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La marche du retour à Gaza : le génie populaire palestinien fausse les calculs des Israéliens

«  La vérité est la première victime de la guerre » selon Eschyle. L’assertion est vraie dans une guerre classique, mais en situation de résistance populaire à l’oppression coloniale, le mensonge est la première victime. A l’occasion de la grande marche du retour, la propagande mensongère israélienne a volé en éclats. Les médias occidentaux, pourtant sionistes, ont fait le constat unanime qu’Israël a au moins perdu une bataille en réprimant brutalement les Palestiniens : celle de l’image et de la communication. Le droit du retour n’est plus une simple phrase d’une résolution du droit international et connue du seul cercle restreint des militants. Le peuple palestinien a su gagner les cœurs et les esprits, à défaut pour l’instant d’enterrer définitivement le colonialisme israélien. Sa cause a fait son retour sur le devant de la scène alors que presque tous ses soutiens, y compris les plus éclairés et les plus déterminés, étaient gagnés par le désespoir tant la question syrienne a été prégnante et a mis au second plan le devenir du peuple palestinien. Mais c’était sans compter sur le génie populaire palestinien.

Le dépérissement colonial israélien

Toutes les tentatives pour liquider la cause du peuple palestinien ont échoué. La répression coloniale israélienne est une constante depuis 1948, mais elle n’a pas pu briser le processus de décolonisation inscrit structurellement et dès le premier jour de la fondation de l’Etat israélien. Les moyens gigantesques en termes militaires et politiques mis en œuvre n’ont pas ébranlé la foi des Palestiniens. Tel le roseau, le peuple palestinien peut plier mais ne rompt jamais. Pour cette raison, les sionistes ont utilisé une stratégie, pratiquée largement dans la colonisation occidentale de l’Afrique et de l’Asie, qui consiste à opposer les colonisés aux colonisés. Les accords d’Oslo n’avaient pas d’autres vertus que de faire émerger une couche sociale bourgeoise palestinienne prompte à jouer le jeu du contrôle de son propre peuple au profit du colonisateur et à son propre profit, en s’emparant comme un chien affamé des miettes jetées sous la table par le maître israélien. Ce chien affamé a pris le nom d’Autorité palestinienne et n’a d’autre autorité que celle de réprimer les Palestiniens dans le cadre de la coordination sécuritaire avec les israéliens.

Combinant la stratégie du « diviser pour mieux régner » à celle de la guerre classique contre la résistance au Liban et à Gaza, l’occupant semble, pourtant, incapable d’endiguer son propre dépérissement. Les Israéliens ont perdu la bataille sur tous les fronts. Car contrairement aux apparences, Israël est plus faible que jamais. La particularité des mécanismes propres à la société coloniale juive, divisions ethniques et instabilité politique chronique, est une faiblesse que les leaders sionistes tentent de conjurer, notamment par une mobilisation guerrière permanente contre les Palestiniens, en particulier, et le monde arabo-musulman, en général. Mobiliser pour mieux ressouder les rangs d’une société en décomposition. Mais chaque guerre ou répression à grande échelle se solde par un échec politique au regard des ressources immenses engagées dans la bataille. Il ne suffit pas de frapper fort, il faut frapper juste et au bon moment. Les multiples initiatives de Trump en faveur d’Israël (déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem, retrait de l’accord nucléaire signé avec l’Iran) témoignent de la crise de légitimité de la politique israélo-américaine dans le monde. Israël est en grande difficulté comme le sont les Etats-Unis au Moyen-Orient et dans le monde. La guerre perdue en Syrie est une fragilisation supplémentaire de ces deux Etats.

Israël joue sa survie et résiste à son dépérissement inéluctable. Pour cette raison, chaque initiative est soigneusement pesée et doit avoir des retombées politiques positives. Or, systématiquement le génie populaire palestinien fausse les calculs du colonisateur. L’intifada des couteaux lancée en 2015 a créé un désarroi profond chez les dirigeants sionistes. Alors que l’Etat israélien ne parvient pas à éradiquer la résistance à ses portes, les Palestiniens frappent au sein des territoires conquis en 1948, défiant ainsi la machine sécuritaire israélienne et installant la peur et le doute au cœur de la colonisation. Ayant horreur du vide politique, la résistance populaire palestinienne a ainsi relancé le processus de dépérissement de l’Etat israélien dans un contexte où la situation semblait figée et que les organisations palestiniennes donnaient l’impression d’avoir épuisé toutes leurs ressources politiques face à l’ennemi. Ce coup de génie populaire n’allait pas rester le seul.

Les déshérités à l’avant-garde

La marche du retour à Gaza est pacifique sur la forme, mais radicale sur le fond. Elle a réussi à populariser la question centrale du droit au retour des Palestiniens. Les mots « droit du retour » provoquent une crise d’hystérie chez l’ennemi israélien. Et pour cause : ce droit, reconnu par les instances internationales, est synonyme de l’abolition du colonialisme en Palestine. La panique s’est emparée des représentants sionistes qui ont perdu leur sang-froid, à l’image de l’ambassadrice israélienne en Belgique qui a déclaré : « Je regrette beaucoup, pour chaque humain décédé, même si ce sont des terroristes. Cinquante-cinq terroristes qui viennent près de la barrière pour essayer de passer sur le territoire israélien. » Ces propos pourtant ne reflètent rien d’autre que la mentalité coloniale israélienne. Le peuple palestinien en soi terrorise les sionistes parce qu’après 70 ans il ne s’est toujours pas avoué vaincu. Son seul fait d’exister est une menace existentielle perpétuelle pour le sionisme. Une manifestation populaire et le sacrifice de 110 Palestiniens ont fait perdre à Israël la guerre de la propagande et a mis le monde entier face à ses contradictions et à son hypocrisie.

Elle a fait prendre conscience que les déshérités sont l’avant-garde du combat et que, dans leur dos, la bourgeoisie palestinienne œuvre à les trahir. Celle-ci, lorsqu’elle ne collabore pas, reste frileuse et s’agrippe à l’illusion d’Oslo. Bien pire, cette bourgeoisie fait de « l’extrémisme religieux » en Palestine un sujet d’obsession qui traduit en réalité sa frayeur devant la radicalité populaire. Elle préférerait le statut quo de l’occupant israélien à la révolution populaire palestinienne. Ses coups de colère médiatiques pour dénoncer le bain de sang à Gaza ne peuvent dissimuler sa capitulation. De fait, la résistance à l’Etat colonial israélien est doublée d’une lutte des classes silencieuse.

La marche du retour a aussi son effet décapant dans les rangs des propalestiniens en Europe : le combat se mène sur les fondamentaux du mouvement national palestinien. Le droit au retour ne laisse pas de place au bavardage sur la paix et à la chimère des deux Etats. Il est l’abolition pratique du colonialisme en Palestine. En ce sens, les propalestiniens doivent s’aligner sur les revendications de la résistance populaire synthétisées dans le slogan de la libération de toute la Palestine. -De manière récurrente, les déshérités palestiniens se font un devoir de se rappeler aux puissants et à leur mépris car l’histoire ne s’écrira pas sans eux. Déjouer la trahison, résister à la cruauté de l’ennemi soutenu par les grandes puissances, faire face à l’infâmie et au mensonge, le combat des classes opprimées palestiniennes est titanesque. L’enjeu pour elles est de trouver le mode d’organisation le plus efficace, fortifier l’unité nationale et profiter de l’approfondissement des contradictions du camp ennemi pour porter le coup fatal. Elles n’ont rien à perdre sinon les chaînes coloniales.

Les classes dirigeantes arabes sans dignité ni honneur et l’Occident cupide devraient se « prosterner dans la poussière », selon l’expression du philosophe Nietzsche, par devant ceux qui sont porteurs d’une civilisation débarrassée de la tyrannie coloniale. Et par devant donc le génie populaire palestinien.

Tayeb El Mestari

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