RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Hier soir, Julian Assange m’a appelé. Voici de quoi nous avons parlé (Diem25)

Hier soir, immédiatement après notre premier événement télévisé DiEM25, mon téléphone a sonné. C’était Julian. De la prison. Ce n’était pas la première fois qu’il m’honorait profondément en utilisant les quelques appels que la prison lui permet de passer pour m’appeler. Comme à chaque fois, lorsque je suis surpris en reconnaissant sa voix, un torrent d’émotions me submerge. La culpabilité, principalement, à l’idée que, dès que la ligne sera coupée, il restera là - dans l’endroit extrêmement sombre où il a été confiné en raison d’une décision qu’il a prise il y a longtemps pour nous aider à comprendre ce que les pouvoirs en place ont fait en notre nom à notre insu et sans notre consentement.

Julian voulait parler des effets de Covid-19 sur le monde dans lequel nous vivons et, bien sûr, sur son cas. Il a fait remarquer que le manifeste électoral de Jeremy Corbyn, que l’establishment avait fustigé pour être trop radical, semble maintenant déraisonnablement modéré. Nous avons ri de l’audace de ceux qui disaient au peuple britannique qu’il était irresponsable de dépenser quelques dizaines de milliards pour fournir un financement adéquat au Système de santé britannique et à l’aide sociale pour tous, de considérer les connexions internet haut débit comme un service d’utilité publique, et re-nationaliser les chemins de afin qu’ils fonctionnent correctement - ces mêmes personnes qui, maintenant que les grandes entreprises et le capitalisme en général sont en grave difficulté, semblent avoir découvert une source inépuisable d’argent, annonçant que des milliards seront injectés dans l’économie. Julian ne savait pas (comment le pouvait-il, alors que les autorités carcérales lui refusent l’accès aux journaux, à Internet, et même à BBC Radio 4 ?) que Boris Johnson avait, plus tôt hier, annoncé la nationalisation temporaire des chemins de fer – après avoir constaté que le secteur privé n’arrive jamais fournir un service correct au milieu d’une urgence nationale.

Après quelques minutes pendant lesquelles nous nous sommes permis de nous prélasser dans le Waterloo des néolibéraux, aux prises avec un ARN que le système ne pouvait tout simplement pas gérer sans abandonner toutes ses certitudes, nous avons discuté de ce que cela signifie pour l’avenir. Julian a dit, à juste titre, que cette nouvelle phase de la crise nous fait comprendre, à tout le moins, que tout a changé, que tout est désormais possible. J’ai ajouté que tout est possible, le meilleur comme le pire. La question de savoir si l’épidémie contribue à l’avènement d’une société meilleure ou pire dépendra, bien sûr, de nous - de la capacité des progressistes à se rassembler. Car si nous n’y parvenons pas, comme en 2008, les banquiers, les escrocs, les oligarques et les néofascistes prouveront, une fois de plus, que ce sont eux qui savent comment ne pas laisser une bonne crise se perdre.

Réussirons-nous ? Julian avait un commentaire plein d’espoir à ce sujet : Les organisations transnationales comme Wikileaks et DiEM25 avaient au moins perfectionné les outils numériques pour les débats et les campagnes en ligne bien avant l’arrivée de Covid-19. Dans une certaine mesure, nous sommes mieux préparés que d’autres.

Ensuite, nous avons parlé de son cas. Ses conditions de détention se détériorent. Maintenant que les visites ont cessé, son isolement s’aggrave. Ses avocats sont sur le point de demander à la cour une libération sous caution. Si la santé d’un prisonnier de la prison de haute sécurité de Belmarsh est menacée par une infection à Covid-19, c’est celle de Julian. Le tribunal lui accordera-t-il une libération sous caution ? Peu probable. La nouvelle crise changera-t-elle les chances de son extradition ? Nous avons convenu que la réponse à la dernière question est : probablement, mais seulement un peu - maintenant que le complexe de sécurité nationale aux États-Unis et au Royaume-Uni a des choses à craindre qui n’existaient pas il y a quelques semaines.

Notre conversation a duré dix minutes et une seconde. Puis le directeur de la prison a coupé la ligne. Le seul homme qui connaisse mieux que nous tous les dangers et les souffrances de l’isolement en était sorti pour me donner, à nous, une leçon de dix minutes sur comment garder le cap pendant le confinement.

Ne vous y trompez pas, cher lecteur : Julian lutte pour garder ses facultés, pour ne pas perdre la tête. Pendant des heures chaque jour, en isolement, il lutte contre l’obscurité et le désespoir. Lorsqu’il semble lucide, voire drôle, au téléphone, c’est parce qu’il a travaillé pendant 20 heures en prévision du moment où il devra communiquer sa version de l’histoire, ses pensées, au monde extérieur. Personne ne devrait avoir à vivre de cette façon.

Et c’est ainsi que, maintenant que nous sommes tous dans un certain état d’isolement, la situation critique de Julian - ainsi que ses réflexions - doit nous faire réfléchir et nous amener à découvrir en nous-mêmes le pouvoir et la solidarité nécessaires pour que cette crise ne soit pas gaspillée - pour que les pouvoirs ineptes et corrompus ne finissent pas, une fois de plus, par en être les bénéficiaires.

Yanis Varoufakis

Traduction "Assange président !" par Viktor Dedaj pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://www.yanisvaroufakis.eu/2020/03/24/last-night-julian-assange-ca...
URL de cet article 35837
  

Même Thème
L’Affaire Assange, histoire d’une persécution politique
Nils MELZER
L’affaire Assange, c’est l’histoire d’un homme persécuté et maltraité pour avoir révélé les sordides secrets des puissants, notamment les crimes de guerre, la torture et la corruption. C’est l’histoire d’un arbitraire judiciaire délibéré dans des démocraties occidentales qui tiennent par ailleurs à se présenter comme exemplaires en matière de droits de l’homme. C’est l’histoire d’une collusion délibérée des services de renseignement dans le dos des parlements nationaux et du grand public. C’est (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

C’est un paradoxe que la nation qui a tant fait pour intégrer les droits de l’homme dans ses documents fondateurs se soit toujours opposé à la mise en place d’un cadre international pour protéger ces mêmes principes et valeurs.

Amnesty International - "United States of America - Rights for All" Oct. 1998

La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
18 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.