RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Térésa et sa famille

Photo SDF par Lee Jeffries

C’est une petite vieille toute ridée. Ses habits disent de suite qu’elle est étrangère et tzigane. Elle boîte dans les rues avec une canne. Elle fait la manche. Entre nous, on la nomme "la grand-mère" puisqu’on lui donne l’âge d’être notre mère ou grand-mère.

On discute. Térésa dort où elle peut. Sous une bâche, dans une usine désaffectée, dans un squatt insalubre. En compagnie de sa famille.

On sympathise. Un jour elle nous tend un portefeuille avec tous les papiers qui racontent l’histoire de la famille.

La carte d’identité révèle que Térésa a deux ans de plus que moi ! Pas vingt-cinq ou trente...

Une déclaration de naissance faite avec retard et validée par le tribunal. Un rendez-vous avec un service social pour la mère, sa belle-fille.

Un jugement de placement en assistance éducative. Le jugement dit que ces gens vivent dans dans un trop grand dénuement pour que l’on leur laisse le bébé.

« Les papiers » racontent l’histoire toute simple de gens qui souhaitent parvenir à s’installer en France et y trouver du boulot. Pour être habilités à reprendre leur petite-fille et fille née en France. Pour faire venir en France la sœur aînée de quatorze ans. « Mais pourquoi s’obstinent-ils à revenir en France ? » Ah ça ! Suffisait de demander. On est bien loin des « vacances en France » alléguées par un service social bien de chez nous... C’est la deuxième année ici après une année passée en Roumanie à rechercher du boulot sans succès. Après avoir été rapatriés de force comme une tapée de Rroms roumains et bulgares.

Térésa vient de Copșa Mică en Roumanie. Copșa Mică ! Bon, d’accord, on veut bien que des travailleurs sociaux ne soient pas férus d’écologie, de gwerz bretonne ou même d’histoire contemporaine mais on peut se renseigner. Tu tapes dans ton moteur de recherche. Copșa Mică a acquis une célébrité mondiale. Dantesque pollution industrielle par les métaux lourds. Monstrueuse pollution au charbon. Taux de mortalité infantile à plus de trente pour cent ! Troubles neuro-comportementaux pour dix pour cent de la population.

Au désastre écologique et sanitaire s’ajoute la catastrophe sociale. Fermeture d’une usine sur deux dans les années 90. Licenciement sélectif des Rroms. Faut rappeler que l’esclavage a été aboli en Roumanie, légalement en 1864, mais en pratique par le régime communiste après la seconde guerre mondiale. Et que les esclaves, bien sûr, c’étaient les Rroms. Ça laisse des traces dans les mentalités d’aujourd’hui...

Térésa marche avec vaillance, et avec béquille, dans les rues de la ville. Le bon coin pour la manche. Le restaurant social. Les entreprises qui embauchent — de la main d’œuvre très qualifiée, pas chère et sans charges... — fils et gendres à la sauvette. L’association caritative qui va donner une couverture pour les nuits... Et il faisait moins huit la nuit cet hiver-là ! On a eu les mille difficultés à faire héberger Térésa et les siens par le 115 (service téléphonique pour l’hébergement d’urgence).

Un président BCBG d’association caritative a écrit à la DDASS et à la préfecture : « D’une manière générale il semble que les portes ne s’ouvrent pas trop facilement devant cette famille. Même s’il est vrai qu’elle tente de s’installer chez nous dans un va-et-vient avec le pays d’origine pour respecter les délais légaux de séjour, il m’apparaît impossible, au nom des affirmations des plus hauts responsables politiques de notre pays d’une part [Sarkozy avait promis pas longtemps avant qu’il n’y aurait plus de SDF], des engagements de la loi DALO d’autre part [qui venait d’être votée], de ne pas leur proposer, au moins pendant la période hivernale, de solution d’hébergement d’urgence stable. »

Le réseau de solidarité pour Térésa et sa famille a aussi impliqué un punk à chiens vivant à mi-temps dans son camion, des étudiantes en carrières sociales au dynamisme échevelé et des militants politiques qui ont hurlé dans les bureaux d’un bureaucrate « cadre social ».

On a finalement réussi à loger au chaud Térésa et sa famille. Pas sans mal. Et il fallait renouveler chaque jour la demande d’hébergement.

Ah, je ne t’ai pas dit. Parmi ceux à coucher dehors dont ne voulait pas le 115 il y avait un petit-fils de Térésa âgé de quatre ans.

Je te parle d’un temps révolu. Aujourd’hui, pour cause d’économies, il y a beaucoup moins de lits disponibles au 115.

Partageux

Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom ni sa ville pour qu’on ne puisse les reconnaître. Partageux, c’est une définition personnelle de la gauche. Simple. La gauche, c’est toujours se soucier d’abord des plus pauvres, des plus faibles, des plus délaissés, des plus oubliés, des plus méprisés.

»» http://partageux.blogspot.fr/2012/01/teresa.html
URL de cet article 26620
  
Communication aux lecteurs
JULIAN ASSANGE : Le documentaire "Hacking Justice" à Paris

Le 17 novembre à 20h
au cinéma Espace St Michel
7 Pl St Michel, Paris 75005

Les Amis du Monde Diplo & Les Mutins de Pangée organisent une projection du film "Hacking Justice Julian Assange" de Clara Lopez Rubio et Juan Pancorbo suivie d’un débat avec la réalisatrice.

https://lesmutins.org/hacking-justice

à partir du 17 novembre, le film sera suivi de débats aux séances de 20h les lundi, mercredi, Vendredi. Calendrier : https://lesmutins.org/hacking-justice?tab=projections

Même Thème
Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?
Monique Pinçon-Charlot - Michel Pinçon - Étienne Lécroart
Un ouvrage documentaire jeunesse engagé de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, illustré par Étienne Lécroart Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour questionner la société et ses inégalités, les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, passés maîtres dans l’art de décortiquer les mécanismes de la domination sociale, s’adressent pour la première fois aux enfants à partir de 10 ans. Avec clarté et pédagogie, ils leur expliquent les mécanismes et les enjeux du monde social dans lequel ils vont grandir et (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la collaboration de classes. Elle les désarme dans la défense de leurs intérêts et provoque la division. La lutte de classes, au contraire, est la base de l’unité, son motif le plus puissant. C’est pour la mener avec succès en rassemblant l’ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte de classes n’est pas une invention, c’est un fait. Il ne suffit pas de la nier pour qu’elle cesse :
renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se livrer pieds et poings liés à l’exploitation et à l’écrasement.

H. Krazucki
ancien secrétaire général de la CGT

Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
Question : Est-il possible de rédiger un article accusateur qui fait un buzz sur internet en fournissant des "sources" et des "documents" qui, une fois vérifiés, prouvent... le contraire de ce qui est affirmé ? Réponse : Oui, c’est possible. Question : Qui peut tomber dans un tel panneau ? Réponse : tout le monde - vous, par exemple. Question : Qui peut faire ça et comment font-ils ? Réponse : Marie-Anne Boutoleau, Article XI et CQFD, en comptant sur un phénomène connu : "l’inertie des (...)
93 
« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - Préambule - 1/13
PREAMBULE « Un microphone ? Hum... » Ca y’est, deux jours à la Havane et je commence à me sentir comme un fucking Chevalier de la Table Ronde à la recherche du Graal. Oui, j’ai besoin d’un microphone, avec une petite prise, pour le brancher là. « Tu veux acheter un microphone ? » Ben oui, à peine arrivé, le mien est tombé en panne, alors j’ai besoin d’un microphone. « Oui, oui, je comprends. Un microphone... ». Je suis dans un centre culturel. Un grand centre culturel. J’ai l’impression de voir des (...)
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.