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Le monde Diplomatique, octobre 2016

Serge Halimi voit les États-Unis tentés par le risque :
Une candidate aussi expérimentée et entourée que Mme Hillary Clinton peut-elle être battue par un homme aussi brutal et controversé, y compris dans son camp, que M. Donald Trump ? Même si elle n’est pas la plus probable, cette issue, qui dépendra du vote d’une Amérique oubliée, n’est plus exclue.

Pour Philippe Descamps, l’Islande est dans tous ses états (“Des Pirates à l’assaut de l’Islande”) :
Touchée de plein fouet par la crise financière et l’effondrement de son système bancaire en 2008, l’Islande affiche aujourd’hui une santé économique resplendissante. Si ce petit pays a pu très vite se redresser en s’écartant de l’orthodoxie libérale, les promesses de refondation du contrat social restent à accomplir.

L’ivraisemblable panade de la filière bois française (“Braderie forestière au pays de Colbert”, par Guillaume Pitron) :
Couvrant près d’un tiers du territoire, la forêt française constitue un fabuleux trésor. Mais il y a loin de l’arbre brut au bois travaillé : faute de politique industrielle concertée, la sylviculture est devenue le deuxième poste du déficit commercial. Plongée au sein d’une filière saccagée, entre matière première vendue à l’étranger, scieries en liquidation et timides tentatives de redressement.

Pour Anne-Cécile Robert, les dirigeants européens ignorent les peuples, au nom d’une saine gouvernance, bien sûr :
La plupart des candidats à la présidentielle française proposent de réformer, d’une façon ou d’une autre, les institutions de la Ve République. Si de nombreux élus, chercheurs ou militants diagnostiquent une « crise de la démocratie », le mal pourrait se révéler plus profond : l’installation rampante d’un nouveau régime politique, la gouvernance, dont l’Europe est le laboratoire.

Olivier Piot pense qu’au Gabon, la mécanique du népotisme est enrayée :
Contrairement à un scénario bien ficelé depuis des décennies, la France n’a pas reconnu immédiatement l’élection, contestée et suivie d’émeutes, du président gabonais le 31 août dernier. Que M. Ali Bongo parvienne ou non à se maintenir au pouvoir, il s’agit d’un tournant dans l’histoire de ce petit pays d’Afrique centrale, symbole d’une « Françafrique » vacillante.

Sophia Marchesin qualifie les combattants druzes du Golkan d’irréductibles :
Déjà morcelée entre cinq groupes armés eux-mêmes composites, bombardée par les grandes puissances, la Syrie a vu le nord de son territoire envahi à la fin août par l’armée turque, décidée à empêcher la jonction entre les territoires kurdes. Ce dépeçage a commencé il y a bien longtemps, lorsque Israël décida d’occuper le plateau du Golan, où seuls les Druzes ont pu s’accrocher.

Sümbül Kaya explique comment M. Erdoğan a maté l’armée turque :
La stratégie d’endiguement menée par M. Recep Tayyip Erdoğan pour contrer la mainmise traditionnelle des militaires sur la vie politique n’a pas empêché le putsch de juillet dernier. Sorti victorieux de cette épreuve de force, le président turc a lancé une vaste opération de purge pour conforter son pouvoir. Au risque de diviser et d’affaiblir une institution engagée dans deux opérations d’envergure.

Pour Pierre Daum, le Maroc est toujours pétrifié par son roi :
Le scrutin législatif du 7 octobre ne devrait pas modifier la donne dans le royaume chérifien, confronté à un climat social difficile. L’opposition peine à défendre les maigres concessions obtenues avec la Constitution de 2011. Dans un contexte de mise au pas des médias, questionner le pouvoir du roi Mohammed VI reste un tabou.

Gideon Levy voit Israël en pleine religion de la sécurité :
Après les attentats qui ont ensanglanté la France, de nombreux responsables politiques ont érigé en modèle la gestion par Tel-Aviv des questions de sécurité. Au risque d’en taire les effets pervers sur les plans politique, économique et social. Dans la société israélienne comme dans les territoires occupés, la réponse militaro-policière au terrorisme a montré ses limites.

Avec Benjamin Fernandez, rencontrons les vengeurs masqués de la rue mexicaine :
Moins connu que son frère nord-américain, le catch mexicain — ou « lucha libre » —, avec ses lutteurs masqués, ses justaucorps et son iconographie bariolée, inspire et fascine bien au-delà de son pays d’origine. La popularité de cette « comédie humaine » apparue au début du XXe siècle s’enracine dans la culture, l’histoire et la vie politique mexicaines, dont elle révèle des aspects inattendus.

Qui a tué Berta Cáceres, demande Cécile Raimbeau ?
L’assassinat de Berta Cáceres le 3 mars dernier au Honduras a suscité une vague d’indignation. Ce meurtre s’ajoute à celui de nombreux militants amérindiens et écologistes opposés aux barrages hydroélectriques qui prolifèrent en Amérique centrale. Sous prétexte d’accompagner la « transition énergétique », les bailleurs internationaux sont peu regardants sur la nature des projets et les intérêts en jeu.

En Moldavie : un casse du siècle (Julia Beurq) :
À Chişinău, une gigantesque fraude financière a jeté la population dans la rue. Prorusses et pro-occidentaux ont défilé ensemble contre le système oligarchique. Mais, à l’approche de l’élection présidentielle du 30 octobre, la classe politique se complaît dans les anciennes fractures, semblant ignorer que les Moldaves se sont lassés des clivages géopolitiques.

Gibraltar est toujours la dernière colonie d’Europe (Lola Parra Craviotto) :
En votant très massivement contre le « Brexit », les habitants de Gibraltar ont montré leur attachement à l’Union européenne, qui leur accorde de nombreuses dérogations et joue les médiateurs avec l’Espagne. D’une superficie à peine plus grande que celle du 20e arrondissement de Paris, ce territoire est à la fois l’un des plus riches du monde et le dernier à décoloniser en Europe, selon les Nations unies.

Martine Bulard décrit l’incurie de l’industrie face aux appétits chinois :
Les investissements français en Chine sont six fois plus importants que les investissements chinois en France. Tandis qu’à Pékin personne ne s’inquiète d’une invasion hexagonale, les convoitises de l’empire du Milieu effarouchent nombre de commentateurs à Paris. Cet afflux de capitaux étrangers n’est pourtant possible qu’en l’absence d’une politique industrielle ambitieuse.

Éric Frécon revient sur les tendances autoritaires dans le Sud-Est asiatique :
Quoi de commun entre l’icône birmane Aung San Suu Kyi et le sulfureux président philippin Rodrigo Duterte ? Leur présentation caricaturale dans les médias, notamment occidentaux, prompts à prendre parti au nom de considérations morales. Les peuples d’Asie du Sud-Est s’avèrent souvent moins sensibles aux accusations d’autoritarisme qu’aux résultats qu’ils escomptent de l’action de leurs élus.

Anthony Glinoer est séduit par la bohème :
Une bande de copains joyeux, fauchés, un peu provocateurs, prêts à s’inventer un autre avenir que celui des bons bourgeois : la bohème avec ses légendes, héritée du XIXe siècle, fait si bien rêver que le XXIe n’en finit pas de la recycler. Romantique, insolente, est-elle un geste de liberté ou un supplément d’âme ?

Soyons heureux avec les Ressources Humaines (Julien Brygo & Olivier Cyran) :
Les patrons n’exagèrent-ils pas un peu dans leur souci de faire le bonheur de leurs salariés ? Aux forçats du travail qui rament pour des queues de cerise et n’auraient peut-être pas songé à se poser pareille question, l’émission « Envoyé spécial », sur la chaîne publique France 2, vient d’administrer une édifiante leçon de rattrapage. Dans un reportage diffusé le 1er septembre, elle nous emmène sur les pas de Sophie, chief happiness officer dans une start-up parisienne spécialisée dans la vente en ligne d’articles de mode faits main. Inventé aux États-Unis, ce nouveau métier, que l’on pourrait traduire par « chef du service bonheur », consiste à « créer une bonne ambiance au bureau » en égayant le personnel par des repas, des soirées ou des sorties propres à souder le groupe et à galvaniser son ardeur à la tâche. Après le petit déjeuner offert aux salariés, la journée de Sophie « se poursuit à la supérette du coin, où elle fait les courses pour préparer un barbecue que l’équipe va déguster », indiquent les auteurs du reportage, apparemment subjugués, eux aussi, par le bain d’allégresse managériale où trempent les cinquante employés de l’entreprise.

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« Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! »

John Swinton, célèbre journaliste, le 25 septembre 1880, lors d’un banquet à New York quand on lui propose de porter un toast à la liberté de la presse

(Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.)


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