RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Les milliards invisibles des milliardaires

Récemment, François Ruffin était reçu par (la milliardaire ?) Léa Salamé. Il tint un raisonnement très intéressant sur la fortune invisible des gens immensément riches.

Il n’y a pas si longtemps, dit-il, on voyait la richesse des riches : au bout du coron, il y avait la très belle maison du moyennement riche ingénieur ; et, deux kilomètres plus loin, on devinait, derrière une rangée de peupliers, le château du propriétaire de la mine de charbon ou de l’usine textile. Évidemment, cela créait des tensions qui n’étaient pas durablement apaisées du fait que le patron construisait un stade (à son nom) ou un gymnase pour la saine jeunesse ouvrière. Cette visibilité, Hannibal Lecter la décrit fort bien à Clarice Starling, fliquette obstinée et courageuse au nom de délicat petit oiseau : « We begin by coveting what we see every day ». On convoite ce qu’on voit. Ce qu’on ne voit pas relève à jamais de l’abstraction. Ceci est une cause des progrès des partis d’extrême droite dans le monde entier. Les pauvres voient le moins pauvre du bout de la rue mais pas l’ultra riche aux Bahamas. Et ils se trompent de cibles.

Aujourd’hui, les immensément riches ont colonisé, non pas la forêt au bout du coron, mais la terre entière. Ils ont des demeures somptueuses sous toutes les latitudes. Et pas en usufruit comme la reine d’Angleterre ou son royal rejeton. Pour de vrai. Et les fortunes (biens immobiliers, lingots, portefeuilles d’action, voitures de luxe, yachts, avion privés) sont telles qu’elles dépassent littéralement l’entendement. Si l’on me dit que la fortune de Bernard Arnaud est de 158 milliards de dollars (toujours s’exprimer en dollars chez les milliardaires, c’est plus flou), cela ne signifie rien, sauf, éventuellement, si je compare cette somme au budget de l’Éducation nationale française (160 milliards d’euros) en m’apercevant que nous sommes dans le même ordre de grandeur.

Vers 1966, John Lennon déclara : « I’m down to my last 50 000 pounds ». Malgré la grande admiration que je vouais à John et à ses camarades, je savais que, par exemple, un comptable dans une entreprise gagnait environ 150 livres par mois et que le rédacteur en chef d’un grand hebdomadaire qui comptait parmi mes amis percevait environ 600 livres mensuelles. Et je pensais que la jérémiade de John nous les brisait menu, d’autant qu’avec les droits d’une seule chanson, il était capable de se refaire. Aujourd’hui, la fortune de Paul McCartney se monte à 750 millions de livres (il vient d’être dépassé par Bono qui avait acheté 2% de Facebook quand ce réseau social balbutiait encore). Ces sommes faramineuses ne sont que fantasmagories pour nous.

Une autre différence intéressante entre les milliardaires d’aujourd’hui et ceux d’hier, c’est que nos contemporains richissimes ne se cachent pas. Il ne s’agit pas pour eux de dire, dans une perspective protestante, que, s’ils sont aussi riches, c’est parce qu’ils l’ont bien mérité et que toute personne talentueuse et courageuse peut suivre leur exemple. Il s’agit de faire savoir à ceux qui sont proches d’eux dans les classements qu’ils sont les patrons, et aux politiques qu’il ne faut surtout pas toucher aux multiples privilèges qui leur rendent la vie toujours plus douce, car leur force de frappe est telle qu’ils peuvent à eux seuls ébranler le système. Et ça, ça ne serait pas bon pour l’emploi, Madame Bouzigues.

URL de cet article 38226
  

Même Auteur
Bernard Klein. Les expressions qui ont fait l’histoire. Paris, E.J.L. 2008
Bernard GENSANE
Ce qu’il y a d’intéressant avec les phrases historiques, c’est que, souvent, elles n’ont pas été prononcées par les personnes à qui on en a attribué la paternité. Prenez la soutière (je sais, le mot "soutier" n’a pas de féminin, mais ça ira quand même) du capitalisme américain qui siège au gouvernement français, Christine Lagarde. Elle a effectivement, lors de la flambée du prix des carburants, conseillé au bon peuple d’utiliser le vélo plutôt que la voiture. Mais la reine Marie-Antoinette, qui a tant fait (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« Dire que l’on ne se soucie pas de la protection de la vie privée parce qu’on n’a rien à cacher équivaut à dire que l’on ne se soucie pas de la liberté d’expression parce qu’on n’a rien à dire. » - Edward Snowden

Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
123 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.