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33 000 milliards de dollars laissée par Hydro-Québec au secteur privé

Le capitalisme sauvage contre l’île d’Anticosti

Le Québec est le troisième réservoir d’eau douce au monde. Son fleuve, le Saint-Laurent, un des plus grands, des plus importants, charrie l’eau polluée par les Canadiens et les Américains de ces Grands lacs qui ont fait parti jusqu’à la fin du XVIIIe siècle de la Nouvelle-France, puis du Québec. Le long de son parcours, cette eau douce se nettoie un peu, puis recevant l’apport des affluents non pollués du Québec elle se fond avec l’eau salée de l’Atlantique en sa partie la moins viciée. À partir du fjord du Saguenay, ses eaux atteignent une qualité telle que les espèces menacées comme les baleines peuvent encore y vivre, s’y développer.

La plus grande île au Québec, située dans le golfe Saint-Laurent, qui fait 16 fois la grandeur de l’île de Montréal et constitue une attraction pour tous les amants de la nature, l’île d’Anticosti, est l’objet des manœuvres du capitalisme sauvage qui projette de la détruire avec tout le biotope environnant pour empocher des centaines de milliards de dollars. Déjà, le petit maire de ses 250 résidents après les laquais de la haute finance que sont les politiciens de Québec est prêt à abandonner l’île à la bourgeoisie capitaliste. Faut-il s’en étonner ? Faut-il s’étonner que rien n’ait changé depuis la prise du pouvoir par le PQ néolibéral ? Faut-il s’étonner que la direction de notre plus grande société d’État, Hydro-Québec, nommée par les gouvernements vénaux ait agi dans l’intérêt de l’engeance capitaliste ? Faut-il s’étonner que ces gens nous aient fait le sempiternel coup du « vous ne pouvez plus rien faire, tout est signé, réglé » (le fait accompli) ?

À l’heure de l’économie des riches d’abord, il ne faut s’étonner de rien. Wall Street, Desmarais, Péladeau (qui a eu droit à son amphithéâtre, sans compter ce qui l’attend encore et que nous ne savons pas…) et consorts ont droit à tout. Leur seul souci est d’avoir la plus grosse part du gâteau. Le système capitaliste a été conçu pour eux. La majorité elle, est là pour faire augmenter leurs profits en vendant à rabais sa force de travail et en leur remettant ce qu’elle a gagné en consommant. Le territoire québécois avec ses richesses naturelles, sa faune, sa flore, son environnement, son biotope est l’objet des assauts de la bourgeoisie capitaliste pour qui tout ce qui compte est de grossir son capital. Il n’est plus nécessaire en 2013, d’envahir un pays pour le déposséder. Il suffit de se regrouper dans l’anonymat des sociétés d’actions, des multinationales ou autres structures capitalistes pour avoir tous les droits.

Tout a commencé en 2007 avec l’annonce du désengagement de notre société d’État, Hydro-Québec, dans le domaine pétrolier. Le gouvernement néolibéral de Jean Charest avait décidé de mettre fin aux activités de la division pétrole et gaz d’Hydro-Québec, laissant ainsi le secteur privé occuper le champ libre. Le discours officiel était que plutôt que de dépenser l’argent des contribuables dans des activités d’exploration à haut risque, le gouvernement préférait s’assurer d’avoir « la meilleure entente » possible avec le secteur privé qui… généreux de nature, allait assumer seul de grands risques. Hydro-Québec, par l’entremise de sa division Pétrole et Gaz, avait pourtant procédé à des travaux d’exploration dans l’île d’Anticosti entre 2002 et 2007. Ces travaux avaient coûté tout près de 10 millions $. En 2002, le gouvernement péquiste de Bernard Landry avait prévu un programme d’exploration des réserves de l’île. Il pouvait compter sur un budget de 330 millions de dollars. Mais l’élection d’un nouveau premier ministre, l’année suivante, freina cette exploration. Avec moins de 10 millions d’investis en recherche sur les 330 prévus, le gouvernement de Jean Charest se prétendant bien informé annonçait qu’il n’y avait absolument rien dans le sous-sol de l’île. En 2008, Hydro-Québec vendait ses 35 permis de forage dans l’île, et ce fut la société Pétrolia qui fit l’acquisition de 6 100 km au terme d’un contrat avec des clauses secrètes la favorisant. Petrolia venait de mettre la main sur les énormes réserves du pétrole de schistes de l’île d’Anticosti pour une bouchée de pain. Pendant qu’Hydro-Québec cherchait du pétrole conventionnel, la compagnie sans scrupules avait cherché du « non conventionnel », celui qu’on ne peut extraire qu’au prix du saccage de l’environnement. Bien sûr, cette entreprise capitaliste affirme que la technologie a évolué et qu’elle sait maintenant extraire « mieux » ce « non conventionnel ». Si on examine ce qui se passe présentement en Alberta, ce n’est rien de rassurant…

Le discours officiel laisse entendre qu’ayant peu d’informations en main, Hydro-Québec n’aurait pas eu d’autre choix que de vendre… à l’aveuglette. Selon des études, l’île d’Anticosti renfermerait d’énormes quantités d’hydrocarbures pour un potentiel de 30 à 70 milliards de barils de pétrole. On parle d’une valeur de 3 000 milliards de dollars laissée par Hydro-Québec au secteur privé. Le pire est que tout s’est fait dans le plus grand secret, comme si tout ce qui s’est passé relevait du domaine privé. Hydro-Québec a toujours refusé de dévoiler la « redevance prioritaire » qu’elle pourrait toucher sur une éventuelle production pétrolière à Anticosti. Les gouvernements néolibéraux du Parti libéral et du Parti québécois ont toujours refusé de dévoiler les termes de cette main-mise du capital sur l’île d’Anticosti, comme si les payeurs de taxes n’étaient pas concernés par ce magouillage. Dans sa logique du profit de la compagnie avant tout, le « grand patron » de Pétrolia s’était montré outrecuidant a l’égard d’Hydro-Québec : « Si jamais j’ai négocié trop fort à Hydro-Québec, que je leur ai arraché ce qui leur appartenait, j’en suis bien content. C’est bon pour les actionnaires de Pétrolia. Qu’Hydro-Québec s’arrange avec ses problèmes ».

C’est entre les mains de cette race de monde à qui les politiciens sont soumis que le destin de cette région du Québec repose. Le capital va recourir aux procédés de fracturation hydraulique pour extraire le pétrole de l’île. Les forages exploratoires réalisés par les entreprises privées se feront de manière à favoriser les intérêts des compagnies au mépris de l’environnement, au mépris de la majorité. Seuls des forages réalisés à des fins scientifiques auraient dû être autorisés, mais les néolibéraux au service de la bourgeoisie capitaliste lui laissent toute latitude. Pétrolia se prépare à forer de 12 000 à 15 000 puits pour mieux exploiter le potentiel pétrolier commercial d’Anticosti. En regroupant les puits à raison de six par plate-forme de forage, il faudrait 2000 plate-formes. Le rayon d’action de chaque forage est en moyenne de 1000 mètres. Il faudra donc implanter une plate-forme tous les deux kilomètres sur toute la surface de l’île pour exploiter au maximum le gisement, d’après les chiffres avancés par les promoteurs. Cette agression des capitalistes sauvages aura pour effet de transformer ce joyau de la biosphère qu’est l’île d’Anticosti en paysage désertique parsemé de cratères. Le potentiel d’accidents avec la fracturation hydraulique se situe à un niveau critique tant pour la nappe phréatique de l’île que pour les fonds sous-marins environnants, et cela, sans parler de la perturbation de la faune.

Toute cette magouille capitaliste qui portera peut-être bientôt le nom d’Affaire Pétrolia, sent bien mauvais. L’ex-ministre péquiste Richard Le Hir dans une série d’articles sur le sujet, nous amène à nous interroger sur la légitimité de cette transaction en démontrant qu’elle est entachée de nombreuses irrégularités, mais aussi par la présence de personnages et entreprises louches autour de cette cession par Hydro-Québec de ses droits sur le pétrole. L’effet premier de cette dénonciation est de souiller le Parti libéral de Jean Charest et de permettre à l’autre parti néolibéral majeur, le Parti québécois de se maintenir à la tête de l’oligarchie de Québec. Monsieur Le Hir par son geste rend service au Québec, mais le fait est que le PQ est au service du capital. Il en faudrait vraiment beaucoup pour qu’il contrecarre les projets de ses maîtres. Il est probable que tout ce qu’il fera dans les prochaines années sera de faire semblant et de laisser l’initiative au… privé.

Il est logique de croire que s’il y a eu des enveloppes brunes, de la collusion dans le domaine de la construction. Les 3 000 milliards de dollars à l’horizon pour l’île d’Anticosti ont dû générer non pas des enveloppes brunes, mais des liasses d’enveloppes brunes. Pour faire toute la lumière sur ce qui s’est passé à l’île d’Anticosti, il faudra qu’une éventuelle commission d’enquête sur la collusion couvre également le ministère des Ressources naturelles. Il faut se rappeler qu’avant de céder au secteur privé l’ensemble des permis d’exploration gazière et pétrolière qu’elle possédait, Hydro-Québec prévoyait investir plus de 330 millions de dollars entre 2002 et 2010 afin d’évaluer le potentiel en énergies fossiles du sous-sol québécois. Les libéraux de Jean Charest ont mis fin à cela abruptement et sans raison valable. À qui profite le crime ? Qui était susceptible de se faire soudoyer pour permettre au capital d’arriver à ses fins ? Le fait que plusieurs anciens employés d’Hydro-Québec et de la SOQUIP (société québécoise d’initiative pétrolière) travaillent maintenant pour les entreprises privées qui contrôlent les permis d’exploration pétrolière sur Anticosti et en Gaspésie, laisse songeur. Le potentiel d’Anticosti était connu du ministère de l’Énergie dès 2002 ! C’est sur cette base que le gouvernement Landry avait autorisé Hydro-Québec à entreprendre le vaste programme d’exploration de 330 millions sur dix ans dès 2002.

Il faut s’attendre, en supposant qu’elle bouge, que l’oligarchie néolibérale d’Hippolyne Marois, s’en tienne à sanctionner sévèrement les individus qui ont accepté des pots de vin, mais donne des sentences bonbon à ses maîtres de la haute finance à l’origine de toute cette affaire.

En attendant, bien de l’eau va couler dans le fleuve, de plus en plus pollué, toxique, pendant que les capitalistes sauvages engrangeront leurs milliards… à moins qu’un parti socialiste au service de la majorité, qui accordera autant d’importance à ses biologistes, à ses scientifiques, qu’à ses économistes prenne le pouvoir rapidement, chasse la racaille capitaliste, étatise nos richesses naturelles et interdise le traitement du pétrole au Québec.

Michel Rolland

»» http://www.lavenirduquebec.org/

Sources :

De Félix Leclerc, interprété par Yves Souin : Race de Monde (bien écouter les paroles)

Reportage sur Anticosti à visionner : http://www.youtube.com/watch?v=kHz-4MoGsUU

http://www.vigile.net/ANTICOSTI-LES-TRACES-DE-POWER-CORP

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/environnement/2011/02/15/001-ile-...

http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201106/...

http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/09/12/petrole-anticosti-reportage...

http://www.vigile.net/L-ETRANGE-NOUVEAU-PARTENAIRE-DE


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