Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes


La Catalogne et la question nationale

La situation actuelle en Espagne mérite que l’on s’y intéresse d’un point de vue marxiste. Aussi, avant de discuter de ce cas précis, est-il important de rappeler ce que l’on entend par les droits des nations à disposer d’elles-mêmes et donc de la question nationale.

Selon Marx « Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation. Du jour où tombe l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles. » Le manifeste du parti communiste, 1847.

L’exploitation d’une classe par une autre a donc tendance à entraîner l’exploitation d’une nation par une autre. La formation des empires s’explique par les tentatives de la classe dominante d’échapper aux contradictions sociales en pillant d’autres pays pour corrompre une partie du peuple et acheter la paix sociale. Le marxisme lie donc la question des classes à celles de l’impérialisme, et affirme qu’il ne peut y avoir d’égalité et de paix entre les nations tant qu’il existe une classe exploiteuse.

Mais cela ne veut pas dire qu’il faut pour autant, négliger les luttes de libération nationales. A l’époque de l’impérialisme, l’internationalisme doit prendre cette forme : le prolétariat de la nation oppressive doit lutter pour le droit des nations opprimées à disposer d’elles-mêmes, sans quoi « ni la confiance, ni la solidarité de classe entre les ouvriers de la nation opprimée et de celle qui opprime ne sont possibles » (Lénine). Ceci est d’autant plus dur qu’en mode impérialiste, la domination du capital financier crée dans les nations exploiteuses un « prolétariat bourgeois » (Engels) ; c’est à dire une classe moyenne que la bourgeoisie impérialiste entretient grâce aux surprofits extorqués sur le dos des nations exploitées. La lutte contre l’impérialisme est une phrase creuse si on ne lutte pas contre cet opportunisme. Le prolétariat de la nation opprimée doit quant à lui avoir une politique indépendante de sa bourgeoisie, même lors de la brève période où le prolétariat est allié avec celle-ci. Ces deux conditions permettent l’unité entre le prolétariat de la nation opprimée et celui de la nation qui l’opprime.

A la lumière de ceci, nous pouvons analyser la situation en Espagne et statuer sur le droit à la nation catalane à disposer d’elle-même. Historiquement, la Catalogne est l’une des différentes nations qui constituent l’Espagne, avec des relations conflictuelles qui remontent loin. Contrairement à la France, l’Espagne n’a connu l’industrialisation que tardivement. Ainsi, la centralisation économique, base de toute intégration nationale ne s’y est pas réalisée complètement. En France, la centralisation impulsée par Hugues Capet, a commencé à discipliner la féodalité. Les rois de France ont progressivement construit la monarchie absolue, dont l’apogée se situe à l’époque du règne Louis XIV. La révolution française, puis par l’empire et la république ont permis la poursuite de cette centralisation. La France a imposé une culture et une langue unique, au détriment de l’occitan et du breton par exemple, et cela n’a été possible que parce que la bourgeoisie française s’est développée de façon importante sur le plan économique tout au long de son histoire. C’est ce développement qui a permis l’émergence des routes, des cartes, des réseaux de poste, qui ont facilité la centralisation. L’Espagne n’a pas connu un développement capitaliste aussi important parce qu’elle s’est contentée de s’enrichir par le commerce de l’or à partir de la découverte de l’Amérique et le pillage des colonies. Au lieu d’être réalisé par la bourgeoisie, ce processus s’est fait autour de la noblesse et de l’Église, qui conservait l’or ou bâtissait des cathédrales, là où la bourgeoisie anglaise par exemple, utilisait cette accumulation primitive pour investir dans l’industrie. Au lieu d’avoir une bourgeoisie espagnole s’imposant et centralisant le pays sur le plan économique, linguistique et culturel, il s’est développé à des échelles plus petites diverses bourgeoisies, avec diverses langues et cultures. C’est ce qui explique que l’intégration nationale espagnole ne soit pas achevée.

Aujourd’hui, la Catalogne est une région très développée économiquement, en relation avec l’économie espagnole et le capital financier international. Elle est en même temps une nation qui possède une identité culturelle et linguistique légèrement différente de celle l’Espagne. Y a-t-il une oppression nationale de l’Espagne sur la Catalogne ? Sur le plan économique, c’est faux. La Catalogne se développe depuis des années grâce à la dette de l’État espagnol. En effet, en tant que région au statut d’autonomie relatif, la Catalogne pourrait emprunter directement sur les marchés financiers, mais à quel prix ? Certainement pas le même que celui d’un état comme l’Espagne, qui, même s’il est tout autant en faillite, est suffisamment stable pour payer sa dette grâce aux impôts. Sur le plan culturel et linguistique, là encore, le catalan est enseigné dans les écoles et couramment utilisé, il n’y a pas de répression culturelle. La Catalogne bénéficie d’une large autonomie sur ce plan. Bref, sur quoi repose donc les revendications des indépendantistes catalans ?

La réalité est qu’une partie de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie catalane suit son intérêt, c’est-à-dire est persuadée de payer pour les « faignants » du reste de l’Espagne. Et en effet, pas besoin de l’Espagne pour le tourisme, ni pour exporter du vin en dehors de l’Espagne. Une autre partie de la bourgeoisie catalane vit du commerce avec l’Espagne, et d’ailleurs les grandes sociétés n’ont aucun problème avec les impôts. Le mouvement indépendantiste est donc un mouvement bourgeois et petit bourgeois, qui s’oppose à la bourgeoisie madrilène et à une partie de la bourgeoisie catalane. De chaque côté, la bourgeoisie tente de mobiliser le prolétariat derrière la question nationale. Comme la bourgeoisie catalane est divisée, les indépendantistes pour arriver à leur fins ont besoin du soutien du prolétariat. Par ailleurs, il est intéressant d’observer la position du gouvernement de Rajoy. Il voudrait amplifier le mouvement sécessionniste, il ne s’y prendrait pas autrement. La vrai raison de ses relents franquistes n’est pas à voir dans une hypothétique folie mais plutôt dans la volonté de faire diversion au regard de la montée de la pauvreté et du chômage. Du coté indépendantiste, la volonté de faire oublier des décennies de corruption (Pujol, Mas) à la tête de la Généralité (Generalitat) est l’explication la plus crédible.

Dans cette situation, il est absurde de qualifier le processus d’indépendance actuel comme une lutte de libération nationale. En tant que mouvement populaire, il pourrait servir de base à un mouvement révolutionnaire si les communistes espagnols et catalans travaillaient à l’unité du prolétariat. Le problème, c’est que comme la Catalogne n’a rien d’une nation opprimée par l’Espagne, cette lutte de « libération » est totalement artificielle et le prolétariat espagnol ne comprend pas pourquoi la Catalogne veut se séparer du reste du pays, ce qui ouvre la porte au chauvinisme de part et d’autre. Dans le cas présent, l’indépendance de la Catalogne tourne à la surenchère nationaliste, au moment où la crise économique s’aggrave et où plus que jamais on se rend compte de la dangerosité pour le prolétariat du nationalisme. Un véritable internationaliste reconnaît le droit des nations opprimées à disposer d’elles-mêmes, mais travaille surtout à l’unité du prolétariat mondial, à l’indépendance du prolétariat de la politique de toute bourgeoisie, y compris lorsqu’il faut la soutenir tactiquement. Les marxistes mettent en avant non pas une culture nationale mais la culture internationale du prolétariat. D’autant qu’on peut se poser la question des vrais vainqueurs d’un émiettement des pays en régions « ethniquement » pures ? La réponse est simple : les États impérialistes centralisés qui pourront négocier plus aisément à leur avantage devant un confetti et les entreprises transnationales dont le chiffre d’affaires sera plus important que leur PIB.

VILA

»» http://les-tribulations-de-l-ecocolo-ecoconome.over-blog.com/2017/10/l...
URL de cet article 32459
   
AGENDA
samedi 18 novembre 2017
samedi 18 novembre 2017
samedi 18 novembre 2017
mardi 21 novembre 2017
mercredi 22 novembre 2017
jeudi 23 novembre 2017
vendredi 24 novembre 2017
samedi 25 novembre 2017
jeudi 30 novembre 2017
vendredi 1er décembre 2017
vendredi 1er décembre 2017
samedi 2 décembre 2017
vendredi 15 décembre 2017
Même Thème
30 ans d’Humanité, ce que je n’ai pas eu le temps de vous dire
Michel TAUPIN
Quel plaisir de lire José Fort ! Je pose le livre sur mon bureau. Je ferme les yeux. Je viens de l’avaler d’une traite. Comme je le trouve trop court, je décide de le relire. Même à la seconde lecture, il est captivant. Cette fois, j’imagine ce qu’aurait été ce bouquin illustré par son compère Georges Wolinski comme c’était prévu. Ç’aurait été tout simplement génial. Des tarés fanatiques ne l’ont pas permis. La bêtise a fait la peau de l’intelligence et de l’élégance. De l’élégance, José Fort n’en manque pas. (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d’oppresseurs les récompensent par d’incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de « consoler » les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire.

Lénine


Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
96 
CUBA : modèle de résistance ou résistance d’un modèle ? (conférence/débat audio)
Conférence de Viktor Dedaj, animateur du site "Le Grand Soir", sur le Libre Teamspeak le 4 Décembre 2011. Notre conférencier nous explique enfin la vérité sur Cuba, sur son régime, et démonte minutieusement toute la propagande des États-Unis contre Cuba. Une conférence aussi excellente qu’indispensable. L’exposé initial de Viktor Dedaj dure une quarantaine de minutes et est suivi de deux heures de questions/débat avec les auditeurs. - http://lelibrets.blogspot.com/ Le compte Youtube ayant (...)
22 
Cuba - Tchernobyl : Lettre à Maria.
24 août 2006. Chère Maria, Je ne sais pas si mon nom vous dira quelque chose. A vrai dire, je ne crois pas vous avoir laissé un souvenir impérissable. C’est pourtant vous qui m’avez donné, au détour d’une seule phrase, une des plus belles leçons d’humanité qu’un homme puisse recevoir. Il y a déjà quelques années de cela mais, comme vous pouvez le constater, je n’ai pas oublié. Vous souvenez-vous, Maria, de cet occidental en visite sur votre île qui voulait vous poser quelques questions ? En réalité, et (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.