RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher


Pour une Palestine, une et indivisible

Le 19 mai 2020, le Président de l’Autorité Nationale palestinienne (ANP) Mahmoud Abbas a annoncé que « l’Organisation de libération de la Palestine [OLP]et l’État palestinien se retirent à partir d’aujourd’hui de tous les accords signés avec les gouvernements des États-Unis et d’ Israël. » (1)

Mahmoud Abbas précisa que ce retrait concerne également la sécurité. Par sécurité, il faut entendre la coopération sécuritaire entre l’occupant et l’ANP. Cette décision palestinienne fait suite à la déclaration du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devant le parlement réuni pour un vote de confiance au gouvernement d’union.

Sujet principal de son intervention, l’annexion de la Cisjordanie est présentée comme un acte naturel puisque elle fait partie de « ces territoires [sont là] où le peuple juif est né et s’est développé. Il est temps d’appliquer la loi israélienne et d’écrire un nouveau chapitre glorieux dans l’histoire du sionisme. » (2)

Et pour que tous les Etats ainsi que les instances internationales dont l’ONU comprennent bien la déclaration solennelle du Premier ministre , il ajouta :« La vérité, et tout le monde le sait, c’est que les centaines de milliers de résidents de Judée-Samarie [ Cisjordanie] resteront toujours chez eux, quel que soit l’accord de paix trouvé in fine. » (2)

Sûr de lui, il martela que cette annexion « ne nous éloignera pas de la paix, elle nous en rapprochera. » (2)

Mais revenons à la déclaration du Président palestinien.Ce dernier annonce le retrait de l’OLP, de tous les accords mais encore faut-il qu’un congrès de cette dernière ait lieu pour, d’une part, la sortir de son état léthargique et d’autre part, prendre acte que le chemin tracé par les Accords d’Oslo est en définitive une impasse. Et en affirmant que « l’Etat palestinien se retire... », M.Abbas a-t-il conscience que le retrait d’un Etat virtuel et de plus sous contrôle de l’occupant n’a aucune conséquence politique sur les évènements en cours ou à venir.

Un faux Etat qui a « favorisé la formation d’une bourgeoise [palestinienne] affairiste, en liens étroits avec l’Autorité et les pays donateurs, et qui prospère ’’ en préparant’’ la création de l’Etat palestinien... » (3)

En s’appuyant sur cette bourgeoisie affairiste, l’ANP a, volontairement ou non, légitimé la colonisation et la répression de la population palestinienne, soumise au desiderata de l’occupant.

A ce stade de la réflexion, il est utile de souligner que les propos cités du premier ministre israélien traduisent dans les faits la continuité stratégique du mouvement sioniste depuis sa naissance politique en 1897. Ce qui signifie qu’un invariant guide les partis politiques gouvernementaux israéliens, fidèles au sionisme politique : l’avènement du Grand Israël.

Et en persistant sur la voie de deux Etats, l’ANP a servi cette stratégie. Une voie inscrite dans le cadre de la politique arabe de normalisation, entreprise dès 1974. Et en constatant en 2009 que « l’état actuel des pourparlers de paix avec Israël incite les palestiniens à envisager la possibilité d’abandonner la solution des deux Etats en faveur de la solution d’un seul Etat » (3) , le principal négociateur palestinien, Saeb Erekat n’a fait que confirmer sans le dire que la voie de la normalisation est sans issue pour le peuple palestinien. Et pour les peuples arabes ?

Seuls l’opportunisme et la corruption d’une partie de la direction du Fath constituée de gens qui ne se soucient que de « leurs propres affaires, leurs commerces, l’argent, les banques... » (4) a semé l’illusion que la Palestine est divisible géographiquement et politiquement ! Au contraire du mouvement sioniste qui reste fidèle à l’indivisibilité de cette terre.

Interroger le passé pour comprendre le présent

Quelques rappels historiques permettent de comprendre que le deal du siècle n’est qu’une continuité d’une même stratégie, à savoir, l’effacement de la Palestine en tant que patrie des trois monothéisme. Et les Accords d’Oslo, une simple étape dans cette stratégie.

Nous sommes le 6 juin 1982, le Liban est envahi par l’armée israélienne. Du 21 août au 1er septembre 1982, évacuation des combattants palestiniens de Beyrouth. Ce départ de Beyrouth des combattants palestiniens a brisé pendant quelques années la dynamique de la résistance palestinienne. L’acceptation par Yasser Arafat d’évacuer le Liban a mis au grand jour la dissidence politique et militaire latente au sein de Fath... Car dès 1974, la direction du Fath sous la direction de Yasser Arafat adopta un programme transitoire qui consistait à ’’ établir une autorité nationale ’’ sur toute parcelle libérée de la Palestine...Un programme qui donna naissance aux plan de Fez (1982) légitimant ainsi le plan Reagan. Un point de convergence entre les deux plans : la démilitarisation de l’OLP et la reconnaissance de l’Etat d’Israël dans les frontières de 1967. Les Accords de Camp David entre L’Egypte et Israël (1978) et la reconnaissance par l’OLP de la résolution 242 (1987) furent les signes précurseurs de la lente normalisation politique des Etats arabes avec l’État d’Israël au détriment de l’intérêt du peuple palestinien et des peuples arabes.

C’est ce contexte géopolitique qui donna naissance à la dissidence politique et militaire au sein du Fath en 1983. Sans ambiguïté, le colonel Abou Moussa, membre du Fath expliqua cette dissidence, dans les termes suivants : « ...Depuis 1974, quand le programme politique intermédiaire a été adopté. Nous avons alors dit que cela était le début du renoncement à notre objectif stratégique et que, si l’on continuait ainsi, la tactique serait érigée en stratégie menant à l’abandon de la cause nationale...Nous avons commencé par la libération totale puis nous avons recherché la libération de toute portion de la Palestine et maintenant nous traitons le plan Reagan comme s’il s’agissait d’un plan patriotique. » (5)

Un constat qu’exprima un autre dirigeant de l’OLP, membre du Fath, le célèbre poète Mahmoud Barwich : « j’ai pu sentir à quel point le palestinien était capable d’énergie , de sacrifices pour réaliser son rêve ; bien plus que ses dirigeants. Je ne parle pas de notre direction mais des cadres moyens corrompus. Cette catégorie est un très mauvais conducteur de l’énergie de la base vers la direction et un très mauvais transmetteur des directives de cette même direction à sa base. » (5).

Est-il nécessaire de souligner que les propos du poète qui dénonça par ailleurs les Accords d’Oslo sont toujours d’actualité.

Vers une troisième intifada
Une actualité qui exige de toutes les forces politiques palestiniennes d’être à l’écoute du peuple palestinien en commençant par apprendre de l’ennemi qui, face au danger, sait taire les querelles de voisinage, pour faire face à l’ennemi principal. Le programme à venir des forces palestiniennes est de mettre fin aux divisions politiques entre les différentes tendances palestiniennes et de les rassembler autour d’une même Résistance pacifique et militaire. C’est possible à condition d’admettre qu’il y a un invariant historique, l’indivisibilité territoriale de la Palestine et que l’Occident n’est pas le Moyen-Orient.

(1) http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/153655
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/17/israel-il-est-...
(3) Eric hazan, Eyal Sivan. Un Etat commun. Edition La fabrique. pp. 16 et 46
(4) Revue d’études palestiniennes N°10. Hiver 1984. Interview d’ Abou Moussa par le journal britannique Guardian : p.137 et 138
(5) Revue d’études palestiniennes n°10. Hiver 1984. Entretien avec Mahmoud Darwich : p.19

15 juin 2020

URL de cet article 36268
   

Même Thème
Israël/Palestine - Du refus d’être complice à l’engagement
Pierre STAMBUL
Entre Mer Méditerranée et Jourdain, Palestiniens et Israéliens sont en nombre sensiblement égal. Mais les Israéliens possèdent tout : les richesses, la terre, l’eau, les droits politiques. La Palestine est volontairement étranglée et sa société est détruite. L’inégalité est flagrante et institutionnelle. Il faut dire les mots pour décrire ce qui est à l’oeuvre : occupation, colonisation, apartheid, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, racisme. La majorité des Israéliens espèrent qu’à terme, les (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Ne croyez en rien avant que ce ne soit officiellement démenti.

Claud Cockburn

Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
120 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
31 
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.