RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
18 

Le journaliste sans carte a dit la vérité. Il doit être exécuté.

A défaut de se poser des questions sur leurs qualités professionnelles, sur leur traitement honnête de l'information, éventuellement sur leur talent, les caporaux chefs du journalisme, pour affirmer leur pouvoir, ne s'abritent plus que derrière leur mince "Carte de presse". Biseauté le rempart de papier.

Les journalistes constituent une tribu morte et un autre Lévi-Strauss n’a pas eu le temps de les étudier. Triste topique (1) : les derniers qui gigotent encore dans les sables mouvants crient en sombrant : « Journaliste ! Journaliste ! ». Pour nous convaincre de leur jeter une laisse afin de les sauver. Ne sont-ils pas la démocratie ? Leur carte tricolore n’est-elle pas notre territoire ? Ne faut-il pas qu’ils continuent de nous éclairer le bon chemin ?

L’ultime indice du létal qui gagne la réaction des professionnels de la profession après que de jeunes photographes, experts en misère sociale et en Gilets Jaunes, ont été privés de liberté par la police et sa justice. Ils s’imaginent contrôleurs du poids et de la mesure, garant du juste, employés au tri sélectif du vrai et du faux. Mais qui les a fait rois ? Sinon un équivalent Macron ou Drahi ? Ces oblitérés, ces « diplômés en journalisme », n’ont aucune légitimité. Sauf celle, aussi, venue de l’argent de parents assez fortunés pour payer leurs études. Ces hommes de presse s’abritent derrière leur Carte comme les pharmaciens de Chaval « fuyant devant l’orage ». Privés de ce sésame ils sont nus alors que le typhon d’Internet les tue.

Le tenancier en chef de la petite boutique de l’horreur, celle qui dénonce et veille à ce que les images, les bonnes, ne soient prises et diffusées que par des journalistes encartés, se nomme Xavier Gorse. C’est la tête de gondole, mais il a des clones. Vous le connaissez, ce Xavier, il tient banquise dans les pages du Monde. Son corporatisme d’arrière-garde, digne de la messe en latin au Chardonnet, le dessinateur le manifeste à l’aide de pingouins, ou de manchots. On ne sait trop. Pourquoi pas : les oiseaux sont des cons, nous a enseigné ce même Chaval, ils ont besoin d’un maître. Mais ne l’accablons pas, ce Gorse, qui ne supporte que les journalistes parcheminés a jadis souffert sous Philippe Val. Une séquence de vie dont on ne sort pas intact. Et notre ami du Monde de dauber sur ces journalistes sans carte, les sans-papiers du métier.

Sa dernière blague, dans le quotidien du soir - qui est la propriété d’un ancien tenancier de sexshop, d’un ami du barbare Sassou Nguesso et d’un oligarque tchèque - est d’avoir mis en scène l’un de ses manchots disant à un congénère : « Vous êtes journalistes ? » et l’autre de répondre « Oui : j’ai la facture de ma Go Pro ». Ce qui décrypté, signifie que les jeunes photographes qui sont aujourd’hui victimes des indignes outrances de la police et de sa justice, sont des professionnels de la Go Pro, des experts en films de soirée catégorie Club Med. Ce dessin, commis par un être humain qui se présente comme « peintre » (Ripolin ?) et vomit de façon injurieuse les Gilets Jaunes depuis leur « Acte 1 », colle parfaitement au contenu de son journal : le mépris. Le mépris de celui qui doit vivre avec pas grand-chose, de celui « qui n’est rien ». Et donc du photographe qui penche son œil sur eux. Et qui n’est –ouh lala- pas digne de recevoir le chrême du journalisme.

Ce qui serait bien, avant de moquer, bafouer, nier les qualités d’autrui, serait que ce Gorse s’informe sur l’histoire du journalisme qu’il dit défendre, et donc de celle de la photo de presse. Il découvrirait que sans une contribution massive de photographes sans carte, des agences comme Gamma ou Sipa, celles qui ont inventé le photo journalisme français, n’auraient jamais vécu. Un exemple. En 1975, Arnaud Borrel, lassé des chagrins d’amour et des photos de mariage, part à Phnom Penh avec un « Foca Sport », quelques pellicules et un casque lourd. Arrivé au Cambodge il se rend dans un hôtel et demande « la direction du champ de bataille ». Heureusement des journalistes, des vrais, qui picolent dans le hall l’arrêtent, le prennent dans leur équipe. Il va survivre et devenir photographe « de guerre ». Sans même une carte de presse.

Et Françoise Demulder, la fée des photographes, première femme à obtenir le World Presse pour sa photo iconique prise à Beyrouth, celle des Palestiniens chassés des baraques de la Quarantaine...cette « Fifi », alors mannequin en rupture, a-t-elle une « Carte de presse » en 1972 quand elle débarque au Vietnam avec un Nikon dans un panier d’osier ?

Et Alfred Yaghobzadeh, le seul homme ayant jamais pris des photos debout face à un canon en action... En Iran avait-il une carte à jour ? Ou doit-il déchirer ses photos qui sont de prodigieux monuments de l’histoire, des Tombeaux mallarméens de « nos » guerres ?

Abel Khorti, l’homme qui m’a accompagné en 2000 à Gaza, avant d’être martyrisé puis assassiné par les israéliens, Mohamed Baltaji, mon frère de Beyrouth, tué aussi et par les mêmes, avaient-ils du papier timbré en poche. Et, ici, je demande pardon aux oubliés, à ces photographes, ces journalistes en images qui se sont glissés dans le métier sans effraction mais pas passion.

A ce point d’ignorance, la question qui se pose est de comprendre l’origine de ce corporatisme ranci. Certes il vient de l’origine sociale des employés de presse, tous en haut du ruissellement. Mais quand la production journalistique est indigente, quand la plume n’est plus qu’enclume et les images dignes d’une pub pour le chocolat Poulain, le dernier rempart qui permette de se cacher, est un petit rectangle de plastique marqué en tricolore au coin. Voilà l’outil de l’existence, celui de la distinction. Mais puisque les mots sont maintenant morts étouffés, c’est aux images libres de les suivre. Tout faire pour ne plus les garder à vue.

Jacques-Marie BOURGET

1 Freud créa les topiques psychiques comme un schéma explicatif du fonctionnement mental normal et pathologique de l’être humain.

URL de cet article 34832
  

Ukraine : Histoires d’une guerre
Michel Segal
Préface Dès le premier regard, les premiers comptes-rendus, les premières photos, c’est ce qui frappe : la « guerre » en Ukraine est un gâchis ! Un incroyable et absurde gâchis. Morts inutiles, souffrances, cruauté, haine, vies brisées. Un ravage insensé, des destructions stériles, d’infrastructures, d’habitations, de matériels, de villes, de toute une région. Deuil et ruines, partout. Pour quoi tout cela ? Et d’abord, pourquoi s’intéresser à la guerre en Ukraine lorsque l’on n’est pas même ukrainien ? (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

La Colombie est lentement assassinée par le gouvernement narco-paramilitaire sur orbite des USA. 65 massacres pour la seule année 2021 avec plus de 240 victimes, 106 leaders sociaux et 33 signataires des accords de paix assassinés, 102 personnes tuées au cours des manifestations.

Thierry Deronne

Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Appel de Paris pour Julian Assange
Julian Assange est un journaliste australien en prison. En prison pour avoir rempli sa mission de journaliste. Julian Assange a fondé WikiLeaks en 2006 pour permettre à des lanceurs d’alerte de faire fuiter des documents d’intérêt public. C’est ainsi qu’en 2010, grâce à la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, WikiLeaks a fait œuvre de journalisme, notamment en fournissant des preuves de crimes de guerre commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les médias du monde entier ont utilisé ces (...)
17 
Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.