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Frappes

Il faudrait que tous ceux qui s’expriment sur Internet (et ailleurs) arrêtent d’utiliser l’expression “ frappes chirurgicales ”. Il s’agit en effet du calque étasunien “ surgical strikes ”. C’est-à-dire des “ frappes ” tellement précises et ciblées qu’elles détruisent au millimètre près (en évitant, cela va sans dire, au maximum, les “ dommages collatéraux ”, autrement dit des civils innocents). Et, sous-entendu, qu’elles “ soignent ” (quoi ? Je vous le demande). Les expressions “ frappes chirurgicales ” et “ dommages collatéraux ” datent au moins de la guerre du Vietnam.

Elles ont succédé au “ tapis de bombes ” (le tristement célèbre “carpet bombing”). Mes parents me racontaient qu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, à Arras, comme dans le reste du nord de la France, les habitants étaient capables de reconnaître un bombardement yankee d’un bombardement britannique. Les cow-boys volaient à 6000 mètres et lâchaient la purée n’importe où. Les Brits volaient à 2000 mètres et ciblaient une gare, une usine, une caserne. Ce qui était plus efficace mais beaucoup plus dangereux pour eux.

Les frappes sont des bombardements et rien d’autres. Dans “ frappe ”, il y a grosse baffe, un peu ce qu’Obélix flanque aux Romains. Dans “ bombardement ”, il y a bombes, phosphore, fragmentation, j’en passe, n’étant pas spécialiste.

Bernard Gensane

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