RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Faut-il essuyer tous les crachats ?

"Dès qu’un crachat, réel ou fantasmé, retombe sur la tête d’un cracheur habituel, patenté, labellisé ; intouchable, hyper-médiatisé, tous les « ils » crient tous au scandaaale, au totalitarisme."

Faut-il essuyer tous les crachats ? Cela devrait être la norme, mais elle se révèle sélective.

Il y a crachat et crachat. Il ya même selon plusieurs témoins, des crachats virtuels.

On peut cracher dans l’air du temps, cracher sur les Gitans, les cocos, les mélenchonniens, les syndicalistes (de classe), les « satrapes », les « populistes », la gauche « radicale », les révolutions latino-américaines, les immigrés, les révolutionnaires, les fonctionnaires, les faignasses de chômeurs, les jeunes « beurs » des banlieues ; on peut ethniciser, « racialiser » leurs révoltes, répandre la haine. On peut, et même l’on doit, cracher son venin contre les tyrans à la Chavez, Maduro, Morales, Castro, cracher contre les « Noirs », les « musulmans », les « gauchistes », les nationalisations, les retraites, le code du travail... Crachez sur ces cibles, et visez bien !

Ces crachats-là, légitimes, mérités, fielleux, quotidiens, de mots dits -et qui tuent-, n’ont pas à être essuyés. Ces « blasphèmes anti Républicains » (Emmanuel Todd), contre les « Noirs et les Arabes » (2005), contre l’équipe nationale de foot qui serait « black-black-black », « ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe », et des flatulences au bar des fachos. Quel talent, quelle finesse de pensée, quelle hauteur de vue !... L’Académie, cela se mérite. « Et moi et moi et moi ». Ces crottes-là, jadis maoïstes, ne nécessitent pas aujourd’hui de motocrottes. Elles sont salutaires, saluées par la « classe politique » et ses médias de soi(e). En espagnol, les « medias » ce sont les « bas » ; ces chaussettes hautes blindent contre les crachats.

Dès qu’un crachat retombe sur la tête d’un cracheur habituel, patenté, labellisé ; intouchable, hyper-médiatisé, tous les « ils » crient tous au scandaaale, au totalitarisme. Ils croassent, ils vacarment, ils crapautent à tue-mots.

Quel émoi ! Quelle indignation ! Que de sermons, d’esclandres, d’apitoiements sincèèèères ! C’est pire que lors des bombardements de Gaza ! La condamnation coule à flots, de toutes parts. « Et moi et moi et moi ».

Enfant, fils d’immigré pauvre, je crachais - évidemment- souvent... mais par terre. « El padre » et les hussards de la République, m’engueulaient, me tapaient sur la bouche. « Cela est mal élevé », « impoli », « ne se fait pas ». C’est vrai. J’adoptai donc le mouchoir, les bonnes manières. Je finis même par comprendre que cracher en l’air (s’auto-cracher) peut vous salir la tête, vous souiller, que les mots peuvent criminaliser et tuer davantage que les crachats, que lorsque l’on sème la bave, la discrimination, une certaine forme de racisme, l’intolérance, la provocation, on récolte la pire des cracheries : le mépris, le rejet, la violence (« inexcusable »). Et la République, qui se doit d’assurer le pluralisme des idées, des médias, leur expression publique, leur confrontation (sans crachats), fait tout le contraire. Pensée unique et bâillon. Alors, alors, alors...

Jean ORTIZ, l’Humanité, 18 avril 2016.

»» http://www.humanite.fr/blogs/faut-il-essuyer-tous-les-crachats-604927
URL de cet article 30238
  

Même Auteur
Vive le Che !
Jean ORTIZ
Comment expliquer en 2017 le prestige têtu de Che Guevarra, la fascination qu’il exerce encore et toujours ? Le nouvel ouvrage de Jean Ortiz propose une analyse et un point de vue fournis et argumentés, à contre-courant des poncifs et des contre-vérités qui ne manqueront pas de ressurgir en ce cinquantième anniversaire de son assassinat. Il est évident que se joue sur cette figure du combat anticapitaliste comme dans son legs au mouvement pour l’émancipation humaine, une bataille toujours aussi (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! »

John Swinton, célèbre journaliste, le 25 septembre 1880, lors d’un banquet à New York quand on lui propose de porter un toast à la liberté de la presse

(Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.)

Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’Occident
Il y a des sujets qui sont aux journalistes ce que les récifs sont aux marins : à éviter. Une fois repérés et cartographiés, les routes de l’information les contourneront systématiquement et sans se poser de questions. Et si d’aventure un voyageur imprudent se décidait à entrer dans une de ces zones en ignorant les panneaux avec des têtes de mort, et en revenait indemne, on dira qu’il a simplement eu de la chance ou qu’il est fou - ou les deux à la fois. Pour ce voyageur-là, il n’y aura pas de défilé (...)
43 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.