Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher


Les dirigeants européens, réunis à Sibiu, s’approchent du sublime ridicule

Angoissés par la perspective d’abstention massive aux européennes, les Vingt-sept multiplient les déclarations pathétiques et livrent involontairement un aveu

Décidément, ces dirigeants européens sont vraiment impayables. Particulièrement quand ils sont pris, si ce n’est de panique, du moins d’une extrême fébrilité.

Tel est le cas avec l’approche des élections renouvelant les eurodéputés. Le scrutin est programmé du 23 au 26 mai, et pourrait bien marquer une nouvelle étape dans la progression continue de l’abstention, une tendance qui gagne régulièrement en ampleur depuis 1979. A cette époque, la participation globale était de 62% ; en 2014, elle n’était plus que de 43%. Cette année, un nouveau record pourrait bien être battu.

De nombreuses raisons peuvent expliquer cette chute. La principale n’est jamais citée par les discours officiels et les médias dominants : l’Assemblée de Strasbourg usurpe le nom de « Parlement ». Car l’essence d’un Parlement est de représenter un peuple ; or il n’existe pas de « peuple européen ». Et, plus ou moins distinctement, de plus en plus de citoyens en ont l’intuition : on leur demande de donner, à travers le vote, un semblant de légitimité à une institution qui n’en a en réalité aucune ; et d’accorder, un vernis démocratique à une Union européenne dont la raison d’être est précisément de priver chaque peuple de la liberté de ses choix politiques, c’est-à-dire le droit de faire des choix éventuellement radicalement différents de ceux des pays voisins.

Pour conjurer le spectre du boycott massif des urnes, les grands médias se mettent en ordre de bataille. Arte bat des records, et devient une véritable chaîne de propagande continue. Et la « société civile » est mobilisée : quasiment pas un seul jour ne se passe sans qu’un appel pathétique soit rendu public sur le thème : « peu importe pour qui vous votez, mais votez ! ».

En Allemagne, plusieurs PDG de grands groupes avaient donné le ton en mars, parmi lesquels ceux de E.ON, de RWE, de Thyssen-Krupp qui s’étaient directement adressés à leurs salariés. Plus d’une centaine de grands patrons et de hauts cadres français les avaient imités en avril. Le 29 avril, Le Monde publiait un texte commun signé en France par les présidents des organisations patronales (dont le Medef) et les chefs de certaines organisations syndicales (dont la CFDT) exhortant les citoyens à « se mobiliser » pour « l’Europe que nous voulons ».

Le 1er mai, c’était au tour des archevêques catholiques d’Allemagne, de France, de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg qui conjuraient leurs ouailles de voter pour s’opposer aux « menaces du Brexit, du populisme et du nationalisme ». La liste des textes analogues est interminable, jusqu’à un article du petit groupe politique français baptisé Sauvons l’Europe, arguant que voter pour l’UE constitue « une dette à honorer face aux victimes du nazisme ».

Lettre ouverte

Bien sûr, les dirigeants eux-mêmes ne sont pas en reste. Dans une lettre ouverte publiée le 9 mai, vingt-et-un chefs d’Etat de l’UE se montraient tout à la fois scandalisés et terrorisés : « pour la première fois dans l’histoire de l’histoire de l’intégration, il y a des voix qui réclament de revenir sur la libre circulation ou d’abolir les institutions communes ». Mais ils concluaient, sur le ton de l’adjudant de service : « il ne peut y avoir de retour en arrière ». (Dans les sept autres pays, les chefs d’Etat sont des têtes couronnées qui n’étaient pas habilités à se joindre à cette tirade).

Mais ce sont bien les dirigeants politiques – chefs d’Etat ou de gouvernement – des Vingt-sept qui se sont retrouvés ce même 9 mai dans la ville roumaine de Sibiu. Le principe de ce sommet informel avait été décidé dans la panique qui avait suivi le référendum britannique du 23 juin 2016. Pour les dirigeants européens, la priorité était d’éviter que l’UE ne s’effondre comme un château de cartes. La réunion devait initialement se tenir au lendemain de la sortie officielle du Royaume-Uni. Celle-ci ayant été différée (jusqu’au 31 octobre au plus tard), c’est finalement le jour de la « fête de l’Europe » qui a été choisi.

L’exercice consistait donc à afficher une unité de façade – alors que les divergences et tensions n’ont jamais été aussi fortes – et de se mettre d’accord sur une adresse aux citoyens, suppliant ceux-ci de se rendre dans les bureaux de vote. Et c’est là que la prose officielle touche au sublime. D’abord par la modestie des propos.

« Une Europe réunifiée dans la paix et la démocratie ne constitue qu’une réalisation parmi de nombreuses autres », proclament en toute humilité les Eminences. Qui poursuivent sans ciller : « depuis sa genèse, l’Union européenne, mue par ses valeurs et libertés, a assuré la stabilité et la prospérité en Europe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières ». Bref, grâce à Bruxelles, les peuples au sein de l’UE mais aussi ceux du reste de l’Europe ont connu des décennies de bonheur aussi intense que paisible.

Emportés dans leur élan, les hôtes de Sibiu se sont « à l’unanimité » fixé « dix engagements ». Parmi ces derniers figure ainsi la promesse de « rester unis, envers et contre tout ». Contre les réticences des peuples, en particulier ? « Nous nous attacherons à obtenir des résultats là où cela compte le plus », poursuit cette version moderne des Dix commandements. Et les auteurs de marteler : « nous continuerons d’être attentifs aux préoccupations et aux espoirs de tous les Européens, rapprochant l’Union de nos citoyens, et agirons en conséquence, avec ambition et détermination ». Nous voilà rassurés.

Et le meilleur : « nous aiderons toujours les plus vulnérables en Europe, faisant passer les hommes et les femmes avant la politique ». Déprécier ainsi la politique est assurément le moyen de redonner le goût de voter...

Enfin, jurent les Vingt-sept, « nous protégerons nos citoyens et nous assurerons leur sécurité en investissant dans notre pouvoir de convaincre et notre pouvoir de contraindre ». On appréciera le « nous » seigneurial (« nos citoyens »), qu’on retrouve bizarrement dans un autre engagement : « nous continuerons à protéger notre mode de vie ». « Nous », les chefs d’Etat ?

« Programme stratégique »

Les participants au sommet ont également avalisé les grandes lignes d’un « programme stratégique » prévu pour être adopté formellement lors du Conseil européen des 20 et 21 juin. Parmi les grandes orientations figurent l’ambition de « protéger les citoyens et les libertés » ; de développer le « modèle économique européen pour l’avenir » (dont la libre concurrence et l’euro) ; de « construire un avenir plus vert, plus équitable et plus inclusif » (dont l’aide aux « communautés pour gérer la transition écologique » ; et de « promouvoir les intérêts et les valeurs de l’Europe dans le monde » (et pour cela notamment : « intensifier les investissements de l’UE en matière de défense et renforcer la coopération y compris avec l’OTAN) ».

Enfin, les Vingt-sept ont prévu de se retrouver en sommet extraordinaire le 28 mai. Avec pour ordre du jour : commencer le grand marchandage pour les postes des futurs présidents de la Commission européenne, du Conseil européen, de la Banque centrale européenne, et du chef de la diplomatie de l’UE. D’ores et déjà, les couteaux sont tirés. Et ce, malgré l’un des engagements solennels : « nous parlerons d’une seule voix ».

En conclusion de leur déclaration, les dirigeants européens promettent : « les décisions que nous prendrons respecteront l’esprit et la lettre » des dix commandements proclamés ce 9 mai 2019, car « tel est notre engagement pour les générations futures ».

Et ce, quel que soit le résultat des élections du 26 mai (et des élections nationales à venir). On ne pouvait mieux définir la « démocratie » à l’européenne.

Pierre Lévy,
rédacteur en chef du mensuel Ruptures

»» https://ruptures-presse.fr/actu/elections-europeennes-abstention-sibiu/
URL de cet article 34914
   
Point de non-retour
Andre VLTCHEK
LE LIVRE : Karel est correspondant de guerre. Il va là où nous ne sommes pas, pour être nos yeux et nos oreilles. Témoin privilégié des soubresauts de notre époque, à la fois engagé et désinvolte, amateur de femmes et assoiffé d’ivresses, le narrateur nous entraîne des salles de rédaction de New York aux poussières de Gaza, en passant par Lima, Le Caire, Bali et la Pampa. Toujours en équilibre précaire, jusqu’au basculement final. Il devra choisir entre l’ironie de celui qui a tout vu et l’engagement de (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Il n’y a pas de moyen plus violent de coercition des employeurs et des gouvernements contre les salariés que le chômage. Aucune répression physique, aucune troupe qui matraque, qui lance des grenades lacrymogènes ou ce que vous voulez. Rien n’est aussi puissant comme moyen contre la volonté tout simplement d’affirmer une dignité, d’affirmer la possibilité d’être considéré comme un être humain. C’est ça la réalité des choses.

Henri Krazucki
ancien secrétaire général de la CGT
Extrait sonore du documentaire de Gilles Balbastre "Le chômage a une histoire",


Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
118 
Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
20 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
43 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.