Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes

C’est arrivé un 13 décembre

Illustration : peinture de Jean-Paul Laurens sur l’Inquisition (Bernard Délicieux, frère franciscain, affronta un tribunal d’inquisition car il eut dénoncé les abus de cette institution ; il mourut au cachot après avoir été torturé).

K. fut perquisitionné un matin, sans avoir rien fait de mal.

  • « Qui êtes-vous ? », demanda K. « Qu’est ce que vous voulez au juste ? », demanda-t-il encore. Son regard naviguait entre les différents hommes au brassard, qui s’étaient engouffrés par l’embrasure. Par la fenêtre, deux berlines sombres reflétaient les couleurs chatoyantes et chaudes des illuminations.
  • « Vous êtes perquisitionné sur ordre !
  • Ça m’en a tout l’air », dit K., avant que de s’aventurer à demander : « Et par qui ?
  • La procédure est engagée...
  • Vous êtes pas au courant ! C’est l’état d’urgence ! », lança un autre dans un éclat de rire.

K. voulut s’asseoir, mais déjà les chaises étaient sens dessus dessous.

  • « Il est préférable que vous nous remettiez votre matériel, cela éviterait le chaos ».

K. ne prêta guère d’attention à ce discours, le droit de disposer de ses affaires qui, pour l’heure, lui appartenaient encore, ne valait plus grand chose à ses yeux, il était bien plus important de tirer sa situation au clair.

Quelles sortes d’hommes étaient-ils donc ?

De quoi parlaient-ils ?

À quelle administration appartenaient-ils ?

K. vivait dans un État de droit où la sûreté était un droit naturel et imprescriptible. Ce pays n’était-il pas celui de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ? Dès lors, qui oserait lui tomber dessus à cette heure-ci, à son domicile ? Il était toujours enclin à prendre les choses à la légère, de croire au pire que quand le pire était arrivé. Si c’était une comédie, il allait y jouer son rôle.

Pour l’instant, il était toujours libre. Il ouvrit à la hâte les tiroirs du bureau, où tout était soigneusement rangé, mais il était trop irrité pour retrouver les papiers d’identité qu’il cherchait. Il finit par leur mettre la main dessus.

  • « Voici mes papiers d’identité ! Montrez-moi le mandat de perquisition », dit K.
  • « Juste ciel ! », dit un homme au brassard. « Nous savons qui vous êtes ! Nous sommes de la DGSI.
  • Vous n’avez pas d’autres chats à fouetter ? », lança K.
  • « Nous ne faisons pas de recherche au hasard. L’erreur, chez nous, n’existe pas ! », répondit le rieur.
  • « Je vous conseille de nous remettre tout votre matériel informatique », conseilla un autre.
  • « Que me reproche-t-on ? », s’enquit K.
  • « Vous êtes perquisitionné dans le cadre d’une procédure de... de compromission du secret de la défense. Oui,... C’est cela. C’est écrit, là ! Je vous rappelle que tout ce que vous pourriez dire pourra être retenu contre vous. Vous avez le droit de rester silencieux...
  • Et patati et patata ! », grommela K.

K. avait beau se dire que cela ne pouvait qu’être que cauchemar ou bien que mauvaise farce, les frissons le gagnèrent. Il vit partir les agents avec tout ce qui pouvait rappeler sa vie privée. Ceux-ci semblaient joyeux, sûrement emplis de fierté, satisfaits du devoir accompli, de la grandeur de leur tâche.

K. était maintenant seul, bien seul au milieu de la pièce sans vie.

Les illuminations festives brillaient encore : qu’elles semblaient si futiles, bien trompeuses, qu’elles ne lui inspiraient plus que dégoût, ne semblaient plus qu’obscénité.

Malgré les couleurs vives qui venaient du dehors, l’obscurité semblait s’abattre à l’intérieur de cette pièce, pourtant familière qu’il ne reconnaissait déjà plus. L’intrusion avait été si rapide.

Un monde s’effondrait. Son monde s’effondrait. Un monde fait d’illusions et de mensonges.

Une chape de plomb tomba.

Recroquevillé sur lui-même, tout n’apparaissait plus qu’être frappé du sceau du secret : secret de la défense, secret d’état, secret nucléaire, secret des affaires.

Le Secret comme unique horizon, comme unique gouvernance.

Liberté, Égalité, Fraternité. Tout n’était qu’illusion, que sublime comédie.

Intérêt Général, République, Démocratie. Des mots vidés de leur sens, de leur substance.

Comme une évidence, c’était la République du Secret, ô splendide oxymore !

La porte était encore une béance : une clameur festive et absurde parvenait jusqu’à lui.

Si le Peuple se donnait la peine de savoir, ce que...

Kafka et « Personne »

Notes :

- certaines phrases sont celles de F. kafka, elles sont tirées du début du « Procès »,

- étymologie de « perquisition » : « action de rechercher » ; sens de « inquisition » : « 1°Vx. Enquête, recherche », « 3° Enquête ou recherche rigoureuse et vexatoire » (Le Robert).

URL de cet article 31376
   
Laurent Mauduit. Les Imposteurs de l’économie.
Bernard GENSANE
Serge Halimi expliquait autrefois pourquoi il ne voulait jamais débattre avec un antagoniste ne partageant pas ses opinions en matière d’économie : dans la mesure où la doxa du capitalisme financier était aussi « évidente » que 2 et 2 font quatre ou que l’eau est mouillée, un débatteur voulant affirmer un point de vue contraire devait consacrer la moitié de ses explications à ramer contre le courant. Laurent Mauduit a vu le « quotidien de référence » Le Monde se colombaniser et s’alainminciser au (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« Citoyens,

Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un beau discours, à un effet oratoire ou à mot spirituel. Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. Citoyens, Nous sommes convaincus que si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèrent jamais comme vos maîtres.

Le Comité Central de la Garde Nationale »

Texte de l’affiche apposée avant l’élection de la Commune de Paris, 25 mars 1871.

Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
21 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
30 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
96 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.