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Césarisme sarkozien : La bourgeoisie au coeur de la démocratie libérale

A suivre l’intuition critique de Luciano Canfora on dira avec tous ceux qui ne vont pas voter et tous ceux qui votent sans espoir de changement qu’il y a derrière le pouvoir politique un acteur social influent. En ce sens, la bourgeoisie est bien cette classe sociale, bien constituée en soi et pour soi, qui pousse vers une démocratie restreinte et nuisible aux intérêts du peuple-classe. Allant plus loin encore avec l’analyse du césarisme sarkozyste (1) une crainte germe : c’est un monde crypto-fasciste qui peut se former. L’hypothèse n’est pas à écarter.

En matière de processus démocratique on peut voir la tendance vers plus de démocratie (2) ou au contraire vers moins de démocratie. La democratie libérale est le nom communément donné à cette démocratie limitée.

I - La montée de la classe bénéficiaire du néolibéralisme.

Quel est cet acteur social dominant dans la société qui "travaille" à freiner le processus de démocratisation voir à l’inverser au profit d’une classe politique dirigeante qui se reproduit loin des exigences certes variées du peuple-classe ? Cet acteur social constitué en réseau serré et en classe sociale est la bourgeoisie (3). Les gouvernants et grands élus notamment ceux de droite agissent en forte collusion avec les membres de la bourgeoisie.

1) Redécouverte de la bourgeoisie.

Le néolibéralisme traduit l’évolution sur les trente dernières années qui a vu la financiarisation de l’économie productive au détriment de l’investissement et des salaires. Le partage profit - masse salariale se fait au détriment des salaires dans de très nombreux pays. La finance existait auparavant mais elle n’imposait pas ses diktats et sa ponction à l’économie réelle. Le néolibéralisme est aussi le nom du concurrentialisme et des privatisations en chaine ainsi que des dispositifs publics de marchandisation des secteurs non privatisés ou non privatisables. Les riches y sont devenus plus riches et la prolétarisation frappe les couches moyennes. Les services publics tendent à adopter une logique de rentabilité issue de la rationalité marchande et peinent à fonctionner pour l’intérêt général. Le code du travail fragilise le monde du travail privé. L’incitation à devenir auto-entrepreneur n’est nullement une sortie progressiste du salariat mais une autre façon de travailler plus pour gagner sa vie de façon aléatoire ;

Bourgeoisie ? De nos jours, depuis aout 2007, on redécouvre l’existence d’une classe dominante nommée bourgeoisie comme on a redécouvert l’existence du capitalisme derrière "l’économie de marché". Derrière l’abstraction de l’économie et des marchés agissent des individus situés dont certains sont dotés de pouvoirs importants et d’autres, en rapport frontal avec les premiers, sont plus assujettis à des règles de subordination et de contraintes que bénéficiaires de pouvoirs. Il en va de même sur les "marchés financiers" ou s’activent des acteurs importants membres du capital financier en lien étroit avec le capital productif.

Les propriétaires du capital - ceux de la propriété des grands moyens de production et de distribution - sont des membres de la bourgeoisie. Un riche débat a animé un séminaire de scientifiques de renom sur les frontières de la bourgeoisie. Pour les auteurs de "Bourgeoisie, état d’une classe dominante" (3), l’existence de la bourgeoisie ne fait pas problème. Il s’agit par contre de comprendre par exemple dans quelle mesure et à quel niveau de hauts cadres d’entreprise sont intégrés dans la bourgeoisie. Ce faisant les auteurs réactualisent la grande distinction de Marx entre capital-propriété et capital-fonction. Les hauts gestionnaires qui sont à la fois en position dominante et en position dominée sont classés dans la petite-bourgeoisie. Tout cela fait débat. Notons que ce qui peut être flou pour la frontière de la classe dominante l’est automatiquement pour la frontière de son alter égo le peuple-classe.

2) Les noms de la démocratie rabougrie.

La démocratie libérale n’est que la forme restreinte et très circonscrite de l’expression démocratique. La "démocratie libérale" fonctionne de façon épisodique et dans un champ réduit au rituel de l’élection des élus représentant le peuple-nation. C’est ainsi, de par ce rituel citoyen, que les décisions de la classe politique (membres du gouvernement et élus au parlement) acquièrent une légitimité démocratique forte qui permet de valider la constitution d’un césarisme démocratique. C’est ce procédé démocratique qui infirme l’expression "démocratie bourgeoise" qui lui met l’accent sur le fait la classe possédante est très largement bénéficiaire de l’action politique.

On évoque aussi parfois à la place de démocratie libérale l’expression de gouvernance et plus largement encore de "démocratie de marché" car il est entendu par ses promoteurs que la liberté de l’homo economicus y est respecté. Le principe de la société est la solvabilité pour acheter sur un marché et non la délibération puis la décision dans un cadre citoyen et démocratique. En ce sens, les acteurs politiques "libéraux" disent agir dans le respect du jeu du marché au sein de la société civile, ce qui est faux l’Etat intervenant régulièrement en matière de droit du travail, de droit des affaire pour modifier les règles du jeu dans le sens du néolibéralisme.

3) Quels sont les principaux vecteurs de la restriction démocratique ?

Jadis la classe dominante comptait sur la religion pour brider l’émancipation humaine notamment celle des femmes. De nos jours, avec le néolibéralisme, elle use de mécanismes plus sophistiqués pour obtenir le consentement à ses projets.

Pour écarter ce qui prend figure d’aporie en matière de caractérisation démocratique il faut ici pointer tout les appareils de formation d’une conscience subordonnée chez les citoyens d’en-bas. Cela va des appareils médiatiques aux structures du travail salarié -un travail contraint et subordonné qui canalise le gout de l’initiative dans un conformisme fondamental - en passant par les médias publicitaires qui "vident les cerveaux" pour l’acte de consommation. Il faut pointer l’importance des lobbies, sources de collusion entre les gouvernants et les dirigeants d’affaire. Un autre aspect a son importance : de nombreux mécanismes institutionnels permettent d’isoler les grands élus comme caste séparée au-dessus des citoyens électeurs . Pensons ici aux possibilités de cumul des mandats, aux montants élevés des revenus perçus, etc...

Passons maintenant plus franchement à la sphère politique française pour aller plus loin que les rapports entre l’oligarchie et la démocratie libérale. Au plan théorique nous pensons que le sarkozysme est un césarisme (cf . Bonaparte, Sarkozy, et la démocratie). La caporalisation des administrations en est une des marques de fabrique. Il reste factuellement à relater une situation particulière, celle de l’été 2010.

II - Déliquescence du césarisme sarkozien et République bananière.

En France aujourd’hui, avec Nicolas Sarkozy, la figure démocratique-libérale se nomme "césarisme démocratique", autant dire un mixte de démocratie restreinte tel que précédemment décrite, avec une montée d’autoritarisme à base de sécuritarisme (plus de répression policière et moins d’Etat social).

Est-ce une crise de régime qui s’annonce en ce mois de septembre 2010 ? C’est le mouvement social des semaines à venir qui le dira (ou non) puisqu’une telle crise se définit aussi par l’état de la réponse apportée à la déliquescence de la classe politique aux affaires.

Sur la situation politique de la rentrée 2010 il est utile de pointer dans un même ensemble les trois traits marquants de la période : 1 - La question du racisme et de la xénophobie d’Etat, 2 - L’affaire Woerth 3 - La réforme des retraites sous un angle particulier.

1) Le "vivre ensemble" est gravement menacé par les discours et les pratiques des dirigeants politiques de droite à deux titres au moins. * Le 14 juin un ministre toujours en fonction est condamné pour injure à caractère racial. Cela fait suite à une longue dérive de membres hauts placés dans l’appareil d’Etat qui ces dernières années se sont fait remarquer pour leur propos racistes. Les "beaufs de la République" existent. * Fin juillet, le président N Sarkozy se lance dans un discours stigmatisant contre une minorité ethnique faible en nombre mais la plus victime de racisme : les Rroms. Et non content de s’en tenir aux discours il engage les services de l’Etat dans la chasse aux Rroms pour les expulser vers la Roumanie. Tollé en Europe mais rien n’y fait. La xénophobie d’Etat s’installe ! Odeurs vichystes nauséabondes au sommet de l’Etat.

2) L’affaire Woerth mis sur la place publique par Médiapart. La encore derrière cette affaire de collusion avec des membres de la bourgeoisie et même de la haute bourgeoisie il y a une longue série d’affaires qui viennent porter atteinte à l’Etat de droit et à l’Etat social. Citons les emplois fictifs de la Ville de Paris, l’affaire des délits d’initié d’Airbus, celle du Crédit Lyonnais, celle de l’UIMM, celle des frégattes de Taiwan, celle de Karachi, de l’EPAD, de Natixis, le procès ELF, l’Angolagate, Pasqua, etc... Faire vivre l’Appel de Genève de 1996 n’est pas inutile mais se pose la question du contrôle citoyen en plus du contrôle judiciaire.

3) L’attaque sur les retraites défendu par la classe politique de droite vient compléter l’ensemble sur un autre aspect complémentaire . Au lieu de s’attaquer à une minorité ethnique, au lieu de favoriser les milieux d’affaire par des pratiques de type maffieuse le césar français prend une réforme qui attaque frontalement non seulement l’immense majorité des travailleurs salariés du privé et du public mais aussi les travailleurs indépendants. On peut dire que c’est tout le peuple-classe résident en France qui va verser une obole travailleuse à la classe dominante qui elle a traversé la crise sans souci. L’Etat qui n’a pas manqué de fond pour venir au secours du capital bancaire vient maintenant favoriser le capital financier et les fonds de pension.

Un autre monde est possible : le fascisme ! Ce n’est pas encore le cas mais on y penche. Il revient au mouvement social et à la gauche de changer la donne et d’inverser le cours des choses pour aller vers le socialisme (4). Mais pour unifier le peuple-classe encore faudrait-il une vrai gauche elle même unifiée (5).

Christian Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1235

A propos de quelques ouvrages produit cet été 2010 et en 2009.

Le néolibéralisme et l’Etat : Etat social démantelé. Etat politique recentré.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1236

1) Bonaparte, Sarkozy, et la démocratie).

2) Altermondialisme : De la démocratie libérale à l’alterdémocratie.

Etapes (*) de la démocratisation.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1048

3) La bourgeoisie, état d’une classe dominante. Ce petit livre collectif met en débat les analyses différentes de plusieurs marxistes Syllepses

4) Gauche Unitaire bretagne : Introduction sur le socialisme.
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1104

5) Pour une alternative socialiste - Gauche unitaire
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1195

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