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L’Ecole de la désillusion

Le déclin du niveau des élèves est une affirmation qui n’est plus à contester. Il suffit de comparer leurs acquis linguistiques et culturels avec ceux de leurs prédécesseurs des années 60 - 70 pour mesurer l’ampleur de ce constat.

D’une explication relative à la fatalité ou au développement technologique ou économique du pays, à un scepticisme à propos des finalités politiques ou encore à une remise en question du système éducatif et de ses différentes pédagogies adoptées, chacun essaye tant bien que mal, et selon son idéologie et ses références à trouver des justifications qui soient logiques et convaincantes à cette baisse du niveau. Et si la cause était un creuset où se mêlent les éléments précités ? Et s’il existait un rapport subtile entre l’économique, le politique et le pédagogique ? Le phénomène devient alors plus délicat et plus compliqué à cerner. Mais ce qui est évident, c’est que cette baisse du niveau scolaire s’aggrave au fur et à mesure que le monde s’enfonce dans le terrain de la modernité et s’enlise dans les affres du système capitaliste qui attribue à l’établissement scolaire des rôles qui servent essentiellement ses intérêts.

La régression du savoir et du savoir–faire de nos élèves n’est pas un fait fortuit. C’est le résultat d’une longue gestation suite à l’interaction de plusieurs facteurs. Il y a une trentaine d’années, on se rappelle qu’on se moquait de la défaillance flagrante d’un grand nombre de jeunes de certain pays beaucoup plus avancés dans le capitalisme, et on s’étonnait de leur ignorance historique à propos de quelques notions trop évidentes. Aujourd’hui on constate avec amertume que cette ignorance existe dans notre société avec la même flagrance, la même amplitude, si ce n’est pire.

Nous étions une société de consommation. Nous le sommes davantage. On ne peut pas nier que nous sommes aussi soumis aux contraintes de l’Ordre nouveau. Notre société ne fera pas l’exception et suivra le cheminement esquissé par les théories politico-économiques. C’est une machine qui répond aisément à l’animation du mécanisme intérieur qui n’est autre que le système capitaliste. Autrefois, suivre ces mutations demandait un certain temps : quelques mois voire quelques années mais avec la mondialisation et le développement des moyens de communication, ce suivisme se fait dans l’immédiat. On se demande avec consternation comment on est arrivé à ce mode de vie et à cet acharnement sur la consommation.

Cette augmentation du volume de consommation se faisait en parallèle avec une régression ou une rétrogradation sur le plan éthique. Les valeurs ne se vendent pas. C’est pourquoi le capitalisme ne s’en occupe pas trop. A vrai dire, il ne le fait que lorsqu’elles servent ses intérêts. Si ce n’est pas le cas, elles seront ignorées jusqu’à ce qu’elles tombent dans les oubliettes. Il suffit de citer la modération qui le déplait parce qu’elle fera spéculer des consommateurs avides et déréglés, et l’équité puisque le problème de la disparité sociale le gêne aux entournures pour ne citer que ces deux exemples. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner de la chute de la valeur des valeurs dans la bourse du monde capitaliste.

C’est une grande erreur que de croire que le système éducatif d’un pays puisse en rester indemne, d’autant plus si ce pays adopte une politique libérale. Et c’est donc pour une école capitaliste totale qui forme des sujets consommateurs que l’économie politique mondiale lutte de bonne guerre. Les plus grandes firmes transnationales couvertes par les hautes organisations mondiales ont confié leurs cahiers de charges aux gouvernements et à leurs ministères d’enseignement ; et c’est sans surprise que toutes les réformes et les stratégies soient à ce service à travers des programmes mis en place par des légistes et des pseudo-spécialistes ayant pour consigne de veiller à servir ces finalités. Ces réformes font de l’institution scolaire un lieu où on inculque un savoir flou, provisoire et souvent inutile et à réaliser des compétences routinières adaptées aux contextes voulus de la société moderne de consommation où il ne faudrait pas se poser trop de questions. Dans ces établissements, on donne l’impression de former des citoyens indépendants dans un climat de démocratie et de respect de droits. Or derrière cet arsenal de législations, il y a un objectif non avoué de créer une atmosphère de légèreté où règne une devise connue qui se tait toujours : laisser faire-laisser passer. C’est là qu’il serait légitime de se demander si le rendement n’était pas meilleur avec l’autoritarisme du système d’autrefois et la tyrannie du seigneur de la classe des époques révolues. Retourner à ce genre de pratiques est une chimère, approuver son efficacité est une évidence.

Dans un système libéral, l’appareil éducatif prétend opérer pour former un sujet dit indépendant capable de se décider avec logique et rationalité. Ce n’est pas tout à fait la vérité. Il est vrai qu’au sein de l’école on insiste, suite à des orientations conçues pour parvenir aux finalités voulues, sur des activités susceptibles d’éveiller la personnalité de l’élève et plus tard on lui accorde plus de droits et plus de liberté individuelle. En fait, l’objectif non déclaré de ces mesures est de ‘’vider’’ les programmes du savoir réel et de concevoir un être adapté à la société moderne, capable de choisir délibérément. Mais choisir quoi ?

On suppose souvent dans les mass-médias et on laisse instiguer même dans les programmes scolaires qu’il existe une tutelle exercée par la tradition, la société ou la conscience de laquelle il faudrait s’émanciper, et c’est là que cette panoplie de lois que nous venons de citer vient pour soulager le futur citoyen-consommateur. Je dis consommateur parce qu’en réalité, cette tutelle n’est que celle de la raison, de la mesure, de la modération, en fait de tous ce qui peut entraver la formation d’un consommateur assoiffé. Voilà pourquoi on insiste tant sur cette éducation légère dite citoyenne tellement imbibée de droits qu’elle aboutit à des élèves insolents qui marginalisent de plus en plus les valeurs qu’elle trouve inutiles. « Il est clair, en effet, que la transmission coûteuse de savoirs réels – et, a fortiori, critiques –, tout comme l’apprentissage des comportements civiques élémentaires ou même, tout simplement, l’encouragement à la droiture et à l’honnêteté, n’offrent ici aucun intérêt pour le système [1] » Voilà pourquoi le savoir réel et les valeurs sont de plus en plus négligés.

Il va sans dire que ce que nous venons d’exposer n’est qu’un aspect entre autres qui font de l’école actuelle un établissement au service de la société moderne de consommation. Certes, on ne peut pas ignorer d’autres facteurs qui confluent vers la baisse du niveau scolaire telles les conditions sociales qui déterminent le rapport de l’élève avec les situations de l’enseignement-apprentissage, l’instabilité familiale, la volonté d’exhiber le respect des droits, le déferlement de l’informatique, l’impact de plus en plus attrayant des loisirs et en particulier le football comme produit d’abrutissement par excellence …etc. On pourrait multiplier les causes et les effets qui conflueront tous vers un enseignement de souplesse, de légèreté et de médiocrité. L’impact de l’école a considérablement baissé. Son rôle désormais n’est plus d’éclairer et d’instruire, mais de soumettre et d’adapter à l’ordre établi. Ce rôle fait de l’établissement scolaire un espace au fonctionnement hiérarchique de reproduction qui essaie de cacher les injustices du système dominant. Les finalités non avouées du système libéral-capitaliste de former des citoyens consommateurs relèvent d’une vision diminuée de toutes valeurs de justesse et s’éloignent de l’essence de l’enseignement et de l’éducation. Il faudrait repenser à une école où s’apprend plutôt le vivre ensemble, les valeurs de la solidarité et de justice sociale loin de dispositions qui préparent à l’exploitation du capitalisme.

Adil GOUMMA

[1Michéa Jean-Claude. L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes. Ed. Flammarion, 1999. p. 24.


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