RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Quand "l’ennemi de mon ennemi" n’est pas mon ami - Du Hamas palestinien à l’Azov ukrainien et l’EOKA chypriote...

Le déclencheur de ce qui suit a été le très important texte de la jeune Ukrainienne Hanna Perekhoda "Si au nom de la "paix" nous trahissons les Ukrainiens, comme les Palestiniens..."(1), dans lequel - comme elle le dit - elle essaie de voir "les structures qui permettent non pas d’« exotiser » la Palestine mais de la rendre potentiellement comparable à d’autres situations d’oppression coloniale et de résistance légitime menées néanmoins par des organisations d’extrême-droite ultra-réactionnaires”. Et en effet, tout Grec et tout Chypriote ne pourrait voir rien d’"exotique" dans le cas du Hamas palestinien car à Chypre aussi, au temps de l’"oppression coloniale" britannique, à la tête de la "résistance légitime" se trouvait pendant au moins cinq ans (1954-1959), "l’organisation d’extrême droite ultra-réactionnaire" qu’était l’EOKA du tristement célèbre général -collabo et massacreur des résistants communistes- Georgios Grivas.

Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil, puisque, comme c’est le cas aujourd’hui avec le Hamas, l’action de l’EOKA avait déconcerté et finalement divisé la gauche et les gens de gauche de l’époque, qui ont été incapables de trouver une explication satisfaisante à la question de savoir comment une organisation ultra-réactionnaire avait pu prendre la tête de la résistance et de la lutte anti-coloniales. Le texte de Perekhoda apporte la réponse : en dernière analyse, c’est toujours l’abdication par la gauche de ses tâches historiques qui conduit à des monstruosités telles que celles que nous avons vues à Chypre avec l’EOKA, que nous voyons aujourd’hui en Palestine avec le Hamas, et que nous pourrions voir dans un avenir proche en Ukraine, avec peut-être un certain Azov si, au nom de la "paix", nous trahissons les Ukrainiens comme nous l’avons fait avec les Palestiniens. (2)

Le problème de "l’impuissance de toutes les forces progressistes, qui n’ont pas fait – et ne font pas – assez pour soutenir la cause des opprimés" n’est pas nouveau, mais il a pris aujourd’hui des dimensions sans précédent et fait plus mal que jamais. Et cela pour deux raisons : parce que notre époque est marquée par la montée impétueuse de l’extrême droite et du "fascisme qui se répand comme un virus", même parmi les opprimés. Et parce que la gauche qui s’est réduite comme peau de chagrin, voit la plupart de ses forces sombrer dans la confusion et être de plus en plus déboussolées, avec pour résultat que nombre d’entre elles non seulement « ne font pas assez pour soutenir la cause des opprimés », mais font quelque chose d’encore pire : elles soutiennent les oppresseurs (!) au nom de l’adage séculaire selon lequel "l’ennemi de mon ennemi est mon ami".

Encore une fois, "rien de nouveau sous le soleil" car ce n’est pas un hasard si l’histoire récente des opprimés et leurs luttes anti-coloniales ont été marquées de manière indélébile par les durs dilemmes que leur impose ce même "adage séculaire" qui fait actuellement des ravages dans le monde entier. Alors, le rappel de quelques cas emblématiques tirés du passé récent peut nous aider à mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

Bien sûr, tout le monde a entendu parler de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), mais peu sont conscients des liens étroits que ses dirigeants ont tissés avec le régime nazi en Allemagne de 1937 jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. À la base de cette coopération - à première vue "contre nature" - nous trouvons la variante irlandaise du même "adage séculaire" : “England’s difficulty is Ireland’s opportunity » (les difficultés de l’Angleterre sont les opportunités de l’Irlande) ! Et dans ce cas, cette "difficulté de l’Angleterre" n’était autre que l’Allemagne nazie qui, en gagnant sa guerre contre l’Empire britannique, pouvait libérer l’Irlande du Nord du joug anglais, conduisant à sa réunification avec la République d’Irlande !

Il ne faut pas croire que cette coopération "contre nature" n’était que verbale ou limitée à quelques actions insignifiantes. Outre les contacts quasi constants entre fonctionnaires des deux camps (jusqu’à Hitler lui-même !), cette alliance a pris les dimensions d’une véritable coopération militaire avec de nombreuses victimes tout en jouissant de la “tolérance” d’une grande partie de l’opinion publique irlandaise.

Le deuxième cas que nous voulons rappeler est celui de la coopération militaire de la lutte anti-coloniale de l’Inde avec le Troisième Reich contre la puissance coloniale qu’était alors l’Empire britannique. Cette coopération, qui a notamment conduit à la formation d’unités militaires indiennes qui ont combattu aux côtés de la Wehrmacht en Asie et en Europe, était fondée sur le même raisonnement omniprésent selon lequel "l’ennemi de mon ennemi est mon ami" : la défaite militaire de la Grande-Bretagne entraînerait l’effondrement de son empire et, partant, l’indépendance de l’Inde. Ce n’est pas une coïncidence si l’instigateur de cette collaboration "contre nature", Subhas Chandra Bose, qui avait été président du Congrès national de Gandhi, avait tenté en vain de persuader Staline de soutenir la lutte armée indienne de libération nationale avant de rencontrer Hitler à Berlin. Et ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui encore, il est considéré comme un héros national par un grand nombre de ses compatriotes.

Nous nous arrêtons là, bien que les cas analogues à ceux mentionnés ci-dessus soient nombreux et instructifs, et qu’ils couvrent tout le globe. Néanmoins, leur exposé permet de tirer une conclusion assez catégorique : l’adage "l’ennemi de mon ennemi est mon ami" peut être appliqué sans problème par les politiciens bourgeois caractérises par leur cynisme, mais elle ne peut en aucun cas être le lot des gens de gauche censés avoir des principes et des valeurs. D’ailleurs, son résultat a toujours été tragique : "l’ennemi de mon ennemi" n’a jamais été et ne sera jamais un allié sur lequel on peut compter. Soit il fera de vous son serviteur et son clone réactionnaire, voire d’extrême droite, soit il vous trahira à la première occasion.

Que les gens de gauche de toute sensibilité gardent tout cela à l’esprit à l’heure où Gaza et l’Ukraine demandent désespérément leur aide tout en résistant à leurs bourreaux qui promettent des bains de sang encore plus cauchemardesques.

Notes

1. https://courrierdeuropecentrale.fr/si-au-nom-de-la-paix-nous-trahisson...

2. Nous avons fait substantiellement le même constat quand nous écrivions que « c’est sur les ruines du message émancipateur socialiste et communiste que prospèrent à notre époque ces obscurantismes réactionnaires tant religieux que néo-libéraux, qui gangrènent à notre époque l’humanité » dans notre texte “Massacres et impasses moyen-orientales - Au-delà du sionisme et du djihadisme !.

URL de cet article 39055
  

La Machine de guerre américaine
Peter Dale SCOTT
« J’avais dit du précédent livre éblouissant de Peter Dale Scott traitant de ce sujet, (Drugs, Oil and War) "qu’il faisait passer la plupart des explications journalistiques et universitaires concernant nos interventions passées et présentes pour une propagande gouvernementale écrite pour les enfants’. Son dernier ouvrage est encore meilleur. Lisez-le ! » - Daniel ELLSBERG, « l’homme qui fit tomber Nixon », auteur de Secrets : A Memoir of Vietnam and the Pentagone Papers Ce livre stimulant et (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Personnellement, je n’ai jamais très bien compris ce qu’est le féminisme. Je sais par contre que les gens me qualifient de féministe chaque fois que j’exprime une idée qui me différencie d’un paillasson ou d’une prostituée.

Rebecca West

Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.