RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

« WikiLeaks a ridiculisé la presse "mainstream" »

Extrait d’une (longue) interview accordée à Drapeau Rouge (Belgique) - #82

[...]

Le DR.- « Last but not least », vous savez bien qu’il y a des moments dans l’histoire où les grands enjeux se résument en un destin, en un symbole. C’est le cas de Julian Assange qui est, depuis un bon moment, un locataire presque permanent de votre site. Que vous inspire son dossier ? Comment voyez-vous l’issue de l’ignoble répression qu’il subit pour avoir osé exercer son droit d’informer ?

V.D.- Dans la foulée des attentats du 11/9 et des guerres impérialistes qui ont suivi, on a assisté à un ralliement de la presse internationale aux « guerres contre le terrorisme ». Elle ne faisait même plus semblant et se laissait embarquer (embedded journalism) avec les troupes d’invasion. La narrative occidentale devint une chape de plomb et tous ceux qui n’étaient pas « avec nous » étaient « contre nous »… Mais en 2010, un organe de presse d’un genre nouveau, appelé WikiLeaks, est apparu sur la scène internationale et a sérieusement brisé ce schéma narratif et a même ridiculisé la presse « mainstream ».

Fondé par un informaticien australien doué, révolté par les injustices, les dérives et les abus de pouvoirs,WikiLeaks offrait aux lanceurs d’alerte un portail qui garantissait leur anonymat. En retour, WikiLeaks se chargeait de vérifier et garantir l’authenticité des documents.

C’était simple, efficace, et gratuit.

Et très dangereux pour les pouvoirs corrompus. Risquer d’être dénoncé « de l’intérieur », par des initiés, représente un véritable danger existentiel. La répression a été donc immédiate et à la hauteur de la menace perçue.

J’ai pour habitude de dire que si vous n’avez pas suivi l’affaire WikiLeaks/Julian Assange de près, tout ce que vous croyez savoir est probablement faux.

Par exemple, si vous avez le mot « viol » à l’esprit, on pourra vous expliquer comment il est arrivé là et pourquoi il n’a rien à y faire. Idem si vous pensez que Julian Assange « n’est pas journaliste », alors qu’il est le journaliste le plus primé du 21e siècle.

Là où je suis extrêmement déçu, c’est de constater l’absence totale de mobilisation des partis (à l’exception du Parti de l’égalité socialiste, 4e internationale, notamment via leur site internet WSWS) et des médias alternatifs, alors qu’ils sont les principaux concernés par les répercussions potentiellement terribles de cette affaire.

D’abord, que fait un journaliste, qui ne purge aucune peine, en détention préventive dans une prison de haute sécurité ?

L’affaire démarre dès 2010, l’année du premier coup d’éclat de WikiLeaks, avec une procureure suédoise (Marianne Ny) qui émet un mandat d’arrêt très curieux où elle commet un faux en modifiant des termes pour introduire un soupçon de viol. La journaliste Stefania Maurizi a pu prouver qu’il y a eu un complot entre les procureurs britanniques et suédois pour faire traîner l’affaire au maximum. Lorsque Julian Assange est finalement arraché de l’ambassade équatorienne et arrêté par la police britannique, Mme Ny disparaît de la scène (et son mandat avec) et cède la place au principal acteur de cette farce, les États-Unis.

En résumé : un procureur suédois a rabattu le gibier Assange dans les filets de la Grande-Bretagne qui se prépare à le livrer aux États-Unis qui veulent lui faire payer très cher le fait d’avoir défendu notre droit de savoir.

Son procès est supervisé par Lady Emma Arbuthnot dont le mari et le fils sont touchés par les révélations de WikiLeaks. Elle refuse de se récuser. Les audiences sont dirigées par une mystérieuse Vanessa Baraitser, dont on ne sait rien, qui ricane lorsque la défense prend la parole et lit des conclusions rédigées à l’avance.

Selon Nils Mezler, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Julian Assange a été soumis à une torture psychologique intense. Il est malade et sa vie est en danger. Il n’a pas vu le soleil depuis dix ans. Lors des audiences, il a du mal à articuler son nom et sa date de naissance. Il ne peut pas communiquer avec ses avocats. Au cours de la nuit précédent une audience, il a été fouillé au corps trois fois, changé de cellule cinq fois et menotté onze fois. Ses documents ont été confisqués. Récemment, il a finalement obtenu un ordinateur mais les touches étaient bloquées avec de la colle… Et je ne fais qu’effleurer la réalité.

Julian Assange n’a jamais été sous juridiction US. Ce n’est donc pas un procès en extradition, mais un enlèvement organisé avec une mise en scène judiciaire. Ils pourraient aussi bien lui mettre un sac sur la tête et le jeter dans le coffre d’une voiture et l’emmener sur un terrain vague.

Mais les États-Unis prétendent exercer une « extraterritorialité » pour faire disparaître le journaliste le plus dérangeant du 21e siècle. Alors ils viennent le chercher, là où il est. Leurs accusations sont, de tous les avis d’experts, totalement absurdes. Ils viennent d’ailleurs de les modifier (hors délais, mais peu importe, on n’en est plus à une aberration près). À croire qu’ils ne sont pas très sûrs de ce qu’ils lui reprochent.

En attendant, les États-Unis ont déjà annoncé qu’ils viendront chercher les autres, partout où ils pourront. Par « les autres », comprenez tous ceux qui oseront faire leur travail. Par « où ils pourront », comprenez partout où leur emprise s’étend. En France, pays de l’affaire Georges Ibrahim Abdallah, certains seront peut-être un jour surpris d’apprendre jusqu’où il s’étend.

Viktor DEDAJ

Propos recueillis par Vladimir Caller pour le Drapeau Rouge http://www.ledrapeaurouge.be

URL de cet article 36433
  

Même Auteur
Les Etats-Unis de mal empire : Ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud
Danielle BLEITRACH, Maxime VIVAS, Viktor DEDAJ
Présentation de l’éditeur Au moment même où les Etats-Unis, ce Mal Empire, vont de mal en pis, et malgré le rideau de fumée entretenu par les médias dits libres, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes de résistances dans les pays du Sud, notamment en Amérique latine. Malgré, ou grâce à , leurs diversités, ces résistances font apparaître un nouveau front de lutte contre l’ordre impérial US. Viktor Dedaj et Danielle Bleitrach, deux des auteurs du présent livre, avaient intitulé leur précédent ouvrage (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Ceux qui n’ont pas le courage de lutter devraient au moins avoir la décence de se taire.

José Marti

La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Appel de Paris pour Julian Assange
Julian Assange est un journaliste australien en prison. En prison pour avoir rempli sa mission de journaliste. Julian Assange a fondé WikiLeaks en 2006 pour permettre à des lanceurs d’alerte de faire fuiter des documents d’intérêt public. C’est ainsi qu’en 2010, grâce à la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, WikiLeaks a fait œuvre de journalisme, notamment en fournissant des preuves de crimes de guerre commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les médias du monde entier ont utilisé ces (...)
17 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.