RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Il faut tenir la France à bonne distance de la guerre syrienne

Il n’y a pas le moindre signe de malaise à Washington ni dans aucune capitale occidentale sur le fait que, dimanche dernier, la France ait lancé ses premières frappes aériennes en Syrie. Ce fut un moment poignant. N’oubliez que la France a « créé » avec la Grande-Bretagne, la Syrie moderne.

Utiliser la violence contre sa progéniture n’est pas inhabituel pour la France – elle n’arrête pas de le faire en Afrique – néanmoins elle a manifesté, dans ce cas précis, une insensibilité particulièrement répugnante, compte tenu de la honte qui entoure encore le pacte Sykes-Picot. (Le centenaire de ce chapitre honteux de l’histoire coloniale de l’Europe tombe en mai prochain.)

Ce que la France vient de faire est répréhensible pour une autre raison. Elle est un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a le droit de veto, et elle a violé l’intégrité territoriale d’un pays membre de l’ONU sans même prendre la peine de le consulter. Les interventions françaises à l’étranger sont dénuées de principes et de moralité. La Libye est le dernier exemple d’un pays qu’elle a envahi et détruit, ainsi que son gouvernement établi, et elle s’est ensuite tout simplement lavée les mains du chaos qu’elle a laissé derrière elle.

Dans ce cas-ci aussi, la France sent qu’on s’approche de la recherche d’une solution politique au conflit syrien, et elle veut avoir son « mot à dire ». C’est dans l’ADN de la France, sauf que ce que nous voyons ici est une version légèrement plus crue du rôle sournois que la France a joué au cours des négociations sur l’accord nucléaire avec l’Iran, quand elle a pris l’argent de l’Arabie saoudite et s’est mise à créer autant d’obstacles que possible aux négociations du « P5 + 1 et l’Iran », mais lorsque l’accord est devenu un fait accompli, la France a tout simplement changé de camp et est allée en Iran pour faire du « business ».

L’explication française est que, en Syrie, elle « protège notre territoire [celui de la France], en coupant court aux actions terroristes, et qu’elle agit donc en légitime défense ». Voilà. Le président François Hollande dit que le nombre de frappes en Syrie « pourrait augmenter dans les prochaines semaines en cas de nécessité ». En somme, la France a fait pipi sur le lampadaire syrien et elle revendique maintenant la propriété de son territoire. A-t-on jamais vu rien de plus cynique ?

Les pays chrétiens comme la France ont une histoire sanglante de bigoterie et de violence qu’elles ne peuvent dissimuler malgré tous leurs efforts pour se faire passer pour des pays civilisés. Le bilan de France en Afrique est tout simplement abominable. Elle ne devrait pas être autorisée à s’approcher de la Syrie. elle planait comme un vautour dans le ciel syrien et elle a probablement pensé que le moment était venu de fondre sur elle.

Le président Barack Obama doit rencontrer aujourd’hui le président russe Vladimir Poutine, à New York, pour parler du renforcement militaire de Moscou en Syrie (avec le plein accord de Damas). Les médias étasuniens, qui sont sous la coupe du lobby juif lié à Israël, sont devenu fous furieux, à l’annonce que la Russie avait l’intention de soutenir le gouvernement syrien dans sa lutte contre l’État islamique. Par contre, ni Obama, ni aucun fonctionnaire de son administration, ni aucun commentateur juif américain n’a jugé utile d’exprimer la moindre critique sur l’attaque militaire unilatérale de la France en Syrie.

Au fond, en Syrie, la Russie exprime son objection aux interventions militaires unilatérales de l’Occident – et des États-Unis en particulier – dans des pays souverains, avec pour objectif de provoquer un « changement de régime ». A vrai dire, la Russie aurait dû fixer une ligne rouge, il y a 14 ans, lors du célèbre incident de la base aérienne de Bagram en Afghanistan, lorsque les Etats-Unis ont mis des « bottes sur le terrain » dans ce pays, sans même en informer le gouvernement de Kaboul. (De fait, le ministre afghan des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, a, protesté contre la décision unilatérale des États-Unis de mettre des troupes au sol – malheureusement, Washington avait aussi trompé l’Alliance du Nord en lui faisant croire qu’il n’y aurait pas d’occupation occidentale de l’Afghanistan.)

Moscou aurait dû insister pour garder ses avions sur le terrain à Bagram et pour avoir davantage son mot à dire dans la guerre contre les talibans. Il n’y a pas de doute que la guerre en Afghanistan aurait pris un cours tout à fait différent si les États-Unis n’avaient pas occupé le pays – et ils ne l’ont fait que lorsqu’il est devenu clair que les forces de l’Alliance du Nord qui se battaient sur le terrain avaient renversé le régime des talibans. L’invasion américaine a transformé ce qui était une guerre civile en un conflit régional et international complexe. L’occupation dure toujours et, d’après ce qu’on sait, Washington (et l’OTAN) pourraient décider d’occuper ouvertement et indéfiniment l’Afghanistan.

Il faut le dire, Poutine faillirait à son devoir en tant que leader d’envergure internationale, s’il ne signifiait pas à Obama, lors de sa rencontre avec lui tout à l’heure à New York, que les principes de base pour toute intervention dans un pays souverain – les principes de la Charte des Nations Unies – doivent être appliqués par tous de manière cohérente. Il devrait y avoir un strict respect du droit international et de la Charte des Nations Unies.

Ce sont les interventions occidentales qui sont à la racine de la crise au Moyen-Orient. L’Occident ne peut pas s’arroger le droit d’intervenir au Moyen-Orient musulman comme si les croisades n’étaient toujours pas finies.

Pour compléter cette lecture : Un président-poire s’en va-t-en-guerre, de Philippe Grasset.

Traduction : Dominique Muselet

»» http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2015/09/28/keep-france-at-arms-l...
URL de cet article 29398
  

Même Thème
Histoire de ta bêtise
François Bégaudeau
PREFACE D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"Je n’en dors pas la nuit de voir comment, au cours des 11 dernières années, nous, journalistes, activistes, intellectuels, n’avons pas été capables d’arrêter ce monde à l’envers dans lequel de courageux dénonciateurs et éditeurs vont en prison tandis que des criminels de guerre et des tortionnaires dorment paisiblement dans leur lit."

Stefania Maurizi
28 octobre 2021, au cours du procès d’appel en extradition de Julian Assange

Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
55 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.