Reuters, combien de « fonctionnaires gris » de l’« actu » à demi inconscients de ce qui se passe ou simplement conformistes et désireux de faire carrière, auront-ils contribué à donner l’onction de manière permanente et automatique à des assassins ?

En cent jours de violences, huit personnes ont été lynchées et brûlées vives par les « manifestants pacifiques », certaines parce qu’elles tentaient de traverser de barricades montées pour empêcher la circulation, d’autres parce qu’elles ont été confondues avec des « infiltrés chavistes » (2). La plupart des assassins reste en liberté vu les défaillances ou la lenteur de la Justice vénézuélienne, voire à cause de la proximité de certains juges avec le projet politique que les États-Unis baptisent « gouvernement de transition ». Les auteurs ou organisateurs d’exactions deviennent, grâce aux médias, des dissidents politiques (3). Par contraste, en ce qui concerne la minorité de victimes blessées ou assassinées par des membres des forces de l’ordre ayant désobéi aux ordres de ne pas tirer – on observe l’arrestation et le jugement immédiat des responsables.

« Que se passerait-il », interroge le journaliste uruguayen Aram Aharonian, codirecteur de l’Observatorio en Comunicación y Democracia, « si des fondamentalistes religieux qui posent des bombes et mènent des actes terroristes en Europe, étaient présentés par les médias hégémoniques comme des patriotes sensibles et héroïques ? »

Il y a un effet de « commande médiatique » de la violence et du massacre subis par les vénézuéliens. La droite locale s’appuie sur l’uniformisation du champ médiatique et a bien compris la plus-value de chaque mort à venir : il sera automatiquement attribué par les grands médias au gouvernement à abattre.

Thierry DERONNE. Venezuela, 6 juillet 2017.

»» URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Me

Notes

1. http://www.universalis.fr/encyclopedie/primo-levi/4-la-zone-grise/

2. Voir notamment : « La rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne » (https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/la-rage-raciste-de-lex...). Et « Peut-on porter des habits rouges quand on est journaliste au Venezuela ? » (https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/06/26/peut-on-porter-des-hab...).

3. Une des plus respectables ONGs occidentales de droits de l’homme (Amnesty International) se trompe dans ce cas particulier. Contrairement aux gouvernements antérieurs avec leurs cortèges de disparus, de torturés, etc.., il n’y a pas aujourd’hui de « prisonniers politiques » au Venezuela. Le terrorisme, l’organisation de violences ou de massacres, les attentats à l’explosif, la corruption, etc… ne sont pas des délits d’opinion mais de faits de droit commun punissables dans n’importe quelle démocratie et par n’importe quel État de droit. La forte pression du stoyrytelling médiatique, l’image de marque à préserver pour les bailleurs de fond, la confiance accordée aux rapports d’ONGs des droits de l’homme proches de l’opposition – ou mises en place en Amérique Latine là où des gouvernements de gauche on été élus, mènent à ce genre d’erreur. Lire, de Rafael Correa : « L’opposition vénézuélienne est dix mille fois plus putschiste que la nôtre » et « La tactique de la droite nord-américaine en Equateur, au Venezuela et en Bolivie, est de financer des fondations pour déstabiliser les gouvernements progressistes ».


URL de cet article 32073
   
Même Thème
Les enfants cachés du général Pinochet - Précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation
Maurice LEMOINE
Le 15 septembre 1970, onze jours après l’élection de Salvador Allende, le président Richard Nixon, en 15 minutes lors d’une réunion avec Henry Kissinger, ordonne à la CIA de « faire crier » l’économie chilienne. Le 11 septembre 1973, Allende est renversé… En 1985, Ronald Reagan déclare que le Nicaragua sandiniste « est une menace pour les Etats-Unis » et, le 1er mai, annonce un embargo total, similaire à celui imposé à Cuba. Depuis le Honduras et le Costa Rica, la « contra », organisée et financée par la (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"Les Etat-Unis eux-mêmes, par leur tendance croissante à agir de manière unilatérale et sans respect pour les préoccupations d’autrui, sont devenus un état voyou."

Robert MacNamara
secrétaire à la défense étatsunien de 1961 à 1968
paru dans l’International Herald Tribune, 26 juin 2000.


Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
96 
Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
19 
CUBA : modèle de résistance ou résistance d’un modèle ? (conférence/débat audio)
Conférence de Viktor Dedaj, animateur du site "Le Grand Soir", sur le Libre Teamspeak le 4 Décembre 2011. Notre conférencier nous explique enfin la vérité sur Cuba, sur son régime, et démonte minutieusement toute la propagande des États-Unis contre Cuba. Une conférence aussi excellente qu’indispensable. L’exposé initial de Viktor Dedaj dure une quarantaine de minutes et est suivi de deux heures de questions/débat avec les auditeurs. - http://lelibrets.blogspot.com/ Le compte Youtube ayant (...)
22 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.