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Mépris était son nom

‘‘Vous me mettez le paquet quand il dira « ce que je veux… c’est que vous… partout… vous alliez le faire gagner… parce que c’est notre projet ». C’est compris ?’’

Une fois n’est pas coutume, je vais me faire critique de cinéma et évoquer un film toujours à l’affiche, pour de longues semaines encore.

Mépris était son nom, c’est l’histoire d’un mec bien né à qui tout semble réussir. Et qui à la faveur d’un concours, d’un concours de circonstances devient président.
La sortie du film, ou l’entrée à l’Élysée, c’est pareil, a été précédée par une intense campagne. Une campagne promotionnelle du tonnerre de Zeus pour les hellénistes, de la foudre de Jupiter pour les latinistes ; pour les illettrés : demandez aux alcooliques.

J’aurais du mal à définir le genre cinématographique. C’est franchement inclassable : « ce n’est pas de droite, ce n’est pas de gôche ». Ce n’est pas un film politique sérieux : trop de novices sans caractère suivent un mouvement qui n’a pas d’idéal et où chacun vient avec ses « mélokos ». C’est plutôt à ranger du côté des grosses comédies franchouillardes, du côté des farces et attrapes. Bien sûr, de nombreux effets spécieux sont utilisés, ils nous feraient prendre des vessies pour des lanternes.

C’est l’histoire d’un mec, disais-je, ou plutôt d’un pur produit d’une élite, que l’on va suivre durant un quinquennat. Quinquennat qui commence par une colossale duperie et qui finira pa... Oups ! j’ai failli manger le morceau et révéler la fin.

Ce film est un mélange de grandiloquence car la scène de l’intronisation est digne des plus grands péplums, et de testostérone car les poignées de mains sont viriles à souhait. Mais parfois le scénario semble pécher par excès de confiance, par manque d’anticipation, par inexpérience. Le rôle principal, autour duquel s’articule le film, semble manquer de profondeur, de sagesse, d’humanité ; son goût pour les riches est caricatural ; son idée de faire de ses sujets des millionnaires est ridicule.

Même si ses échecs, qui ne tardent pas, le rendent plus humain, ses tentatives humoristiques, loin de le grandir, le ridiculisent. Avec les premiers couacs, la situation devient cahin-caha, le moral couci-couça et ses histoires de kwassa-kwassa font de sérieux dégâts.

Notre héros devient un incompris, son humour à deux balles lui revient comme un boomerang ; finalement celui qui se voyait déjà au sommet, ne montre plus que ses fêlures, ses faiblesses, ses lacunes en géo et sa vraie nature ; au fur et à mesure, il n’est plus que le jouet fardé d’un système qui le manipule.

Nonobstant ses maladresses, le film offre un moment savoureux, une scène sensuelle : « tu l’aimes ma réforme de l’ISF... Et ma sortie sur les fainéants, elle te plaît ? ... Dis-moi, mes ordonnances, tu les trouves comment mes ordonnances ? Rebondies ? Assez fermes ? »

À chacun de se faire une opinion quant à la nécessité d’avoir produit un tel film. D’aucuns penseront qu’il eût été préférable d’en réaliser un autre et qu’il se serait appelé « Les Jours heureux ».

Mais ce serait oublier que ce film a été produit par Les Quarante Valeurs, que les dialogues et le scénario sont du Mouvement des Exploiteurs de Salles (ah ! riez, si vous le pouvez). Et que le rôle-titre est tenu par Le Mozart de la Finance (les seconds rôles se contentent de jouer les utilités).

Une dernière info, peut-être qu’une rumeur entretenue : le film a failli s’intituler L’arnaque du siècle, mais les promoteurs ont fait, ici, montre de modestie...

Personne

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