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Du français (VI)

La première édition du Dictionnaire de l’Académie est achevée en 1694. Mais l’accueil fait à ce dictionnaire sera toujours poli, pour ne pas dire hostile. Pour Richelieu, fin diplomate, le prestige de la langue française doit égaler, voire supplanter celui de la langue italienne. Mais le cardinal persécutera bien plus systématiquement les protestants que les patoisants ! Selon le philologue Jean-Pierre Seguin, auteur d’un magistral L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, la question du respect de l’orthographe ne se posera en France qu’à la fin du XVIIIe siècle. Cette notion de « sentiment linguistique » est importante : la quête de la précision et de la beauté va instiller dans les esprits que la langue française est celle de la raison. Elle sera ainsi un medium idéal pour la Révolution française. Pour la première fois, on associe la langue et la nation. Une langue pour une République unie et indivisible. Dès l’article 2 de la Constitution, les choses sont claires : « La langue de la République est le français. » Il ne saurait y avoir d’« égalité » dans une Tour de Babel (Bertrand Barrère, membre du Comité de salut public, assimile justement l’Ancien régime à la Tour de Babel). La Révolution va se montrer hostile aux dialectes, aux patois « barbares et grossiers ». Un décret exige « l’établissement d’un instituteur de langue française, dans chaque commune de campagne des départements où les habitants ont l’habitude de s’exprimer en bas-breton, italien, basque et allemand. » Les citoyens, ignorants du français standard, sont donc incapables de contrôler le pouvoir.

Le Français ne devient réellement technique qu’avec la grande Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1758-1872), que les auteurs qualifient de « dictionnaire raisonné ».

Dans l’esprit de Diderot, la démarche scientifique est clairement au service de la démocratie : « Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité. » Le bon usage de la langue doit se répandre dans le plus grand nombre, mais pas à la manière de Vaugelas et de son entre soi qui voit dans la “ bonne ” langue : « La façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps. » L’Encyclopédie donne en exemple le cas italien : « C’est moins à cause de la souveraineté de la Toscane, qu’à cause de l’habileté reconnue des Toscans, que leur dialecte est parvenue au point de balancer la dialecte romaine ; et elle l’emporte en effet en ce qui concerne le choix et la propriété des termes, les constructions, les idiotismes, les tropes, et tout ce qui peut être perfectionné par une raison éclairée ; ».

(Á suivre)

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