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Le troc d’un réfugié politique à Paris contre un tapis rouge à Djibouti.

Bizarre de retrouver le juge Tournaire qui, en général chasse le Fillon ou autres évadeurs du fisc, en train de mettre Mohamed Kadamy en examen, un réfugié politique en France, protégé par son statut et militant du Front pour la restauration de l'Unité et de la Démocratie "FRUD". Le tout à la demande de Djibouti, un pays où le droit est totalement tordu. Faut dire que Djibouti recèle une friandise : Wahib Nacer dont les magistrats, en dépit de leurs mains toujours vides, sont convaincus qu'il en sait "beaucoup" sur les affaires politico-financières. Sur Djouhri par exemple.

Bon, d’accord, nous avons déjà parlé de cet individu pas assez blanc pour être honnête : Mohamed Kadamy. En plus ce Kadamy est un inexpugnable têtu qui n’a rien compris aux bienfaits de la post-colonisation. Celle faite directement par l’argent et non par les canons. Deuxième malchance pour cet empêcheur, il est djiboutien. Autrement dit un pays qui, dans l’imaginaire, n’existe pas. Ou pas beaucoup. Dans les images, Djibouti c’est la pêche au gros, le légionnaire qui s’enivre au « Palmier en Zinc ». Celui qui a la narine marchande peut encore sentir au très loin l’odeur d’Arthur Rimbaud et son trafic d’armes. Et puis Monfreid et sa sagesse mouillée. Que de l’odeur de sel ou de sable chaud.

Le sable chaud, entre 97 et 98, Mohamed Kadamy l’a respiré de près. Celui qui recouvrait le sol des deux mètres carrés de latrines qu’on lui avait attribués en guise de cellule à la prison de Gabode, le bagne de Djibouti.

Militant politique, le Mandela de la Corne d’Afrique » a fini par être relâché, faute de charges. Après une grève de la faim de plusieurs mois qui n’a pas réussi à le faire mourir. Puisque son unique péché n’est pas d’être délinquant mais militant politique. Un membre du « FRUD », le Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie, une bande de révoltés qui rêvent de faire de Djibouti une démocratie.

Coup de chance, en février 2 000, surmontant tortures et traitements inhumains, Kadamy, fini par revenir en France. Pays qui l’a déjà accueilli puisque, depuis 1988, on lui a déjà accordé le statut de réfugié politique. Et c’est cet homme, que la République Française – terre des Droits de l’homme et d’Aussaresses – a décidé aujourd’hui de remettre « moralement pour l’instant » dans ses chiottes de Gabode.

En juin 2018, tombe sur les bureaux des Affaires Etrangères à Paris, une demande d’entraide judiciaire émanant de « magistrats » sis à Djibouti. Première bonne nouvelle : là-bas il existerait donc une justice au « Pays de Pount ». Laisse Mohamed Saied, la dame « juge » qui – au nom de cet état qui n’en est pas un- – demande l’aide de la sourcilleuse République Française. Elle reproche au vieux marxiste d’avoir revendiqué, depuis Genève, l’incendie de quelques voitures dans le désert. Pour le procureur de Djibouti des voitures de « chantiers » et une ambulance, alors que le communiqué de Kamady évoque des engins mis à disposition de militaires « engagés dans la répression ». Pareil avatar méritait bien le déplacer d’une femme, qui se dit magistrate, vers Paris. Finalement, dès que Bérenger Tourné, l’avocat de Kadamy, fait valoir deux points – la procédure est illégale et son client pourrait se taire – il n’y a plus aucune raison pour la dame Saied de visiter Paris. Surtout en hiver.

Mais revenons au point de départ, le temps d’une brève leçon de droit. Tout d’abord, en tant que « réfugié politique », Kadamy ne peut être poursuivi pour des motifs « politiques ». Ça tombe dans les écrits de la loi mais aussi sous le sens. Deuxio, si jamais on doit entendre ce militant, c’est sous des « conditions de confidentialité ». Une règle qui préserve les exilés involontaires de tomber, chez eux, nez-à-nez avec des tueurs à gage. A priori vous êtes convaincus : la France, qui se gonfle comme grenouille des Droits de l’Homme, ne peut déroger à ces principes. Et bien si. La France du « nouveau monde » va le faire au cours d’un match en deux mi-temps.

Tout d’abord, selon les injonctions de la Commission Rogatoire Internationale (CRI), Kadamy est entendu par une brigadière de police. Entretien complet, fouillé, accompli selon le schéma de la magistrate demanderesse de Djibouti. Théoriquement l’affaire s’arrête ici, et le dossier doit être transmis aux demandeurs africains.

Mais non. Voilà que tel un joueur se levant du banc en pleine partie, surgit le juge Tournaire, « vice-président de l’instruction au TGI de Paris ». Tourné, l’avocat de l’homme du « FRUD », croit d’abord à une faute de frappe ou de l’arbitre. Mais non, le « Vice-président » entend bien revenir sur cette affaire purgée. Mieux, par mail, c’est-à-dire hors du circuit diplomatique habituel emprunté par une CRI, Tournaire reçoit la demande de mettre Kadamy en examen. Pas grave, au Parquet National Financier, avec lequel le juge Tournaire joue de concert, on a déjà vu des témoins convoqués par SMS. Bref, Mohamed Kadamy (dont la femme est candidate pour le PCF pour les Européennes) est dans la nasse.

Grave. Mais Tourné n’est pas Tournaire. Et il va dès maintenant dérouler des kilomètres de jurisprudences pour obtenir l’annulation de la décision et faire observer quelques belles entorses au droit. En toute justice cela doit délivrer son client de sa mise en examen, dernière charge du potentat qui règne depuis vingt ans sur Djibouti, Ismaël Omar Guelleh. Dans deux ou trois ans peut-être au rythme des robes et des palais ?

En attendant, puisque le film n’est pas fini, le juge Tournaire a sauté dans un avion pour... Djibouti. Etonnant, non ? Ne doutons pas qu’avec ce hasard – certainement dû à une coïncidence du tableau de service qui l’a mis face à un opposant djiboutien, et mettre en examen au nom d’une dictature, le représentant de la Justice française va passer la douane sans encombre.

Mais que diable va-donc faire Tournaire au paradis de Guelleh trois jours après avoir inculpé son plus grand opposant politique ? Eh bien chasser le Nacer. Pas une antilope. Non, Wahib Nacer un banquier qui, pendant trente années a travaillé en Suisse. Le juge Tournaire est convaincu que cet érudit djiboutien est le point d’équilibre d’un dossier en forme de château de cartes : « l’affaire » Djouhri.

Ah, au départ, quel beau dossier que celui-ci. Naguère les magistrats du PNF nous juraient, sans cracher sur le parquet, que Djouhri était l’endoscope nous conduisant au cœur des mystères du financement de la campagne de Sarkozy. Et puis plus rien, noir total, chute des évidences pourtant annoncées. Le roman est en panne.

Maintenant, les magistrats n’avaient plus le choix : il leur fallait bien sortir Djouhri du dossier Sarko. Reste l’histoire compliquée d’une vente de villa à Mougins. Qui, nous affirment les magistrats, serait délictueuse. Le tout sans incriminer le moindre quidam. Mais sous les applaudissements des « ennemis » de l’homme d’affaires kabyle, tel un maçon pas très franc et un militant d’extrême droite, co-fondateur du mouvement « Occident ».

C’est sur cette base que la République française s’en va subitement cravater un réfugié politique, puis voler vers Djibouti afin de pouvoir coincer, à Londres, un Alexandre Djouhri qui n’est même pas mis en examen.

Ça fait beaucoup d’équivalent carbone fichu en l’air. Et dépenser un « pognon de dingue »

Jacques-Marie BOURGET

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