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Qu’est-ce qui a changé le 7 mai 2017 ?

"Il faut que tout change pour que rien ne change ! " Cette célèbre réplique du "Guépard", le film de Visconti inspiré du roman posthume de l'écrivain sicilien Lampedusa, semble particulièrement adaptée à la situation d'aujourd'hui. Le prince de Salina c'est Hollande et Tancrède, son héritier désigné, c'est Macron. Et pourtant, si on y regarde de plus près, tout a changé en fait !

Comme dans la fameuse phrase prononcée par Tancrède, cette séquence du bal nous montre un monde où tout change et où tout se maintient en même temps. Car derrière les apparences fastueuses, futiles, se devinent les barrières sociales et les tensions politiques.

Au loin la danse macabre continue. Le prince de Salina en prend conscience face à ce tableau de Greuze, la "Mort du Juste", qui rappelle de façon cinglante les réalités physiques de l’humanité, tout comme la séquence suivante avec ses multiples pots de chambre où les invités se sont soulagés.

Dans cet univers qui vascille Tancrède a fait son choix : c’est Angelica, la roturière qui représente le pouvoir, désormais dominant, de l’argent-roi. Le prince lui est fasciné par ce neveu en marche. Mais en marche vers quoi ?

Vers le fascisme, dont il annonce déjà la couleur. Car Tancrède n’est pas seulement un jeune homme ambitieux et séduisant, c’est un politicien opportuniste qui ne recule devant rien pour gravir les échelons.

Les artistes, les créateurs, les écrivains, ont ceci de particulier qu’ils nous aident souvent à voir, parfois inconsciemment, ce qui se cache derrière les réalités. Ils nous permettent ainsi de mieux appréhender le monde et surtout de penser le futur. Si on sait les entendre.

Alors essayons de le penser ce futur.

Apparemment tout est en place pour que rien ne change. La recomposition politique annoncée par le nouveau Président va désormais donner le pouvoir à tous ceux qui, "de la social-démocratie au gaullisme", ne vont plus alterner mais gouverner ensemble.

♦ Tous les maux qui rongent notre pays depuis des lustres risquent donc de s’aggraver puisque les "dominants" que sont les pouvoirs politique, financier et médiatique, semblent n’avoir plus aucune entrave pour exploiter au maximum les "dominés" et faire taire les plus récalcitrants.

♦ Mais ceux-là même qui ont organisé, sciemment, le monopole de l’alternative politique au seul Front National, se voient maintenant menacés par le monstre qu’ils ont créé. En effet, ils ont réussi l’exploit de doubler son nombre de voix depuis la première alerte de 2002 et il est aujourd’hui aux portes du pouvoir.

Pourtant, il n’a fait que remplir parfaitement le rôle qui lui était assigné, à savoir recueillir les voix du désespoir tout en représentant l’opposition idéale, celle qui pouvait se combattre à coup de "barrages", "votutiles" et autres "fronts républicains".

♦ Mais là aussi il y a du changement : ces opérations de matraquage ont de moins en moins d’effet sur les électeurs, le ressort est usé. Certains, tout à fait raisonnables par ailleurs, vont même jusqu’à souhaiter le pire, que le FN arrive au pouvoir, et qu’enfin ce système mortifère implose. C’est dire !

♦ Et surtout le changement considérable c’est la naissance du rassemblement populaire de la France Insoumise. Qui a réussi à endiguer le vote FN en allant chercher nombre d’électeurs qui se trompaient de colère, à motiver une jeunesse trop souvent abstentionniste, et a réuni plus de 7 millions de voix au premier tour.

Pour le pouvoir il y a là un crime de lèse-majesté. Pas question que des démocrates, des républicains, des humanistes, viennent enrayer leur machine à fabriquer du malheur. Ils ont alors pris cette position irresponsable, honteuse : empêcher leur candidat d’accéder au second tour, lui préférant la candidate FN et infligeant ainsi le déshonneur à notre pays.

Ce "barrage au vote Mélenchon" a été mené par Hollande, relayé par Macron, nombre de politiciens et journalistes sans scrupules, sans oublier le Medef. S’ils ne font que défendre leurs intérêts de classe en apportant ainsi, de fait, leur soutien au parti de la haine, c’est une posture idéologique qu’on retrouve, hélas, en maintes circonstances historiques tragiques.

Et la manière dont les Insoumis ont été méprisés, diffamés, menacés pour qu’ils rejoignent la coalition macroniste restera l’un des grands scandales et l’une des grandes hontes de cette campagne hystérique.

Mais c’est aussi le signe que ce vote a un sens profond dans la société française si ne peuvent être écartées les légitimes aspirations écologiques et sociales qu’au prix de telles manipulations de plus en plus hasardeuses.

♦ Et une fois la fièvre retombée, les pleins pouvoirs entre les mains de Macron, de ses sbires de la finance et des politiciens has-been qui nous ont mené dans le mur, agglutinés comme des mouches autour du vainqueur annoncé, combien parmi ses soutiens d’aujourd’hui pourront continuer, en conscience, à approuver une politique menée au pas de charge à coup d’ordonnances et de 49/3 ?

Des voix, parfois surprenantes, se font déjà entendre pour s’élever contre le désastre annoncé. Des voix qui refusent le politiquement correct, le parti unique dissimulé sous une pseudo-modernité et la propagande qui va avec.

Mais il reste à convaincre. Convaincre les communistes, les écologistes et les socialistes de gauche qu’une autre majorité est possible avec la France Insoumise pour combattre le FN, la politique Macron et pour porter enfin l’espoir d’un "avenir en commun" .....

Alors "quand tout aura changé pour que rien ne change", dès le résultat de l’élection présidentielle, notre devoir de résistance commence. Et l’élection législative est la première des occasions !

Claire VERILHAC

 http://https://blogs.mediapart.fr/register/blog/060517/quest-ce-qui-change-le-7-mai-2017

COMMENTAIRES  

19/05/2017 12:58 par Toff de Aix

Mouais.... Il faudrait quand même que le ménage soit fait chez soi...

https://m.facebook.com/notes/adeline-chenon-ramlat/lettre-ouverte-à-lattention-de-jean-luc-melenchon-martine-billard-et-djordje-kuz/1352645634801818/

Je trouve ces pratiques affligeantes, mais si la FI se met à faire comme les autres, pas si sûr que les 7 millions d’électeurs du 1er tour se reportent tous sur elle aux législatives.

Je sais bien que ce genre de manœuvre n’est pas raccord avec les convictions et opinions de la majorité des militants et des membres de la FI, qui sont globalement des gens sincères, et de valeur. Mais quand même, est on en droit d’avoir quelques explications ?

19/05/2017 13:52 par AF30

Le macaronisme à une vertu, aux yeux des opposants au système, c’est celle de démontrer que la divine alternance était un leurre. Ainsi regroupées, les forces centrales des LR et PS prouvent finalement qu’elles représentent les mêmes intérêts. La situation est ainsi plus claire pour ceux qui se sont jusqu’ici laissés prendre à ce piège. Cette stratégie qui laisse croire aux qualités ( spécieuses) de la gouvernance apolitique ne fait au final que réduire à néant l’argument de cette prétendue alternance.
Idem d’ailleurs pour le camarade Hulot qui savait jouer de l’ambiguïté mais qui n’ est qu’un digne serviteur du capitalisme marchand.
Concernant le guépard et au cours de cette fameuse scène, Tancrede à qui son oncle s’étonne de le voir batailler avec les garibaldiens lui répond qu’il faut être à l’intérieur du système afin de mieux le contrôler. Du cynisme à l’état pur. Le livre est d’ailleurs beaucoup plus sombre que le film. Le film se termine sur les scènes lumineuses du bal et des 2 héros au sommet de leur jeunesse et de leur beauté, le livre quant à lui se clos sur leur vieillesse et leur indifférence mutuelle.

19/05/2017 15:07 par Bernard

Le Pouvoir est livré aux aux Macàrond ou aux Mini-moi ( Austin Powers).
D’un coté le fascisme de l’ENA..
De l’autre une nouvelle version des " sans dents" (F.H) ou des " ploucs " ( N.S)...les ANES..!!!!

19/05/2017 16:21 par depassage

Ce "barrage au vote Mélenchon" a été mené par Hollande, relayé par Macron, nombre de politiciens et journalistes sans scrupules, sans oublier le Medef. S’ils ne font que défendre leurs intérêts de classe en apportant ainsi, de fait, leur soutien au parti de la haine, c’est une posture idéologique qu’on retrouve, hélas, en maintes circonstances historiques tragiques.

C’est bien vu, mais dire qu’ils défendent leurs intérêts de classe, c’est leur accorder une intelligence supérieure qu’ils n’ont pas. Il est plus juste de dire qu’ils s’accrochent à une idéologie de leur classe comme à une bouée de sauvetage.

19/05/2017 19:09 par babelouest

Bonjour.

Je m’aperçois que mes mises en garde n’ont aucun écho. Certes, rien ne change. Mais rien ne change, parce qu’en coulisse les dés sont encore plus pipés que ne veulent l’admettre les citoyens.

Les sondages donnaient au premier tour un étagement des voix en pourcentage. Curieusement, les résultats

officiels

furent pratiquement identiques, eux qui depuis quelque temps donnaient de manifestes signes de faiblesse dans leur capacité à cerner les opinions. Pourquoi ? C’est simple, le ministère avait établi ce que devraient donner les sondages, en concertation avec les instituts tous aux mains des POSSÉDANTS, et il a reporté au journal officiel ces mêmes résultats avec des variations infimes.

Des scénarios similaires ont été appliqués au second tour. Ainsi, rien ne change même si apparemment quelques têtes nouvelles, ou données comme telles, apparaissent. Simplement, certains qui étaient au second plan, se sont retrouvés, provisoirement ou non, au premier. Rien ne change.

Il est à craindre, bien que ce soit plus complexe, que des situations du même genre soient mises en place sur certaines circonscriptions-clefs à l’occasion des législatives. A présent que "les Autorités" se sont mises carrément dans le bain du mensonge et de la manipulation, pourquoi ne continueraient-elles pas ?

Le seul acte apparemment "démocratique" (voir ce qu’en disait Sieyès le 7 septembre 1789) est ainsi complètement détourné, à un point que même le lucide Coluche n’avait peut-être pas envisagé.

Pour l’avenir, non de la démocratie (elle n’a existé que de façon brève à certaines périodes, et sur des superficies limitées), mais de notre simple "vivre ensemble, l’horizon est fort sombre. D’autant plus sombre qu’une fraction trop grande encore des consommateurs (à l’opposé des citoyens) vit toujours dans une sorte de flou cotonneux à la manière des Delta et des Epsilon du Meilleur des Mondes. Y compris des personnes qui se considèrent comme appartenant à la petite bourgeoisie.

Ce sera difficile, et sans doute quelque part imprévisible si soudain un vrai changement se fait jour.

19/05/2017 20:49 par juan

la dernière phrase me laisse très dubitatif
Macron n’est qu’un chef de projet ou un exécutant , les donneurs d’ordre sont ailleurs
la résistance ne suffira pas , a elle seule , si les gens hors du militantisme ne se mobilisent pas les projets de Macron passeront toutes , Macron ira tel un pilote d’avion de chasse pour fondre sur ces proies , ou jouera de la lassitude , par rappel les lois du quinquennat de F Hollande sont toutes en vigueur , la loi travail c’est Macron !
j’ai peur que l’appel à gauche à voter Macron participe même à la mise en place d’un terrible piège , certains à gauche disent avec Macron on pourra encore manifester , on pourra encore faire grève , sauf que ça ne suffira pas face à la détermination dont il fait preuve

20/05/2017 08:55 par Assimbonanga

Macron a fait fort. Il a très bien compris comment on conquiert le pouvoir au XXIè siècle : non pas sur cheval à bride abattue, mais avec le soutien des journaux.
Dores et déjà, le matraquage bat son plein. France Inter, LCP, de partout la pub est à fond. "Les marcheurs", "bienveillance", les mots de la campagne publicitaire sont très bien choisis. Grosse pub sur la candidature des députés "de la société civile" !!!
Sur la France Insoumise ? Pas grand chose... Pourtant, ils pourraient lui appliquer un vocabulaire tout aussi positif, la participation de citoyens sortis de la société en général, la joie de participer, d’être en marche (http://www.dailymotion.com/playlist/x1teyz_/1#video=xpz57c )....
Rien n’a changé. L’injustice reste la même. La différence de traitement règne. Le pouvoir domine.

20/05/2017 20:22 par Ellilou

à Juan
Je me permets de ne pas être d’accord avec vous lorsque vous écrivez "la loi travail c’est Macron ! " Je crois qu’il la trouvait bien trop molle : ce qu’il nous concocte à grand coup d’ordonnances et de charges de CRS sera pire. On va bientôt "cracher du sang", au propre dans les manifs et au figuré dans la vie de tous les jours...Misère !

21/05/2017 12:53 par Bernard

Affiche véridique ... ))))))
Publiée dans l’ Equipe du 19 Mai 2017 (Campagne Nouvelle Appli du Journal Le Parisien)
Vous pouvez vérifier...mdr...!!!
Un mouton ,un veau aurait fait aussi bien l’affaire...))))))
Alors ... prêt pour la Traite des lLgislatives...))))))
/www.cbnews.fr/mobile/la-nouvelle-app-du-parisien-vue-par-ici-barbes-a1035295

21/05/2017 17:57 par léon

Dans l’article il faut etre plus précis, dans un premier temps hollande et la droite du ps ont consciencieusement savonné la planche de Hamon, le même Hamon a édulcoré son programme. les deux phénomènes ont alimenté la candidature de mélenchon par le vote utile, Hamon était de moins en moins crédible. le très bon score de Mélenchon et plus du a un vote utile qu’a un vote d’adhésions a son programme. cela peu expliquer les difficultés et la volonté d’hégémonie de nos amis de la FI notamment en durcissant les exigences pour arriver a des candidatures d’union, en dépit de toute logique

22/05/2017 11:00 par AF30

"dans un premier temps hollande et la droite du ps ont consciencieusement savonné la planche de Hamon"
C’est idiot parce qu’il est certain qu’avec l’autre partie de ce PS, des accords auraient pu être conclus. Hamon, c’est certain est frondeur et ses propositions étaient ébouriffantes.
" le très bon score de Mélenchon et plus du a un vote utile qu’a un vote d’adhésions a son programme "
Un peu comme Macron. Bon, d’accord la FI avait un programme charpentée contrairement au vainqueur mais la majorité des votants de la FI l’ont fait par adhésion éblouie pour le chef. L’argument du vote utile est bien parce qu’il peut être mis à toutes les sauces.
"cela peu expliquer les difficultés et la volonté d’hégémonie de nos amis de la FI notamment en durcissant les exigences pour arriver a des candidatures d’union, en dépit de toute logique "
Est-il extravagant de penser que les candidats de la FI veulent rester dans la continuité du programme de la présidentielle ? En quelque sorte rester fidèle au projet et non pas y imposer une quelconque hégémonie.

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