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L’art de noyer son chien !

Que cache la soudaine levée de boucliers contre la Russie ? Il y a lieu en effet de s’interroger sur cette subite fièvre antirusse, que l’affaire de l’intoxication de l’ex-espion russe et de sa fille sur le territoire du Royaume-Uni ne saurait justifier à elle seule, aussi blessante que puisse être la mort d’un homme.

Il y a ici quelque chose d’excessif que l’affaire Skripal ne peut expliquer. Surtout lorsque le quartette (Royaume-Uni, Etats-Unis, France, Allemagne) qui se considère comme ladite « communauté internationale » sort l’artillerie lourde et met sur le tapis l’option du boycott de la Coupe du monde de football qui se tiendra l’été prochain en Russie. Certes, Mme Merkel dit que cette option ne figure pas dans « l’immédiat » au programme du sommet de l’UE de cette semaine, mais le fait de l’évoquer est déjà un avertissement. Or, aussi pénible qu’elle soit, cette affaire est-elle cependant suffisante pour recourir à de telles extrémités ? A l’évidence, à en croire les trépignements de Londres, Washington, Paris et Berlin, cela justifie le déclenchement d’une crise mondiale qui pourrait facilement évoluer en guerre mondiale. On vous le disait, cette affaire de Salisbury (lieu de résidence de l’ex-agent double) sortie subitement du néant n’est pas du tout catholique par les fondements sous-jacents qu’elle implique. Or, un pays comme la France – qui n’est une grande puissance que sur le papier, mais reste prêt à en découdre – gonfle ses muscles et tient à châtier l’Ours mal léché russe en le sanctionnant. Ce que le président français, Emmanuel Macron, martial, a annoncé vendredi, imité par la chancelière allemande prête – le cas échéant – à soutenir la Grande-Bretagne pour un éventuel boycott du Mondial russe de football. Et le flamboyant Trump n’est pas en reste qui, lui aussi, enfonce le clou, au moment où l’Otan se réunit en urgence pour étudier la « crise ». Ce qui est absurde est le fait que les quatre capitales ont publié vendredi un communiqué commun dans lequel elles assurent que « la responsabilité de Moscou était la seule explication plausible » à cette affaire. Un cynisme hallucinant, quand quatre grandes puissances estiment adéquate leur conviction de la culpabilité de la Russie, sans être en mesure d’en présenter les preuves. « Croyez-nous, puisque on vous le dit. » Ainsi, ces présumés « maîtres de la décision » – ils ont déjà pris des mesures de représailles contre Moscou – condamnent un pays, ses peuples (la Russie est une fédération) sur la seule présomption de sa culpabilité. Réveillez-vous, nous ne sommes plus à l’époque où un quarteron de pays puisse décider de la vie ou de la mort de peuples et de nations.

Ce n’est là que la redondance de l’arrogance crasse d’un impérialisme qui n’a pas su tirer des leçons de ses défaites, qui s’estime habilité à prendre toute action punitive qu’il juge nécessaire pour faire rentrer dans les rangs les trublions. Pour Londres, Washington, Paris et Berlin, il y a en Russie un trublion, le ci-devant Vladimir Poutine, auquel il faut absolument couper les ailes. Les médias mainstream de ces pays – qui évoquent de nouvelles confrontations Est-Ouest – trouvent anormal que Poutine soit adulé par les peuples de la Fédération de Russie, qui l’ont reconduit à la présidence de l’Etat. Une précision s’impose toutefois, il n’est plus question d’affrontement Est-Ouest, dès lors que l’ex-bloc communiste – à l’exception de la Russie et de la Serbie – est désormais reversé dans l’Otan, ou frappe à sa porte. Il s’agit surtout d’une confrontation Occident-Russie. Il faut cependant faire attention, car à force de tirer sur le fil, il finira par casser avec tous les drames que cela pourrait induire. L’élément déclencheur de la Première Guerre mondiale a été l’attentat de Sarajevo et l’assassinat en juin 1914 de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois. La Grande-Bretagne en avait allumé la mèche. C’est encore Londres qui, dans les années 1920-1930, dans l’objectif de domination financière du monde, favorisa la montée en puissance et au pouvoir de Hitler, avec comme aboutissement la Seconde Guerre mondiale. C’est dire que le bruit fait autour de l’empoisonnement de l’ex-agent double n’est guère innocent. Il induit des stratagèmes dont le projet de neutraliser la Russie – après les déclarations de Vladimir Poutine affirmant que la Fédération a fini par rééquilibrer les rapports de force avec la première puissance mondiale – pourrait déraper sur un conflit mondial. Ces agitations donnent aussi, à la Première ministre britannique, Theresa May, de faire oublier le Brexit et les difficultés de sortie de l’UE sans trop de dégâts et, ce n’est pas le moindre, rétablir une unité nationale en déliquescence. Reste une inconnue : pourquoi tous les malheurs dont souffre notre monde sont imputés à la Russie en général et au président Poutine en particulier ?

Karim MOHSEN

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